Poutine  lors de sa prestation de serment ce matin au Kremlin
Poutine lors de sa prestation de serment ce matin au Kremlin
Poutine  lors de sa prestation de serment ce matin au Kremlin ©AFP - Mikhail METZEL / SPUTNIK / AFP
Poutine lors de sa prestation de serment ce matin au Kremlin ©AFP - Mikhail METZEL / SPUTNIK / AFP
Poutine lors de sa prestation de serment ce matin au Kremlin ©AFP - Mikhail METZEL / SPUTNIK / AFP
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Résumé

C’est donc parti pour un 4ème mandat ! Vladimir Poutine a prêté serment ce matin après sa facile réélection du printemps dernier. Le tout sur fond de contentieux en série avec les Occidentaux. Mais dans le "Monde à l'envers", question: n'est-il pas temps au contraire pour les Européens de se réconcilier avec Poutine ?

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Je vous vois déjà sourciller : « enfin quand même, Poutine c’est pas un gentil ! »

Je vous l’accorde aisément, et nous le savons tous : 

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-         Il réprime les opposants en Russie, 

-         Il soutient le boucher Bachar el Assad en Syrie, 

-         Il a annexé une partie de l’Ukraine par la force, 

-         Il cherche à influencer les scrutins en Occident par le biais de la Toile,

-         Et il est soupçonné de faire empoisonner ses opposants, y compris sur le sol britannique.

Ok. Tout cela est vrai et ça justifie amplement qu’on ait pu se fâcher avec lui : ce n’est pas un enfant de chœur !

Mais bon une fois qu’on a dit ça, je vous propose, comme souvent, de faire une pause…

De respirer un bon coup et de se poser la question : n’y a-t-il pas plus à gagner à se réconcilier avec lui ?

Premier paramètre, comme toujours, rappel du monde réel : il est là ! Ça peut ne pas nous plaire, mais il est là. Et bien là.  Confortablement réélu avec 76% des voix. Même s’il y a eu des irrégularités, sa légitimité est indiscutable.

Regard européen et pivot diplomatique

Vous allez me dire: ça ne fait pas pour autant de lui un « gentil »…

Et bien c’est plus compliqué que ça. La pièce Vladimir Poutine possède deux faces.

Oui il y a le recto, le dirigeant autoritaire et interventionniste.

Mais il y a aussi le verso : sur l’autre face, il y a ce que Gorbatchev appelait il y a 30 ans la « maison commune européenne ». Poutine regarde vers l’Europe, il s’y intéresse. Il est simplement inquiet de la présence de l’OTAN à ses portes. Et une grande partie des élites russes partage cette logique : plutôt europhiles mais préoccupés des troupes massées à leurs frontières.

Et puis Poutine, c’est aussi :

-         Un dirigeant qui n’intervient pas partout : par exemple, jusqu’à preuve du contraire, il laisse se dérouler paisiblement la « Révolution de velours » en cours en Arménie.

-         Un président qui certes emprisonne de nombreux opposants, mais fait monter une nouvelle génération de dirigeants, en particulier dans les instances régionales du pouvoir russe.

-         Un chef des armées qui réduit son budget militaire : c’était vrai l’an dernier, ce sera encore le cas cette année. C’est en partie dû à la situation économique, mais tout de même. 

-         Et enfin un leader diplomatique qui est sans doute le seul aujourd’hui à pouvoir parler avec toutes les parties au Proche et au Moyen Orient : Israéliens comme Iraniens, Turcs comme Syriens.  Bref un pivot incontournable pour toute négociation dans la région.

Sortir du dilemme Washington Pékin

De là à avoir des intérêts communs avec lui, c’est autre chose, mais justement, c’est le cas !

D’abord, il y a l’intérêt géopolitique : 

-         Comme Poutine, les Européens veulent sauver l’accord sur le nucléaire iranien, 

-         Comme Poutine, ils ont pour priorité de lutter contre le terrorisme islamiste,

-         Comme Poutine, ils veulent protéger les Chrétiens d’Orient.

Ensuite, il y a l’intérêt économique. Le président russe a besoin d’alliés pour relancer la croissance chez lui. Son pays est ultra dépendant des cours du pétrole et du gaz.

Donc si les cours sont bas comme au cours des 4 dernières années, il est incapable de débloquer les investissements qui relanceraient l’économie et les salaires. 

La Russie a besoin d’infrastructures routières, d’écoles, d’hôpitaux, de projets numériques. Elle a besoin de technologies et de capitaux.

Elle ne pourra pas le faire toute seule : les Européens ont donc une carte à jouer. Ça s’appelle un levier de négociation. 

De son côté, l’Europe a elle aussi besoin d’alliés sur le plan économique.

Aujourd’hui, elle est déjà prise en tenaille entre des Etats-Unis devenus imprévisibles avec Donald Trump, et une Chine qui cherche à étendre tous azimuts son empire économique avec le projet des « Nouvelles routes de la Soie ». On voit d’ailleurs bien cette tenaille à l’œuvre dans le contentieux sur l’acier et l’aluminium.

Donc si l’Europe veut peser, elle a peut-être intérêt à jouer la carte Poutine. Initier un grand accord cadre de sécurité et de coopération économique avec la Russie.

Dans deux semaines, Emmanuel Macron se rend à Moscou et à St Petersbourg. Et hier dans le JDD, il évoquait la volonté d’engager, je cite, un « dialogue historique avec Poutine pour arrimer la Russie à l’Europe ».

Just do it ! Chiche !

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Jean-Marc Four
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