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Résumé

Chronique d'Evelyne Heyer, biologiste, professeure en anthropologie génétique, en partenariat avec le Muséum National d’histoire naturelle.

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Aujourd’hui vous nous parlez de la découverte de Bacho Kiro...

C'est une super découverte! Dans une grotte de Bulgarie plusieurs restes humains ont été datés de 42000 à 46000 ans ce qui en fait les plus anciens sapiens européens. Mais surtout, ces restes humains correspondent à une période passionnante de l’histoire humaine : celle où notre espèce sapiens rencontre l’homme de Néandertal. Heureusement, l’équipe du Max Planck en Allemagne est arrivé à extraire de l’ADN de ces restes. Bien que dégradé, l’analyse de cet ADN a révélé plusieurs résultats vraiment fascinants...

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Lesquels ?

Et bien tout d'abord que ces premiers européens ne sont pas les ancêtres des européens actuels. On retrouve de leur patrimoine génétique dans les populations d’Asie mais pas d’Europe. Ainsi les descendants de ce groupe auraient migré plus à l’est et ils ressemblent génétiquement à des sapiens anciens du nord de la chine plutôt qu’à des sapiens plus récents européens. Il faut attendre 35000 ans pour trouver sur le sol européens des fossiles qui sont des ancêtres des populations européennes. Il y aurait donc eu plusieurs vagues de colonisation de l’Europe et seule la seconde aurait eu des descendants en Europe jusqu’ à nous.

Quoi d’autre?

Dans l’ADN de ces premiers sapiens, on retrouve des bouts de génome qui proviennent de Néandertal environ 3 à 4%. Autrement dit, leurs ancêtres se sont croisés avec Néandertal et là, surprise: les croisements sont récents, les 3 individus de bacho kiro de 45000 ans ont des ancêtres Néandertal il y a seulement 6 à 7 générations soit seulement 200 ans ! Autrement dit, ils ont tous des Néandertaliens dans leur famille proche.

Pour rappel les humains contemporains qui ont des ancêtres hors d'Afrique ont 2% de leur ADN qui vient de Néandertal. Or ces 2% de bouts de génomes que l’on a reçus de Néandertal ne sont pas n’importe lesquels. Il y a des zones entières du génome où on n’a aucun bout de génome qui provient de Néandertal. Il y a eu visiblement une sélection forte contre l’incorporation de certains gènes venant de Néandertal. Ceux qui portaient la version « Néandertal » de ces gènes ont moins survécu ou se sont moins bien reproduits, bref dans notre génome, il y a des parties entières sans héritage néandertalien.

En regardant l’ADN des individus de Bacho Kiro, on retrouve ces mêmes zones du génome sans ADN provenant de Néandertal : la sélection a déjà agi alors que les croisements ont eu lieu il y a très peu de générations. Autrement dit la sélection a dû être forte et dès les premiers croisements.

On en sait alors plus sur notre rencontre avec Néandertal?

oui, tous ces anciens sapiens contiennent de l’ADN récent de Néandertal, ainsi les croisements Néandertal sapiens lors de leur rencontre ont peut-être été beaucoup plus fréquents que ce que l'on pensait mais la sélection a été forte dès le début et n'a retenu que les individus qui n'avaient que peu de bouts de génome venus de Néandertal et surtout les bons bouts.

Article :

M Hajdinjak et al, 2021 Initial Upper Palaeolithic humans in Europe had recent Neanderthal ancestry. Nature

Références