La marche en pleine conscience, en pleine nature de Christophe André
La marche en pleine conscience, en pleine nature de Christophe André
La marche en pleine conscience, en pleine nature de Christophe André ©Getty - DjelicS
La marche en pleine conscience, en pleine nature de Christophe André ©Getty - DjelicS
La marche en pleine conscience, en pleine nature de Christophe André ©Getty - DjelicS
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Résumé

Christophe André se livre à un petit exercice de méditation, de brins d’herbe et de petits jardins, un instant passionnant, qui se déroule tous les matins, à 6h, dans les prairies et les sous-bois qui entourent le centre dans lequel il part se retrouver en lui-même.

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C’est un peu étrange au début, car on est surtout occupé à se freiner, à freiner l’automatisme de marcher vite et vers une destination. Là on avance lentement, et on ne va nulle part. Comme il fait beau à peu près toute la semaine de retraite, alors je marche souvent pieds nus dans l’herbe, et, ma vitesse étant à peu près celle d’un escargot, j’ai le temps de contempler les fleurs des champs. Je m’aperçois que ce qu’on appelle « herbe » c’est en fait une incroyable multitude de plantes variées.

Un matin, souffle un petit vent froid qui fait ployer les brins herbe. Je me demande s’ils ont froid comme moi, et je ne trouve pas saugrenu de me poser la question. Dans la journée je marche si doucement que je surprends souvent des lézards ou des grillons postés devant leur trou. Au fil des jours, j’ai un sentiment de proximité avec toute cette vie humble qui va croissant. Parfois, je m’arrête pour regarder au loin les arbres, ou le ciel et les nuages qui passent. Jamais je ne me suis senti aussi proche de la nature, et du monde…

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Ah, la nature ! Le nombre d’études parues sur ses bienfaits, durant les 20 dernières années est presque aussi considérable que les destructions que nous lui infligeons depuis bien longtemps. Comme si nous réalisions, au moment d’une catastrophe écologique possible, à quel point cette nature qui nous entoure est un miracle, une chance, - que dis-je, une chance, une bénédiction ! Et surtout, une nécessité pour la survie de notre espèce. Je ne ferai pas ici la liste de tous les bienfaits médicaux de la nature, je n’évoquerai pas la biophilie, cet instinct qui nous fait aimer les photos de nature même sur écran d’ordinateur, je ne parlerai pas du fait que la majorité des humains passent désormais beaucoup plus de temps devant leurs écrans que dans la nature… Non, je m’effacerai plutôt devant une chanson…

« C'était un petit jardin
Qui sentait bon le Métropolitain
Qui sentait bon le bassin parisien
C'était un petit jardin
Avec une table et une chaise de jardin
Avec deux arbres, un pommier et un sapin
Au fond d'une cour à la Chaussée d'Antin
Mais un jour près du jardin
Passa un homme qui au revers de son veston
Portait une fleur de béton
Dans le jardin une voix chanta

De grâce, de grâce, monsieur le promoteur
De grâce, de grâce, ne coupez pas mes fleurs… »

C’était en 1972, il y a donc 50 ans tout juste, et la situation ne s’est pas améliorée. Non, je ne vais pas énumérer tous les dangers qui menacent aujourd’hui la nature, mais plutôt évoquer la meilleure manière de bénéficier de ses bienfaits. Écoutons Gustave Flaubert, dans cette lettre écrite en 1852 :

Hume bien l’air des bois cette semaine, et regarde les feuilles pour elles-mêmes ; pour comprendre la nature, il faut être calme comme elle

Flaubert n’avait pas fait de retraite de méditation dans la nature, comme celle dont je vous parlais tout à l’heure, mais il en évoque ici la contemplation. Contempler, c’est porter sur ce qui nous entoure un regard attentif et désintéressé. Notre rapport à la nature doit ainsi évoluer : ne pas seulement la considérer comme une source de nourriture, comme un cadre à nos loisirs, mais comme un objet sacré de contemplation.

"Nature au cœur profond sur qui les cieux reposent,
Nul n'aura comme moi si chaudement aimé
La lumière des jours et la douceur des choses,
L'eau luisante et la terre où la vie a germé.

La forêt, les étangs et les plaines fécondes
Ont plus touché mes yeux que les regards humains,
Je me suis appuyée à la beauté du monde
Et j'ai tenu l'odeur des saisons dans mes mains."

C’est beau, hein ? C’est un poème d’Anna de Noailles, poétesse admirée par Proust, qu’elle publia en 1901, il y a 120 ans ; si nous voulons que ce genre de poème puisse encore être écrit ou avoir du sens dans 120 ans, il va falloir nous bouger pour sauver la Nature, les amis…

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Christophe André
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