Des vignes porteuses de Phylloxera
Des vignes porteuses de Phylloxera
Des vignes porteuses de Phylloxera ©AFP - Biosphoto / Claude Thouvenin
Des vignes porteuses de Phylloxera ©AFP - Biosphoto / Claude Thouvenin
Des vignes porteuses de Phylloxera ©AFP - Biosphoto / Claude Thouvenin
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Résumé

La « chronique du vivant » de Marc-André Selosse, en partenariat avec le Muséum national d’Histoire naturelle nous explique les suites de la crise du phylloxera.

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La "chronique du vivant" de Marc-André Selosse, en partenariat avec le Muséum national d’Histoire naturelle, nous explique les suites de la crise du phylloxera 

La semaine passée, nous avons vu ce puceron introduit d’Amérique détruire 70% de la production viticole de 1880 ! On a trouvé trois solutions. La première, un traitement au disulfure de carbone, s’est avéré… aussi toxique pour l’homme que pour le puceron !

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Alors comment s’en est-on tiré ? Rappelez-vous, face au phylloxera, en Amérique, les Européens avaient domestiqué des espèces de vignes locales, et hybridé ces vignes américaines avec la vigne européenne. D’autres hybrides furent ensuite sélectionnés en Europe, au XXème siècle, et constituèrent la seconde solution : productifs et insensibles au phylloxera, ils permirent aux vignerons de continuer à bouturer leurs vignes comme auparavant.

Cependant, les raisins de ces hybrides ont souvent une peau épaisse, riche en pectine qui libère du méthanol à la vinification : cet alcool rend fou et valut aux hybrides le surnom de « cépages maudits ». Leurs parfums, exagérément fruités, laissent un arôme bizarre en bouche, qu’on dit « foxé », et les vins obtenus sont médiocres. Les cépages hybrides furent interdits pour la production de vin dans les années 1950.

Une troisième solution, alors ? Le greffage. On greffe des cépages européens, Chardonnay ou Merlot, dont le feuillage résiste bien au puceron, sur des porte-greffe d’origine américaine, dont les racines résistent au puceron. C’est une solution plus coûteuse, car il faut acheter ou préparer les plants ; de plus, les ceps sont fragilisés et meurent souvent avant un siècle, alors que la vigne non-greffée vit facilement cent ans !

Le greffage est devenu un réflexe, pratiqué même là où le phylloxera est inoffensif ! En effet, le puceron passe l’hiver en parasitant les racines : en sols sableux, il est écrasé par les grains de sable ; en sol inondé en hiver, il étouffe. La collection nationale de cépages, plantée sur sable près de Sète, n’est pas greffée ! Mais les vignobles alentour, si.

Le greffage ne gère pas un autre problème : les cépages européens greffés sont sensibles aux champignons introduits d’Amérique, oïdium, mildiou, black rot, etc. Et le viticulteur doit compenser : du coup, avec 3,7% de la surface cultivée, le vignoble consomme 16% des fongicides agricoles !

Que faire pour demain ? De nouveaux cépages, en croisant et recroisant des hybrides avec la vigne européenne ! Ces hybrides peuvent résister au phylloxera ou, au moins, aux champignons parasites, et exigent trois fois moins de pesticides. Bien sélectionnés, ils préservent de beaux arômes, sans produire de méthanol. Dans cette voie, Allemands et Suisses ont pris de l’avance, mais l’INRAE a déjà produit quatre hybrides autorisés, Artaban, Floréal, Vidoc et Voltis.

Hélas… les consommateurs sont habitués aux cépages classiques (Merlot, Pinot, Gamay, etc.), et les règles des appellations d’origine figent l’emploi de ces cépages.

Votre préconisation ? Nos cépages doivent se renouveler, comme autrefois : le Cabernet-sauvignon résulta d’un croisement entre Cabernet et Sauvignon ; le Chardonnay et le Gamay résultèrent de deux croisements entre Pinot noir et Gouais (un cépage devenu rare). Je l’explique dans le numéro d’avril de la Revue des Œnologues : notre savoir-faire fut toujours d’innover. Les cépages doivent encore évoluer ; le changement climatique l’exige aussi.

Que se serait-il passé en architecture si, fiers de Notre-Dame, nous avions arrêté d’innover ? Adieu, Versailles ; adieu, Tour Eiffel ! La viticulture doit aussi innover.