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Résumé

Juliette Arnaud continue la lecture de ce classique de la littérature brésilienne...

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L’âge de la Guerre des boutons, c’est fini. Film qui finit sur deux jeunes garçons enfermés en pension pour cause de trop de conneries par leurs père respectifs. Et Lebrac de clore le film en disant : « Et dire que quand on sera grand, on sera aussi bêtes qu’eux». Sur cette course poursuite dans le dortoir et Lebrac et Laztec se prennent dans les bras l’un de l’autre. Parce que c’est bon, ils sont pas encore trop bêtes. Bon, Baldo à présent. Eh ben il a grandi, à 18 ans, est-il devenu bête? 

Il a 18 ans, il en parait 25, c’est qu’il en a vu du pays : certains de ses amis mendiants sont morts, il est devenu boxeur, il a écrit des sambas, tout en ayant beaucoup d’histoires d’amour tout à fait charnelles. il a bossé dans une plantation de tabac, dans des conditions qui rappellent le Germinal de Zola - comme quoi « Non la misère n’est pas moins pénible au soleil » - dont il s’est enfui avec toutes les polices du coin aux fesses, a travaillé dans un cirque, qui fait faillite. Alors il reprend à Bahia sa vie de traine savate, en se disant « Ah ben mon vieux ah ben mon vieux si j’aurai su j’aurai pas venu ». 

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Mais il a changé, il n’est plus gai comme avant, il se met à avoir des idées tristes, « Il se rend compte que s’il rit, c’est plutôt pour mettre les autres en colère parce qu’il en a envie ». Pas bête donc mais amer, colérique. 

Et puis, trop souvent, lui revient le souvenir du visage de Lindinalva. Ah flûte. Je ne vous ai pas causé de Lindinalva. La boulette. la mouche dans le lait. 

Enfant quand sa vieille tante meurt, il est embauché dans une maison bourgeoise, où il noue une amitié proche de la dévotion  avec une petite fille nommée Lindinalva. Elle est aussi blanche qu’il est noir, riche que lui pauvre, ils s’aiment tout à fait gentiment. La cuisinière blanche par jalousie l’accuse d’avoir épié la petite fille quand elle prend son bain, il est chassé et dès lors, c’est une obsession qui revient toujours, il la voit dans chaque femme qu’il aime ou est supposé aimer, il voit son pâle visage danser dans la lune. Et là normalement vous vous dites « Mais enfin juste ciel c’est quoi ce mélange des genres : la colère du réfractaire avec cette passion pour un fantôme du passé? ». Eh bien, c’est ça tout pile le truc chez Amado. C’est que Albert Camus célébrait à l’époque de sa première publication en France, quand une certaine élite lettrée tant brésilienne que française lui reprochait ce bazar baroque, et les orthodoxes communistes sa complaisance pour les marginaux, les vagabonds, les déclassés, Camus admirait son « utilisation émouvante des thèmes feuilletonesques, son abandon à la vie dans ce qu’elle a d’excessif et démesuré ». 

Et puis, le gout de Baldo pour « La bonne vie qui passe à ne rien faire, à baguenauder dans la ville endormie ». Sauf qu’un jour Lindinalva revient dans sa vie. Alors Baldo va s’enraciner, lui qui avait toujours eu un souverain mépris pour les travailleurs va comprendre à la faveur d’une grève qu’on ne peut rien sans eux. Oui, mais Lindinalva et ses tâches de son, alors? T’inquiète Guinguette, c’est là en poche, et dans toutes les bonnes bibliothèques.

Merci Bisous Merci

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Juliette Arnaud
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