Un endymion penché bleu, aussi appelé petite jacinthe sauvage voire même muguet bleu  ©Getty - Mandy Disher Photography
Un endymion penché bleu, aussi appelé petite jacinthe sauvage voire même muguet bleu ©Getty - Mandy Disher Photography
Un endymion penché bleu, aussi appelé petite jacinthe sauvage voire même muguet bleu ©Getty - Mandy Disher Photography
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Résumé

Une chronique signée Marc-André Selosse, en partenariat avec le Muséum national d’Histoire naturelle. On s'intéresse aujourd'hui aux fleurs printanières et d’agroforesterie. En forêt, les arbres n’ont pas encore complètement déployé leurs feuilles : le sol est couvert de fleurs telle la ficaire jaune, l’endymion bleu.

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On peut aussi croiser des primevères ou le muguet !

Cela nous donne une leçon. Laquelle ? 

Ces plantes se développent avant les feuilles des arbres : elles fleurissent et font vite leurs fruits car la lumière arrive encore au sol. Ensuite, dans la pénombre du feuillage des arbres, elles continueront leur photosynthèse plus lentement et feront des réserves souterraines. Ainsi, l’année suivante, elles produiront très tôt fleurs et fruits – c’est la stratégie des printanières, qu’on appelle aussi les vernales.

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La leçon est que la nature est productive toute l’année et a horreur du vide : des espèces peuplent les « creux » laissées par les autres, dans l’espace ou dans le temps. Les vernales s’installent en dessous des arbres et entre leurs périodes de végétation. Un écosystème est un peu comme une valise : chaque fois qu’il y a un trou, quelque chose peut y être glissé ; l’évolution des espèces leur permet d’occuper tous les trous, c’est-à-dire les espaces disponibles dans l’écosystème.

Et en quoi cela peut inspirer nos pratiques ? 

Un champ de blé en monoculture est comme une valise qui ne contiendrait qu’une paire de chaussettes : des tas de potentialités restent inutilisées. La culture traditionnelle amérindienne fait mieux, avec ce que l’on appelle la milpa : des champs de maïs sont complantés de haricots qui grimpent dans celui-ci, tandis qu’entre les rangs, des courges rampantes concurrencent la mauvaise herbe. En plus, haricots et maïs fournissent une alimentation équilibrée, notamment en acides aminés essentiels : les amérindiens n’avaient guère besoin de viande, sinon quelques gibiers chassés de temps à autre.

La milpa, comme les champs modernes mélangeant céréales et légumineuse (fève ou pois), permettent une synergie. La céréale mobilise le fer du sol ; la légumineuse relâche de l’azote issu de l’atmosphère et, en acidifiant le sol, rend le phosphate accessible. Avec plus de ressources disponibles, les deux plantes poussent mieux ensemble que seules !

L’agroforesterie rappelle les forêts et leurs plantes vernales 

Elle met des arbres au-dessus des cultures annuelles, ou dans des haies. On produit du bois ou des fruits et une récolte annuelle, qui pousse tôt en saison, tandis que l’arbre reste actif après la récolte.

De la concurrence ? Pour la lumière, par exemple

Oui et non. D’abord, les plantes s’évitent un peu dans le temps et l’espace. Leurs feuilles et leurs racines peuplent différents niveaux. Concurrencées par les cultures annuelles, les racines des arbres se développent profondément et exploitent une eau inutilisée sinon. De plus, les arbres sont habités d’animaux utiles aux annuelles, comme des oiseaux qui mangent des insectes indésirables (une vraie lutte biologique !) ; enfin, les racines des arbres nourrissent en automne les microbes souterrains, dont la vie fabrique le sol.

L’équipe de Christian Dupraz, à l’INRAe de Montpellier, a démontré la synergie entre céréales et noyers : le mélange agroforestier des deux produit 1,5 fois plus de biomasse par unité de surface que leurs cultures séparées !

Il nous faut reprendre inspiration des écosystèmes spontanés et de leur complexité pour produire mieux et nourrir l’humanité. Observons la nature avec humilité, avant de la gérer.

▶︎ La « chronique du vivant » de Marc-André SELOSSE, en partenariat avec le Muséum national d’Histoire naturelle.

Références