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Résumé

Paru en 1935, ce récit retrace l'amitié entre Antonio Balduino, un enfant perdu et mauvais garçon, et Jubiaba, un prêtre. Juliette Arnaud nous emmène ainsi au coeur de la culture afro-brésilienne de l'Etat de Bahia et du développement de la conscience politique chez la classe ouvrière.

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On commence de la sorte, on est au Brésil, dans les années 30. (donc Bolsonaro n’est pas né, Lula non plus, le variant non plus, bref, il y avait des trucs pas cool mais pas les mêmes). 

Baldo, le héros du livre, lui est né, il est l’enfant du morne (relief d’un littoral, une colline) d’où il regarde la ville amoureusement, la capitale de l’Etat brésilien nommé Bahia, Salvador de Bahia. Il est né certes mais mal. Entendez pas du bon côté de la fracture sociale. Déshérités parmi les déshérités, noir mais comme tout le monde dans son quartier, donc descendants d’esclaves, et promis par cette naissance à une vie de descendant d’esclave, mais lui en plus, ses descendants les plus proches ne sont pas là, il est élevé par une vieille tante, qui l’aime mais rudement, elle est fatiguée la dame qui n’est pas maman. Alors comme Gavroche et Léa Seydoux, Baldo s’inscrit à l’école de la vie. 

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Avec deux admirations : Jubiaba le sorcier, et Zé la Crevette, le vaurien. Deux persécutés donc, mais deux hommes libres et en écoutant leurs récits héroïques, et je cite Amado « Baldo oublia la tradition de servitude », résolut d’être un homme libre. 

Bon, alors sur cette base, on devine ce que pourrait en faire un Emile Zola ou un Victor Hugo. Et on pleurerait des larmes de sang dès la fin du chapitre un, et au dernier chapitre, blam! écrabouillés par le déterminisme et désireux de se nettoyer la psyché à grands coups de Chardonnay ou de vin chaud. 

Oui mais cet auteur s’appelle Jorge Amado. Comme un autre Georges. Comme un autre métèque. Comme l’auto proclamé métèque, Georges Moustaki, né Giuseppe Mustacchi ou Yussef Mustacchi, né à Alexandrie d’une famille juive grecque mais de langue italienne, baptisé Giuseppe  par ses parents, inscrit à l’état civil égyptien sous le nom de Youssef, appelé à l’école française Joseph. Qui en 1977 chantait ceci : (Son Bahia / Moustaki) … oui, Bahia se prononce Ba-hi- a. Ba-hi-a Bahia : la plus métissée des villes du brésil, la plus africaine des villes brésiliennes. 

Vous notez que c’est pas la même que si Coluche chantait « Misère c’est toujours sur les pauvres gens que tu t’acharnes obstinément ». Amado avait beau être communiste, et raconter les histoires de son peuple, le métèque, le mélangé, il raconte ses histoires avec une verve insolente et débridée, avec humour et sensualité, avec des parfums, des odeurs, des corps et des peaux, et des corps et des peaux qui se battent et font l’amour, avec des personnages qui n’oublient jamais de se nourrir, et d’y prendre du plaisir. 

Et si chez nous c’est « Marseille, bébé »; là-bas c’est « Bahia, amada ». 

« Cité religieuse, cité coloniale, cité nègre de Bahia, églises somptueuses chamarrées d’or, maisons bourgeoises décorées d’anciennes faïences bleues, taudis, nids à misère, rues montantes pavées de pierre, tout cela appartient à Baldo ». Et on n’est qu’à la page 65. Keuaaaa? Mais comment? Il a gagné à la loterie le petit môme déguenillé ou bien? Non, mieux que ça, il a trouvé des copains de sa sorte, dans la rue, ils sont devenus une famille, une bande de mômes mendiants, il y a Le beau, il y a le Gros, il y a Sans Dents, et ils se sentent les princes de la ville. Ni parents, ni patrons, ils pourraient citer Fianso « Que Dieu me garde, avoir le trône, patron ou chef/Peur de mes frères ou bref, Jésus, Marie, Youssef ». Ouais d’accord mais après? Quand c’est fini l’âge de la guerre des boutons, c’est comment Bahia? 

Merci Bisous Merci. 

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L'équipe

Juliette Arnaud
Production