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Résumé

Un conte de fée sans fée, une métamorphose, et finalement une histoire que les adultes auraient quelques intérêts à écouter.

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A 50 ans, Andersen écrit son auto-biographie qu’il fait débuter avec cette phrase : « Ma vie est un beau conte de fées, riche et heureux ». De là deux options, soit tu ricanes en te disant « Dis donc Hans Christian, tu te prends pour Paris Hilton ou c’est comment? », soit tu notes l’emploi du mot « conte », alors tu vas chercher ton Littré et tu trouves comme définition : « Récit d’aventures merveilleuses fait en vue d’amuser ». 

Et puis tu te souviens aussi qu’un conte de fée, s’il ne contient pas forcément une « fée », renferme nécessairement une chose magique, et cette chose magique entraîne souvent une métamorphose. Et effectivement qu’un petit garçon né dans une famille pauvre au début du XIXème siècle parti à 14 ans essayer de devenir acteur à la capitale et devienne, après avoir échoué à être acteur, et après des études si laborieuses qu’on dirait Alex en train de m’expliquer le féminisme, le danois le plus célèbre au monde, et déjà de son vivant, oui, il était en droit de causer d’une aventure merveilleuse, de magie, de métamorphose. 

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Métamorphose comme la fille née Ondine, l’autre mot pour sirène, génie des eaux, qui à la fin du conte, devient Sylphide, fille de l’air, génie ailé qui vit dans les airs. 

Oui, Alex, je divulgache allégrement.

J’ai le droit, tout le monde connaît l’histoire de la Petite Sirène, peu d’histoires plus adaptées depuis sa création en1837. 

Tellement adaptée qu’en la relisant cette histoire, 40 ans après la première fois, punaise 40 ans bref, je fus ahurie par le mal que ces adaptations lui ont fait.  

Premièrement : La Petite Sirène, petite car benjamine de ses sœurs, ne sacrifice pas sa queue pour être aimée d’une homme. (Oui, ça peut avoir un air un poil graveleux, mais non, enfin si peut-être vu qu’Andersen était sans doute homosexuel de cœur, à défaut de l’être pleinement, et que tout ça ne s’est pas fait dans le plus grand des calmes). Elle sacrifie sa queue de poisson parce qu’elle ne veut pas vivre 300 ans dans son beau royaume d’onde, et puis devenir de l’écume, elle veut vivre moins mais avoir une âme éternelle. Elle veut sortir de sa condition, elle est prise, la benjamine, d’un désir de transcendance. 

« Elle se mit à aimer les humains de plus en plus, elle souhaita monter parmi eux, leur monde lui paraissait plus vaste que le sien ». 

Bon alors évidemment, tout ça c’est pas gratuit, et c’est la sorcière des mers qui lui indique les termes du deal : - au passage, notons que la sorcière n’est pas d’accord : « C’est stupide de ta part », mais elle respecte la Volonté de la gosse, voilà voilà - Plus de queue, des jambes (avec la sensation de marcher sur des poignards à chaque pas) mais plus de langue, oh une femme muette comme c’est intéressant. Enfin pour choper l’âme éternelle il faut que le Prince aux grands yeux noirs l’aime « tant qu’elle soit plus pour lui que son père et sa mère ». De la sorte l’âme du Prince s’infusera en elle. Amen. 

Deuxièmement : A aucun moment le Prince n’aime la Petite Sirène de cette manière. Et je cite Andersen : à défaut de l’ensorceler par sa voix, elle danse divinement, et lui il l’appelle « petit enfant trouvé ». Ouais… Après il lui fait faire un costume d’homme pour qu’elle l’accompagne à cheval. Ouais … boum friend zone. Alors elle obtient le droit de dormir … devant sa porte sur un coussin de velours …Ouais … C’est marrant c’est pas exactement le souvenir que j’en avais. En son temps, Andersen a dit maintes fois qu’il écrivait pour tout le monde, pour les enfants aussi, mais que les adultes auraient quelque intérêt à écouter. Je confirme. 

Merci Bisous Merci