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Résumé

En partenariat avec Reporterre.net, la chronique d'Hervé Kempf en direct du procès de Bar-le-duc.

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Bonjour Hervé. Où êtes-vous ? 

Je me trouve à Bar-le-Duc, riante préfecture de la Meuse, où siège le palais de justice. Et si je suis là, c’est parce que s’y tient un procès extraordinaire.  

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Extraordinaire parce que les sept accusés qui comparaissent aujourd’hui ont subi une enquête impressionnante, une enquête qui a coûté plus d’un million d’euros, a réalisé l’écoute téléphonique de 85.000 conversations, et a valu aux accusés deux ans de contrôle judiciaire. Mais extraordinaire aussi parce qu’au final, il ne leur est vraiment reproché que l’organisation d’une manifestation non déclarée le 15 août 2017. 

Mais pourquoi une telle débauche de moyens, alors que la justice en manque ? 

Parce que l’enjeu véritable était d’enrayer l’opposition au projet d’enfouissement des déchets radioactifs, à Bure, une petite commune de la Meuse. Depuis trente ans, l’Etat cherche désespérément une solution aux déchets que produisent année après année les cinquante réacteurs nucléaires français. Toutes les recherches dans d’autres régions ont échoué, et le choix s’est fixé ici, en 1998. Mais la contestation dans la région lorraine ne cesse de monter. En 2016, le bois où l’Andra, l’Agence nationale pour la gestion des déchets radioactifs, voulait commencer des travaux, a été occupé par des activistes. En 2017, la justice a lancé une enquête judiciaire hors norme en accusant sept militants d’ « association de malfaiteurs ».

Quel est le projet de l’Andra pour enfouir ces déchets ? 

S’il se faisait, ce serait sans doute le plus grand chantier industriel en Europe. Il s’agirait de créer à 500 mètres sous terre un réseau de 270 kilomètres de galeries, soit plus que la longueur du réseau du métro parisien. Dans ces galeries seraient placées 85.000 mètres cubes de colis de matières extrêmement chaudes et radioactives qui sortent de l’usine de La Hague. Les installations de surface occuperaient 500 hectares. Un stockage prévu pour…. des milliers d’années. 

Mais ce projet n’est pas seulement contesté par des habitants de la région et le mouvement antinucléaire. Il soulève aussi de nombreuses questions scientifiques et la validité du concept n’est pas démontrée. En janvier, l’Autorité environnementale a produit un rapport très critique sur le projet Cigéo. Parmi ses nombreuses interrogations, l’une porte sur la possibilité de contamination des  nappes phréatiques de la région.  

Que peut-on attendre du procès à Bar-le-Duc ? 

Qu’il rende la justice, et dise s’il fallait vraiment déployer autant de moyens contre quelques opposants au nucléaire. Mais l’enjeu sera de voir s’il est possible de contester ce projet qui a été imposé aux habitants. En 2005, malgré la loi qui l’autorisait, un référendum demandé par des dizaines de milliers des électeurs des départements concernés avaient été refusé. 

Il est certain que le résultat de ce procès aura un effet sur la vigueur du mouvement antinucléaire. Mais celui-ci ne baissera pas sa vigilance sur Cigéo, alors qu’une enquête publique sur le projet pourrait être lancée cette année. 

Sur le site de Reporterre.net: Après une enquête démesurée, sept antinucléaires en procès à Bar-le-Duc

Références