Statue de Michel de Montaigne, square Paul-Painlevé, à Paris, France ©Getty - Charles CICCIONE / Contributeur
Statue de Michel de Montaigne, square Paul-Painlevé, à Paris, France ©Getty - Charles CICCIONE / Contributeur
Statue de Michel de Montaigne, square Paul-Painlevé, à Paris, France ©Getty - Charles CICCIONE / Contributeur
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Résumé

Parfois, on se sent seul sur terre, dans sa tête à éprouver certains ressentis.. Le plus souvent on sait bien qu’il y a autour, près ou loin de nous, des humains qui nous aiment. Dans ces moments, la rencontre avec un auteur, est quelque chose de merveilleux. À commencer par Montaigne !

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On tombe sur un livre qui nous parle de nous, de cette partie de nous que l’on pensait unique et impartageable. On se pensait seul et on se découvre qu’il existe, ou qu’il a existé, au moins une autre personne humaine éprouvant la vie comme nous.

Montaigne se pense comme un humain normal et ordinaire

Beaucoup de lecteurs de Montaigne ont connu cette émotion de fraternité en lisant ses Essais : Montaigne parlant de ses défauts physiques, de sa digestion, de ses maladies, de ses lectures, de sa manière de composer avec sa famille, ses amis, de fuir les obligations sociales qui lui pèsent. Montaigne nous parlant de sa gourmandise, mais aussi de sa curiosité, lui qui, lors de son grand voyage en Europe, emmena avec lui son cuisinier : non pas pour qu’il lui mitonne des plats du Sud-Ouest et qu’il lui évite de mal digérer les cuisines locales, mais au contraire, pour qu’il apprenne de nouvelles recettes venues d’ailleurs !

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Montaigne parle de lui avec sincérité et avec le souci de faire de tous les petits éléments d’une vie humaine l’occasion d’une réflexion intelligente et honnête. Si intelligente et si honnête qu’au fil de la lecture on se dit qu’on a envie de lui ressembler, qu’il fait partie des humains que l’on a envie de suivre. On se dit : cher Michel, où tu iras, nous irons…

« Comme les Rois Mages en Galilée
Suivaient des yeux l'étoile du Berger
Je te suivrai, où tu iras j'irai
Fidèle comme une ombre jusqu'à destination.

Comme les Rois Mages en Galilée
Suivaient des yeux l'étoile du Berger
Comme Christophe Colomb et ses trois caravelles
Ont suivi le soleil avec obstination

Plaise au ciel que j'ouvre mes fenêtres
Le matin au bord d'un étang bleu
Plaise au ciel que rien ne nous arrête
Dans ce monde aventureux… »

Ce qui est bon, en lisant Montaigne, c’est que l’on découvre un humain normal et ordinaire. Comme nous. Avec ses peurs : quand l’épidémie de peste ravage Bordeaux, dont il est le maire, Montaigne ne se montre pas héroïque, mais prend la fuite pour éviter de mourir. Avec ses travers : il nous explique qu’il n’a pas lu la plupart des bouquins de sa vaste bibliothèque, mais que ça le rassure de les posséder, de disposer de tout ce savoir autour de lui, à sa portée ; et qu’il préfère, finalement, la compagnie de ses livres, à celle de sa famille et de ses enfants : eux au moins, sont toujours disponibles et ne lui demandent rien.

Montaigne s’attache à se dépeindre en humain ordinaire, banal, normal ; mais nous savons qu’il a été capable de grandes et belles choses, dont celle d’avoir rédigé ses Essais, d’avoir mené à bien de difficiles négociations politiques aux temps des guerres de religion, mais sans jamais en tirer gloire ni orgueil. Ainsi sommes-nous toutes et tous : des humains ordinaires capables de temps en temps de nous montrer exceptionnels…

Montaigne, bien en avance sur son temps, a tout compris à l’estime de soi. Il ne manque pas d’en souligner la nécessité, quand il parle par exemple de : « cette amitié que chacun se doit ». Il insiste aussi sur sa légitimité : « Il n’est rien de si beau et légitime que de faire bien l’homme et dûment, ni science si ardue que de bien et naturellement savoir vivre cette vie ; et de nos maladies, la plus sauvage, c’est de mépriser notre être. » (III, 13).

Mais il encourage aussi à la réguler, cette estime de soi, et à pratiquer l’humilité, la véritable humilité, qui n’est pas de se rabaisser, ou de se vouloir inférieur, mais plutôt de ne pas chercher à se vouloir ou se croire supérieur. Ainsi, dans son bureau-bibliothèque, au sommet de sa tour, toutes les poutres du plafond étaient gravées de sentences grecques et latines, incitant, pour beaucoup d’entre elles, à une juste estime de soi. Sur la poutre 23, cette citation de Saint-Paul : « Ne soyez pas plus sages qu’il ne faut, ne vous enivrez pas de sagesse », ou bien sur la poutre 38, celle-ci, de Pline l’Ancien : « Seule certitude : rien n’est certain, et rien n’est plus pitoyable ou prétentieux que l’homme. »

Et puis, non plus sur les poutres mais dans les Essais, il nous lègue sans doute la plus belle des maximes destinées à réguler l’estime de soi :

Au plus élevé trône du monde, nous ne sommes assis que dessus notre cul (III,13)

Une formule qui devrait être inscrite au fronton de tous les palais royaux et républicains de la planète, n’est-ce pas ?

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Christophe André
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