La chronique du vivant - Les fleurs et leur nectar. Ici des abeilles mellifères sur des fleurs de pavot ©Getty - picture alliance / Contributeur
La chronique du vivant - Les fleurs et leur nectar. Ici des abeilles mellifères sur des fleurs de pavot ©Getty - picture alliance / Contributeur
La chronique du vivant - Les fleurs et leur nectar. Ici des abeilles mellifères sur des fleurs de pavot ©Getty - picture alliance / Contributeur
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Résumé

La semaine passée on se demandait ce qui conduisait les fleurs à attirer les insectes pollinisateurs avec des couleurs. Les fleurs, dont le pollen est déplacé par les insectes, sont colorées, alors que celles qui utilisent le vent ne le sont pas. Pensez au blé, au plantain ou au bouleau…

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Les insectes sont sensibles aux couleurs ?

Oui, mais pas toujours efficacement. À un mètre, une abeille voit seulement les taches colorées de plus de 20 cm ! Cela explique plusieurs propriétés des fleurs : elles sont souvent grandes, ou regroupées comme celles du sureau ou des glycines. De plus, les fleurs en boutons ou les vieilles fleurs qui fanent sont souvent colorées aussi, ce qui accroit l’attractivité… Mais attention : il ne faudrait pas que l’insecte farfouille dans une fleur en bouton ou en train de se transformer en fruit.

Il pourrait l’abimer et s’en aller découragé, faute de nectar, sans polliniser davantage. Souvent, boutons floraux et vieilles fleurs ont une couleur différente des fleurs épanouies. Ainsi, l’insecte peut se concentrer sur ces dernières, dont la couleur indique la maturité fonctionnelle : observez bien ces changements colorés qui existent dans des dizaines de familles, où ils suppléent à la myopie des insectes !

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Enfin, les fleurs émettent des odeurs. Elles sentent à certaines heures seulement, qui correspondent au pic d’activité des insectes qui les visitent ! Et c’est alors qu’elles sont pleines de nectar…

C’est le nectar que cherchent les insectes ?

Oui ! Et j’en reviens à ma question, moins naïve qu’en apparence : pourquoi des couleurs dans l’attraction des insectes, qui ne cherchent pas du tout la coloration mais… le sucre du nectar !

Le sucre est un composant cellulaire vital qui ne se volatilise pas : heureusement, sans quoi on le perdrait par évaporation ! Une molécule qui ne se volatilise pas n’arrive pas à notre nez et le sucre n’a donc pas d’odeur – vérifiez dans votre cuisine ! En plus il est incolore. Il faut un autre signal, que l’animal associera, de façon innée ou par apprentissage, au sucre.

Donc la couleur est une sorte de drapeau ?

Oui, l’odeur aussi - mais la fleur cache deux malentendus. D’abord, le signal qui indique le nectar n’est pas le nectar lui-même : certaines plantes exploitent cette dualité. Elles ont de belles fleurs odorantes… mais pas de nectar. C’est le cas de nombreuses orchidées, comme l’orchis sureau de nos prairies. L’insecte est attiré et pollinise, mais… n’y gagne rien.

Ce crime ne paye toutefois pas toujours. Dans leur évolution, beaucoup d’insectes pollinisateurs ont acquis les capacités d’apprentissage à cause de ces fleurs-là : ils repèrent et évitent, à la suite d’essais infructueux, ces fleurs inutiles. Il n’empêche ! Il reste toujours quelques naïfs, des jeunes par exemple : moins visitées, les plantes sans nectar compensent en économisant du sucre !

Quant au second malentendu ?

Il est encore pire. Pour la plante, l’intérêt des insectes est d’échanger du pollen avec d’autres fleurs. L’insecte lui (si vous me permettez) s’en fout complètement, il vient manger.

Nous verrons les conflits que cela entraîne la semaine prochaine, mais vous devinez déjà que la floraison n’est pas qu’une belle et tranquille histoire d’amour avec les insectes.

La « chronique du vivant », en partenariat avec le Muséum national d’Histoire naturelle, est à réécouter sur Franceinter.fr

On retrouve d’autres histoires de fleurs dans votre livre Les goûts et les couleurs du monde (Actes Sud)