Dis merci à la dame ©Getty - Flashpop
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Résumé

Pourquoi est-il difficile de remercier? « Qui a dit : « Le superficiel, c’est le profond qui remonte à la surface » ? Et : pourquoi dire merci n’est pas seulement politesse mais expression d’un besoin profond, personnel et collectif ? »

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« Merci patron (merci patron), merci patron (merci patron)
Quel plaisir de travailler pour vous
On est heureux comme des fous
Merci patron (merci patron), merci patron (merci patron)
Ce que vous faites ici-bas
Un jour Dieu vous le rendra… »

Eh oui, dire merci, ce n’est pas toujours sincère, on le sait bien. Mais ce n’est pas tout ! Au départ, quand on est enfants, remercier, c’est aussi une contrainte : « Tiens-toi droit, mouche ton nez et dis merci à la dame ».

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Alors on met le merci à la poubelle, parce que parfois insincère et contraint ? Écoutons plutôt ce qu’en dit La Bruyère, ce bon observateur de l’âme humaine : « La politesse n’inspire pas toujours la bonté, ni la gratitude ; mais elle en donne du moins les apparences, et fait paraître l’homme au dehors comme il devrait être intérieurement. »

Remercier nous fait apparaître tels que nous devrions être ; et cela pourrait, à la longue, nous inspirer…

C’est pourquoi, sans doute, dire merci fait partie de l’apprentissage de la vie en société, depuis toujours. Et comme souvent en psychologie, ce qui ressemble au départ à une contrainte peut s’avérer ensuite une évidence et une source d’épanouissement. C’est ce que j’appelle les « contraintes fécondes » : apprendre à lire, à compter, à réguler ses émotions, à écouter les autres, dire merci, pratiquer la gratitude… Autant de contraintes au départ, et de bénéfices à l’arrivée.

Et puis, en psychologie, les choses sont toujours plus compliquées qu’elles ne paraissent…

Superficielle, la politesse ? Parfois peut-être, mais souvenons-nous tout de même de la phrase de Cocteau : « Le superficiel, c’est le profond qui remonte à la surface ». La pratique de la politesse, comme celle de tous les codes relationnels du quotidien, est relié au besoin profond de pacifier et codifier les rapports humains…

Si la gratitude est largement valorisée dans toutes les cultures, si l’ingratitude est à l’inverse stigmatisée dans toutes les sociétés, c’est que dire merci est socialement indispensable à toute vie de groupe.

Dans l’histoire humaine, le remerciement s’inscrit d’abord dans la logique primitive du don et du contre-don, décrite par les anthropologues : si autrui me donne quelque chose, je dois lui redonner autre chose, qu’il s’agisse d’un objet, d’un symbole ou d’une parole.

C’est capital pour que fonctionne ce que l’on nomme le « contrat social ».

Puis, le remerciement est aussi un rappel de l’interdépendance qui structure et enrichit les sociétés humaines, et dont voici les 3 grands principes :

  1. nous n’arrivons à rien de grand ou de durable tout seul,

2) nous avons, toutes et tous, des dizaines de « merci » à exprimer tout au long de notre vie,

  1. avoir à dire tous ces mercis, nous devons le vivre comme une chance bien plus que comme une dépendance.

Enfin, le merci, et la pratique de la gratitude, cela fait partie d’une philosophie de vie : même si l’existence humaine est parfois compliquée et douloureuse, elle est aussi régulièrement source de nombreux moment de bonheur, pour lesquels nous vient l’envie de dire merci…

“I see trees of green, red roses too

I see them bloom for me and you

And I think to myself what a wonderful world…”

Louis Armstrong a raison, ce monde peut être merveilleux. Et l’être plus encore quand on découvre l’infinité des mercis à y ressentir et à y offrir…

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Christophe André
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