Lire avant de commenter, le conseil de Cyril Petit
Lire avant de commenter, le conseil de Cyril Petit
Lire avant de commenter, le conseil de Cyril Petit ©Getty - Peter Dazeley
Lire avant de commenter, le conseil de Cyril Petit ©Getty - Peter Dazeley
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Résumé

Ce matin, Cyril Petit nous rappelle une évidence parfois oubliée : derrière un titre, derrière un tweet, il y a... un article. Et c’est mieux de le lire avant de faire ses commentaires ...

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Le 10 avril à 21h44, Nice-Matin publie ce tweet : “L’ancienne maison de Jean Maret à Vence bientôt rasée et remplacée par un immeuble.” Précisions pour les auditeurs : il est écrit Jean Maret, M.A.R.E.T. En quelques minutes, le journal est accusé de ne pas savoir orthographier le nom de l’acteur de Fantômas. Florilège des attaques : “JEAAAAN MARAIS (M.A.R.A.I.S.) BORDEL!” ; “Les correcteurs semblent aussi creux dans les rédactions que ceux qui écrivent les articles !” ; “Quand le stagiaire de 3e fait trop d’heures sup”, “Bravo aux journaleux de cette feuille de chou qu'est Nice-Matin.” 

Sauf que cet article est bien consacré à la maison de Jean Maret (M.A.R.E.T), ex-maire de Vence de 1959 à 1983. Il aurait suffi que les commentateurs pressés cliquent sur le lien pour vérifier avant de s’indigner. Car tout est très clair dans le titre et le texte. Réaction de la journaliste, Alice David : “C’est peut-être mon article le moins lu, mais le plus commenté. C’est franchement drôle, tout en étant sacrément triste.” 

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Les médias doivent faire face à un mal qui monte : les commentaires hâtifs et l’indignation permanente. Il y a une dizaine de jours, confronté sur Facebook à des jugements faussés, le médiateur de “La Montagne” a rappelé la Charte d'utilisation des réseaux sociaux du groupe Centre France. Je la cite : “Les utilisateurs s’efforcent de lire le contenu des articles avant de les commenter.” Car, oui, très souvent les réponses se trouvent dans les textes. Qu’il faut idéalement parcourir jusqu’au bout donc. En moyenne sur les 30 derniers jours, 60 % des articles de LaMontagne.fr ont été vus jusqu’à leur fin. Un dessin de Deligne résume le mal : on y voit un homme devant son ordinateur. Il crie : “Ce journaliste va savoir ce que je pense de son article.” Son épouse lui souffle : “Tu n’as pas encore ouvert le journal.” Il rétorque : “J’en sais suffisamment comme ça.”

Tout est dit… Au-delà de la pédagogie, des médias ont fait d’autres choix. De nombreux sites payants ont réservé les commentaires à leurs seuls abonnés. D’autres les ont supprimés, comme Libération, en 2018 qui les jugeaient mal modérés par un prestataire. Il n’est pas prévu de les réintroduire pour l’instant, le journal misant sur l’interaction sur les réseaux sociaux. Un média norvégien a trouvé une solution originale : depuis 2017, une partie du site Internet de NRK, la radio-télévision publique, impose à ceux qui veulent commenter... un quiz de trois questions pour s’assurer qu’ils ont bien lu l’article. Résultat selon un responsable norvégien : “Les discussions peuvent rester animées, mais au moins elles sont polies.” 

En fin d’année dernière, Twitter aussi a pris la mesure du problème avec un slogan choc : “Les titres ne racontent pas toute l’histoire.” Cette décision est née de la crainte des fake news lors de l’élection américaine. Twitter incite ses utilisateurs à parcourir les contenus avant de les partager. “Vous voulez lire l’article d’abord?”, nous propose-t-on dès qu’on veut retweeter un article de presse. Même si l’option reste facultative et n’empêche pas de commenter sans avoir lu autre chose que le titre, elle sonne comme un rappel à l’ordre.   

Revenons à nos titres d’articles : pourquoi les réactions haineuses sont-elles beaucoup plus rares en ce qui concerne les versions imprimées que sur Internet ? Sur le papier, le lecteur voit en même temps le titre, le sous-titre, la photo, l’article. Bref, le contexte… Sur Internet, le titre ne constitue que la partie émergée de l’iceberg : on ne sait pas toujours ce qu’on va trouver derrière, combien de temps on devra lire, ni s’il y aura un contrepoint. Donc nombre d’internautes se laissent porter par leurs préjugés ou leur défiance. Ils ne cherchent pas à en savoir plus, ils crient ! 

Références