France Inter
France Inter
Publicité
Résumé

La saga des humains en partenariat avec le Muséum National d’histoire naturelle nous entraine dans les îles du Sud-Est Asiatique

En savoir plus

La saga des humains avec Evelyne Heyer en partenariat avec le Muséum National d’histoire naturelle 

Aujourd’hui Evelyne Heyer, vous nous emmenez dans les îles du Sud-Est Asiatique

Publicité

Oui, essentiellement l’Indonésie et les Philippines et l’Océanie. Cette région du monde est fascinante pour comprendre l’évolution de notre espèce et des anciennes espèces du buisson humain maintenant disparues. Il y a environ 50000 ans, on trouve dans cette région homo Luzonensis, l’homme de Luzon aux Philippines, et homo Floresiensis, l’homme de Florès, en Indonésie, on le nomme le hobbit de la préhistoire du fait de sa petite taille. Une des hypothèses des paléoanthropologues sur ces espèces disparues est qu’elles seraient des descendants des toutes premières sorties d’Afrique, celle des homo Erectus, il y a presque deux millions d’années. On trouve ces Erectus jusqu’à l’île de Java en Indonésie. Ceux-ci auraient évolué sur place.

Qui sont-ils, ont-ils laissé des descendants ?

Grâce à l’ADN des populations actuelles, il est possible de fouiller dans le génome pour identifier s’il y a eu des mélanges dans le passée entre les premiers sapiens arrivés dans ces contrées et des espèces archaïques. Le principe est d’identifier des fragments d’ADN qui seraient trop différents pour provenir uniquement de sapiens et donc seraient le résultat de mélanges passés avec des espèces archaïques maintenant disparues. Pour rappel, notre espèce émerge en Afrique il y a 200 à 300 000 ans et les premiers sapiens arrivent dans ces régions il y a 60000 ans. Selon les paléoanthropologues l’homme de Luzon et celui de Florès seraient des descendants d’humains sortis d’Afrique il y a quelques 2 millions d’années. Donc, ils seraient génétiquement très différents. Une équipe menée par un laboratoire australien de l’université d’Adélaïde a fouillé le génome de 200 personnes de cette région pour détecter s’il y a eu des mélanges entre les premiers sapiens des îles et ces formes archaïques.

Alors, ils en ont trouvé ?

Et bien non, la réponse est négative ! Aucune trace de mélange avec des espèces aussi différentes ! Par contre on trouve un mélange avec deux autres espèces archaïques mais beaucoup plus proches: l’Homme de Néandertal et l’Homme de Denisova. L’Homme de Néandertal, c’est un résultat déjà bien connu : lorsque les premiers sapiens à sortir d’Afrique arrivent au Moyen-Orient, ils se croisent avec les hommes de Néandertal qui sont installés en Eurasie depuis quelques centaines de milliers d’années. D’ailleurs, tous les humains hors d’Afrique ont 2% de leur génome qui vient de Néandertal.

L’Homme de Denisova est le cousin à l’Est de Néandertal. Il a été trouvé dans l’AltaÏ en Sibérie et aussi au Tibet. On en trouve des traces dans le génome des aborigènes d’Australie, des habitants de la Papouasie, des iles de l’Océanie proche et aussi en Indonésie et aux Philippines. Et là, le mystère s’épaissit ! L’ADN démontre qu’Il y a bien eu croisement avec ces hommes de Denisova, or ceux-ci n’ont été trouvés qu’en Sibérie ou au Tibet. Bref bien loin de l’Indonésie ou des Philippines.

Mais qu’a transmis Denisova ?

Une étude vient de sortir hier par l’équipe de Lluis Quintana- Murci à Paris qui démontre qu’il y a eu plusieurs croisements avec Denisova et que ces croisements auraient permis une meilleure réponse immunitaire. De plus ils montrent que Denisova aurait survécu beaucoup plus longtemps qu’on ne le pensait : jusqu’à il y a 25000 ans !

Références:

Teixeira et al, 2021 « Widespread Denisovan ancestry in Island Southeast Asia but no evidence of substantial super-archaic admixture » Nature Ecology&Evolution

Choin et al, 2021 “Genomic insights into population history and biological adaptation in Oceania” Nature

L’Odyssée des gènes – 7 milliards d’années d’histoire de l’humanité révélées par l’ADN écrit par Evelyne Heyer (Flammarion - 2020)

Références