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Résumé

En partenariat avec Reporterre.net, Émilie Massemin nous parle des SMR, qui sont des petits réacteurs nucléaires.

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Est-ce que c'est un peu comme une grande centrale mais en miniature ?…

Oui Mathieu, c’en est fini du « toujours plus gros ». Les SMR ont une puissance de 10 à 300 mégawatts, contre 1.650 mégawatts pour l’EPR de Flamanville. EDF a ainsi présenté au début du mois le design de Nuward, la contraction en anglais de « en avant le nucléaire ! ». C’est un petit réacteur nucléaire de 170 mégawatts destiné à produire de l’électricité pour alimenter le réseau, produire de l’hydrogène et dessaler de l’eau de mer, entre autres fonctions.

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Inspirée de la technologie des sous-marins, cette chaudière atomique tiendra dans un cube d’eau de 25 mètres par 25, soit la moitié d’une piscine olympique. Elle devrait voir le jour pendant la décennie 2030. EDF espère la vendre à des pays qui ont besoin de remplacer leurs centrales thermiques pour respecter leurs engagements climatiques, d’alimenter en électricité des communautés ou des mines isolées, ou encore qui n’ont pas les moyens de se payer de grosses centrales nucléaires.

La France est-elle le seul pays à s’être lancé dans cette nouvelle technologie ?

Non, elle est même plutôt en retard ! La Russie a ouvert le bal avec Akademic Lomonosov, un SMR de 70 mégawatts installé sur un bateau qui alimente en électricité la ville arctique de Pevek depuis 2019. Les États-Unis aussi ont pris de l’avance avec NuScale, un réacteur de 60 mégawatts dont le prototype devrait être achevé en 2029. On compte également d’autres projets en Chine, au Canada, en Grande-Bretagne, en Argentine et en Inde, pour ne citer qu’eux. En tout, fin 2020, 72 concepts de SMR étaient en développement dans le monde.

Reste à savoir s’il y aura de la place pour tout le monde…

Rien n’est moins sûr. Surtout que les SMR pourraient ne pas rencontrer le succès escompté. Les prévisions les plus optimistes de l’Agence pour l’énergie nucléaire prévoient qu’ils représenteront au moins 10 % de la nouvelle capacité nucléaire d’ici 2030.

En effet, leur électricité coûte très cher. Jusqu’à présent, les réacteurs étaient de plus en plus gros pour permettre des économies d’échelle. C’est pour ça que l’EPR de Flamanville, avec ses 1.650 mégawatts, est plus puissant que les réacteurs actuels. Avec les petits réacteurs modulaires, impossible de réaliser de telles économies. Du coup, d’après l’agence pour l’énergie nucléaire, ils ne pourraient être compétitifs qu’à condition d’être produits en très grandes séries dans des usines.

Mais d’après le professeur Ramana, un physicien de Princeton, il faudrait produire des milliers de SMR pour que le prix de leur électricité rejoigne celui des grands réacteurs ! Il n’est pas certain qu’une telle demande existe. Ce chercheur rappelle que certains SMR déjà développés en Russie, en

Chine et en Corée du Sud n’ont pas trouvé de clients. Et que les marchés de niche, par exemple les mines et les communautés éloignées, sont assez limités.

Enfin, on ne sait pas encore quand cette technologie sera vraiment mature. La plupart des prototypes sont attendus pour 2030, ce qui signifie pas de commercialisation avant, au mieux, 2040. Pas sûr que cette échéance soit compatible avec l’urgence climatique.

Sur le site de Reporterre.net: Le petit réacteur atomique SMR fait rêver les nucléaristes