Momo (Samy Ben Youb) et Madame Rosa (Simone Signoret) dans La vie devant soi de Moshe Mizrahi ©Maxppp - Alliance
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Résumé

Il peut arriver que le dicton "Les amis de mes amis sont mes amis" foire complètement

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Une super copine vous présente un pote à elle "tu verras comme il est fun", mais, en fait, le type vous hérisse à sa première vanne politique ou passe la moitié de la soirée à vous vanter les mérites de sa nouvelle Tesla. Dans la fiction, en revanche, certains de mes amis me font aimer les leurs, plus que tout. C’est le cas de Momo, le petit narrateur de La vie devant soi de Romain Gary, qui, avec ce roman incroyable décrochait un deuxième Prix Goncourt, en 1975, sous le pseudo d’Émile Ajar, en se fichant donc ouvertement de son identité nationale. 

Momo ou Mohamed vit à Belleville chez Madame Rosa, et comme il a douze ans, sa grammaire, sa syntaxe, et ses expressions fleurent bon l’enfance, mais aussi la vérité la plus crue. Il écrit comme il parle :

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"La première chose que je peux vous dire c’est qu’on habitait au sixième à pied et que pour Madame Rosa, avec tous ces kilos qu’elle portait sur elle et seulement deux jambes, c’était une vraie source de vie quotidienne, avec tous les soucis et les peines. Elle nous le rappelait chaque fois qu’elle ne se plaignait pas d’autre part, car elle était également juive." 

Sa santé n’était pas bonne non plus et je peux vous dire aussi dès le début que c’est une femme qui aurait mérité́ un ascenseur.

Mon Momo n’a pas son pareil pour décrire son monde dur dehors mais doux dedans : des prostituées, des Noirs, d’Arabes, des travestis, et des vieux qui se tiennent chaud, et bien sûr, Rosa, vieille asthmatique, et ancienne prostituée, qui, je cite Momo, "s’est spécialisée en nounou de fils de putes". Le petit Musulman accompagnera la vieille Juive jusqu’au bout, vous verrez.  

Aujourd’hui, Mohamed a 60 ans, il n’a jamais quitté ce quartier de Belleville qui, depuis un siècle, de décennie en décennie, a accueilli des migrants polonais, arméniens, juifs, arabes, africains, et chinois. Il entend à la télé et à la radio des historiens sérieux rappeler à un falsificateur que Vichy a bien participé à la déportation de Juifs français, mais il pense à beaucoup à Mme Rosa qui s’était aménagé une cachette dans sa cave, au cas où cela recommencerait

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Il se demande ce qu’il serait devenu sans cette Juive Polonaise si elle n’était pas revenue d’Auschwitz. Cette Juive étrangère, qui, un jour de 1942, au petit matin, avait entendu la sonnette, ouvert la porte de son appartement de Belleville, et avait été conduite au Vel d'Hiv par des policiers français. Il se demande si, un jour, il devra, lui aussi, craindre le bruit de la sonnette. Et puis il pense à Monsieur Hamil, le vieil arabe avec lequel il aimait tant bavarder dans le livre de Romain Gary :

"Monsieur Hamil m'avait souvent dit que le temps vient lentement du désert avec ses caravanes de chameaux et qu'il n'était pas pressé car il transportait l'éternité. Mais c'est toujours plus joli quand on le raconte que lorsqu'on le regarde sur le visage d'une vieille personne qui se fait voler chaque jour un peu plus et si vous voulez mon avis, le temps, c'est du côté des voleurs qu'il faut le chercher." 

Grâce à mon cher ami Momo, je sais surtout qu’il ne faut pas se laisser voler notre temps, et notre histoire, par n'importe qui

En France, le régime de Vichy mobilise la police française pour participer à l'opération : à Paris, 7 000 policiers et gendarmes raflent les Juifs. Le 13 juillet 1942, une circulaire de la préfecture de police ordonne l’arrestation et le rassemblement de 27 427 Juifs étrangers habitant en France.

Ce roman est tour à tour lyrique, naïf, sombre et violent mais baigne, paradoxalement, dans une perpétuelle bonne humeur contagieuse.

Références

L'équipe

Guillemette Odicino
Guillemette Odicino