Etiquette Nutriscore
Etiquette Nutriscore ©Maxppp - Magali Cohen / Hans Lucas / Hans Lucas
Etiquette Nutriscore ©Maxppp - Magali Cohen / Hans Lucas / Hans Lucas
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Au risque de décevoir certains, et surtout nos commissaires européens, le mieux est bien l’ennemi du bien ! Avec son feu vert pour le Nutri-score, la Commission européenne vient de donner un coup de poignard dans le dos à nos producteurs d’AOP après les avoir pourtant tant chéris.

Mais le Nutri-score c’est quoi exactement ?

Le Nutri-score, c’est un logo apposé sur les produits pré-emballés qui vise à renseigner le consommateur sur la valeur nutritionnelle - et seulement ça - des produits à l’aide de 5 couleurs (du vert foncé au rouge) et de 5 lettres de A à E comme à l’école. Il sanctionne la présence de sel, de sucres et d’acides gras saturés et favorise les nutriments dits positifs (protéines, fibres…).

Or, le Nutri-score n’est pas un gage de qualité et il n’incite pas forcément à un comportement alimentaire favorable.

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Et pourtant il pourrait bien devenir obligatoire très bientôt et ainsi contraindre les produits non transformés à revoir leurs liste d’ingrédients voire même à la dénaturer complètement sous prétexte qu’il vaut mieux des additifs industriels et des texturants – bonne note ! - plutôt que du gras naturellement présent – mauvaise note !

Un exemple ?

Prenons le roquefort : un roquefort avec du lait écrémé pasteurisé et des conservateurs chimiques plutôt que du lait cru, du sel et du texturant pour remplacer le gras ne dites plus roquefort mais "Made in Nutri-score", ce nouveau pays qui ressemble à l’Absurdie.

Raison pour laquelle le roquefort se révolte. Il a même écrit un manifeste et Sébastien Vignette, le boss de la Confédération du roquefort que j’ai eu au téléphone, ne décolère pas : il considère même que l’apposition d’un tel logo sur le produit serait de nature à appauvrir toute la culture alimentaire française.

Plongez un instant dans les courses d’un supermarché où tous les produits AOP seraient notés en rouge. Exit le rouge mettez du vert dans le caddie ! À nous les sodas lights, les frites surgelés, les céréales au chocolat du petit-déjeuner et les cordons bleus rafistolés qui sont tous excellemment notés. Ben voyons.

Bannissez-donc les fromages de nos régions et les huiles d’olives vierge de Corse… Vous comprenez, l’huile c’est gras…

La vérité est que l’obligation d’un tel étiquetage ne participe donc en rien à améliorer l’éducation alimentaire. C’est une arnaque. Une de plus. Comme savent si bien les mettre en place les grandes industries de la malbouffe.

C’est une véritable entreprise de verdissement de la note des produits industriels transformés sans aucune information du consommateur sur la portion. La note se fonde, en effet, sur une portion de 100g ou 100 ml : vous ne mangez jamais une telle quantité.

Le Nutri-score trompe les consommateurs tout autant que les industriels trompent le Nutri-score.

Plus encore, le Nutri-score impacterait la publicité des produits classés D ou E de 19h à 22h. Adieu les pubs pour l’huile d’olive pendant la pub de "Top Chef" ! Et oui, il ne faudrait pas que vos enfants se risquent à vouloir boire de l’huile d’olive en cachette parce qu’ils l’auront trop vu à la télé…

Oui, je le dis et le redis le Nutri-score tend à punir les AOP et autres filières vertueuses plutôt qu’à encourager une démarche qualitative. Sa vision n’est pas holistique et se fiche du bénéfice santé des produits.

Et pourtant seuls les produits transformés auront le droit à leur note verte, vert comme nature, voilà l’arnaque … Et puisque le feu est vert et qu’on nous dit de foncer, on fonce. Dans le ravin. Des vrais moutons de Panurge !

Et comme si ça ne suffisait pas, le Nutri-score veut aussi s’imposer dans le monde viticole en lui apposant un F noir, autant y mettre une tête de mort. Rappelons que c’est l’alcool dans le vin qui tue, pas le sucre du raisin…

Cette soif de bien faire et cette obsession du mieux démontre qu’on a un vrai problème avec l’étiquetage de nos produits alimentaires qui va jusqu’à l’encontre des produits du terroir français et renie le savoir-faire de nos agriculteurs, producteurs et artisans au profit, au seul profit des industriels.

Il semble qu’une prise de conscience progressive émerge en Europe, les Italiens sont la tête de pont de cette révolte pour protéger notamment leur parmesan, mais c’est à nous, consommateurs, de lutter contre ce monde de notes pour que nos fromages, huiles et autres merveilles résistent à cette folie.

Et qu'est-ce qu'on boit ?

On boit ce qu’on veut mais moi je vous ai apporté des bouteilles de… vinaigre. Un métier oublié mais qui renaît grâce à des passionnés qui collaborent avec des viticulteurs chez qui faire du vinaigre était bien trop souvent banni. Et impossible de parler vinaigre sans évoquer la Vinaigrerie de la Guinelle située au bout du bout d’un chemin sur les hauteurs de Banyuls : fondée par l’inénarrable Nanou, elle vient tout juste d’être reprise par la jeune et talentueuse Chandra qui y travaillait déjà depuis plusieurs années et que j’ai rencontrée au salon de la Dive à Saumur le mois dernier. Oubliez tous vos vinaigres d’avant et goutez ceux de la Guinelle issus de cépages variés : vinaigre de Chenin de chez les Jousset , de Mauzac de la famille Plageolles , et un tout nouveau incroyable, celui de Nébiol , un cépage italien sensuel comme une sieste sur une colline d’Ombrie. Quelques gouttes et voilà votre vinaigrette sublimée, et vos légumes enchantés !

L'équipe

Eric Morain
Production