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Résumé

Marc-André Selosse, dans sa « chronique du vivant » en partenariat avec le Muséum national d’Histoire naturelle, nous met en garde contre les replantations d’arbres exotiques.

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Dans la Chronique du vivant, Marc-André Selosse,  nous met en garde contre les replantations d’arbres exotiques.

Il faut replanter des arbres ! D’abord, cela immobilise du carbone ; deuxièmement, ils préparent le bois du futur ; troisièmement, la forêt souffre du changement climatique. Toutes les régions françaises ont un « Programme régional de la forêt » et le «Plan national de relance» mobilisera 200 millions d’euros pour reboiser 45 000 hectares.

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Bonnes nouvelles donc ? Tout dépend de ce qu’on plante ! Avec des collègues de la Société botanique de France, nous avons, dans le Monde en ligne samedi dernier, alerté sur une dangereuse absurdité. Les listes d’espèces subventionnées pour la replantation comportent des espèces exotiques, qui sont déjà envahissantes en France, comme le robinier, le chêne rouge ou le noyer noir ; d’autres espèces sont envahissantes ailleurs en Europe (Douglas en Allemagne, tulipier de Virginie en Belgique).

Les envahissantes concurrencent les espèces locales, sont défavorables aux organismes qui se nourrissent de celles-ci, forment des peuplements monotones, peuvent endommager les sols et s’implantent spontanément là où l’on n’en veut pas. En Europe, les espèces exotiques envahissantes (plantes et animaux compris) coûtent plus de 38 milliards d’euros par an, dont 25% pour lutter contre elles. Entre 1970 et 2017, le coût de leurs dégâts sur Terre s’est élevé à 1200 milliards d'euros ! Nos impôts ne doivent pas contribuer à risquer de nouvelles invasions !

_Ces arbres exotiques sont vraiment dangereux ?_Le forestier Philibert Guinier écrivait en 1902 « le cerisier tardif mérite d’être propagé … dans nos forêts » : hélas, cette espèce nord-américaine est devenue l’envahissante la plus nocive des forêts européennes ! Américain aussi, le robinier faux-acacia est envahissant sur les friches et bords de routes : il enrichit le sol, ce qui peut paraître positif mais exclut la biodiversité propre aux sols plus pauvres. De plus, les exotiques sont parfois suivis de maladies : le frêne de Mandchourie (une essence des essais forestiers actuels, d’ailleurs) a importé la chalarose, ce champignon qui décime nos frênes européens ! 

_Mais face au changement climatique, il faut renouveler nos forêts ?_Oui, mais on peut faire remonter des espèces immédiatement voisines, du sud. Il s’agit en fait d’assister cette migration qui s’est toujours produite lors des réchauffements climatiques. Cette migration assistée limite l’importation d’espèces asiatiques ou américaines qui serait invasives ou accompagnées de nouveaux pathogènes. Ce voisinage permet aussi l’arrivée d’autres espèces vitales aux arbres introduits : insectes pollinisateurs, animaux dispersant les graines, champignons aidant les racines à se nourrir, etc. Car la forêt est un écosystème complexe ; l’arbre n’en est qu’un maillon dont la santé nécessite un cortège de complices.

Comment bien choisir les essences à introduire ?D’abord, elles doivent être adaptées au changement climatique : or les listes actuelles comportent des espèces inflammables, comme les eucalyptus, alors que les risques d’incendie augmentent ! Ensuite, il faudrait une planification, incluant botanistes et écologues, qui actuellement… découvrent les listes réglementaires. Enfin, il existe un formidable outil : les arboretums. Abandonnés comme des collections désuètes, ils peuvent pourtant nous informer sur les comportements écologiques des essences exotiques chez nous, sur des siècles. 

Les arbres forestiers sont fragiles face à l’évolution du climat, n’ajoutons pas des introductions aléatoires aux misères que subit la forêt. Elle mérite une vision écosystémique, afin que les arbres ne cachent plus la forêt !

C’était la « chronique du vivant » de Marc-André SELOSSE, en partenariat avec le Muséum national d’Histoire naturelle, à réécouter sur Franceinter.fr

Références