Qu'est-ce que l'envie et quels sont ses remèdes ?
Qu'est-ce que l'envie et quels sont ses remèdes ?
Qu'est-ce que l'envie et quels sont ses remèdes ? ©Getty - Kevin Kozicki
Qu'est-ce que l'envie et quels sont ses remèdes ? ©Getty - Kevin Kozicki
Qu'est-ce que l'envie et quels sont ses remèdes ? ©Getty - Kevin Kozicki
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Résumé

S’il y a une passion triste, une émotion négative qui fait l’unanimité contre elle, c’est bien l’envie ! Christophe André se penche de plus près sur les trois visages de l’envie, et propose quelques remèdes à l'échelle individuelle et collective.

En savoir plus

Écoutez le poète Ronsard : 

C’est le plus méchant et le plus vilain vice de tous…

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Écoutez le philosophe Descartes : 

Il n’y a aucun vice qui nuise tant à la félicité des hommes que l’envie

Tout le monde est d’accord : l’envie, c’est l’enfer pour les envieux, l’inconfort pour les enviés, et la sale ambiance pour tout le monde !

Comment définir l’envie ? 

Aristote nous dit que : 

L’envie est la peine que l’on éprouve à la vue du succès de nos semblables

Plus précisément, elle est le désir douloureux de ce que d’autres possèdent, et que nous n’avons pas : un statut social et ses avantages, des biens matériels, des qualités personnelles…

L’envie peut prendre de nombreuses formes. Parfois, elle a un visage calme, celui du simple constat des chances que l’on n’a pas…

"On allait au bord de la mer
Avec mon père, ma sœur, ma mère
On regardait les autres gens
Comme ils dépensaient leur argent
Nous il fallait faire attention
Quand on avait payé le prix d'une location
Il ne nous restait pas grand-chose

Alors on regardait les bateaux   On suçait des glaces à l'eau
Les palaces, les restaurants   On ne faisait que passer d'vant…3

Comme dans la chanson de Michel Jonasz, l’envie peut ainsi avoir un visage triste, tranquille. 

Mais parfois, elle se teinte d’une montée de colère, contre soi ou contre les autres. 

Colère contre soi, lorsqu’on se trouve nul de ne pas avoir pu, nous aussi, obtenir ce que d’autres ont obtenu : c’est alors une envie dépressive qui nous gagne, avec un goût d’échec ou d’infériorité.

Colère contre les autres, lorsqu’on estime – à tort ou à raison - que leurs avantages ne sont pas mérités, qu’ils ne les doivent pas à leurs efforts ou à leur travail, mais à leurs chances ou leurs privilèges. On a alors le sentiment d’une injustice, qui nous mène au ressentiment, à une forme d’envie agressive, hostile, dans laquelle, incapables de nous réjouir du bonheur des autres, nous en arrivons à souhaiter leur malheur.

Que peuvent faire les personnes envieuses face à l’envie qui les tourmente ?

  • Il y a bien sûr des réponses individuelles 

Si quelque chose nous fait envie, nous pouvons commencer par nous demander si nous en avons authentiquement envie, ou mimétiquement envie, par réflexe : dans ce cas, nous pouvons œuvrer à nous en détacher. Et si, après mûre réflexion, ce quelque chose nous fait toujours envie, nous pouvons alors travailler pour l’obtenir nous aussi. Cela revient à cultiver une troisième sorte d’envie, après la dépressive et l’agressive : l’envie émulative, qui se focalise non sur ce que les autres ont, mais sur ce qu’ils ont fait pour l’avoir.

  • Mais aussi des réponses collectives, et même préventives

Car nous vivons tout de même dans une « société de l’envie », une société qui attise comme jamais nos désirs de statut et de possession, une société qui pousse, notamment sur les réseaux sociaux, chaque personne à mettre en avant ses privilèges, ses succès, ses avantages, bref toute ce qui n’est, bien souvent, qu’une fausse monnaie du bonheur…. Dans nos sociétés dites « post- modernes », marquées par ce que les sociologues nomment les « tensions comparatives », une des solutions préventives à l’envie prendrait alors le visage de l’élégance de la discrétion, et du non-étalage de ses avantages.

  • Enfin, il y a la justice

Pour Freud, la civilisation est ce qui permet la transformation de l’envie animale en désir de justice sociale. Si j’ai le sentiment que les mêmes règles du jeu sont valables pour tout le monde, et qu’elles sont respectées par tous, alors il me sera plus facile de ne pas ressentir d’envie toxique. C’est ce qui se passe dans le monde du sport, où les performances de mes adversaires suscitent en général une envie émulative plutôt qu’agressive.

Ah la la ! Examiner ses désirs et trier le vrai du faux, ne pas se faire prendre au piège de l’envie mimétique, militer pour plus de justice sociale… Quel boulot pour se débarrasser de l’envie. Mais à la sortie, quelle récompense : la liberté retrouvée, la capacité d’admirer, de se réjouir du succès des autres, de s’en inspirer. Sûr qu’on va mieux respirer, et mieux dormir…

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Christophe André
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