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Résumé

avec Evelyne Heyer, biologiste, professeure en anthropologie génétique. Chronique en partenariat avec le Muséum National d’histoire naturelle.

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Comment est-on arrivé à coloniser des environnements extrêmes

Nous sommes un animal tropical. L’essentiel de notre évolution a eu lieu en Afrique et nous en sommes sortis il y a environ 70000 ans. Nos ancêtres ont d’abord colonisé des endroits plutôt chauds, comme le moyen orient, le sud de l’Asie et l’Australie. C’est seulement autour de 40000 ans qu’ils se lancent dans des endroits plus froids. Ils atteignent le nord de l’Asie vers 30000 ans. Alors comment notre espèce est arrivée à s’adapter à ces latitudes élevées ? Pour le froid, nos ancêtres ont su utiliser et développer des nouvelles technologies : des vêtements, le feu. Mais les latitudes élevées posent un problème contre lequel la technologie de cette époque ne peut rien : le manque d’ensoleillement !

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Pourquoi est-ce si important ?

Les rayons UV sont indispensables pour que les cellules de la peau activent la fabrication de vitamine D. L’absence de vitamine D entraîne des désordres de croissance, une plus faible immunité, bref, elle est indispensable à notre bonne santé. On pensait que le mécanisme d’adaptation était basé uniquement sur la couleur de peau : une couleur de peau plus claire permet dans des zones peu ensoleillées une meilleure assimilation de la vitamine D. Mais les analyses génétiques montrent que cette adaptation a été lente et seulement récente. Bref, elle ne suffit pas à expliquer que l’on ait pu coloniser le grand Nord.

Alors comment on fait nos ancêtres ?

Ils sont astucieux : ils ont développé des nouveaux outils qui permettent de chasser et pêcher la faune qu’ils ont rencontré, notamment de la faune riche en vitamine D : mammifères marins, poissons gras, orignal. Et ils se sont adaptés génétiquement à cette nouvelle alimentation très riche en certains gras, grâce à une mutation.

Mais ce n’est pas tout ! Une autre adaptation a permis de vivre dans ces latitudes élevées : une mutation dans le gène EDAR qui a augmenté significativement les canaux des glandes mammaires. En effet, savoir digérer le gras pour s’alimenter avec cette viande riche en vitamine D, ne marche pas pour les enfants qui sont allaités. Or cette mutation permet à la mère de donner plus de lait au nouveau-né, lait riche en vitamine D !

Et après le grand Nord, les humains vont en Amérique, non ?

Oui, ces populations arrivées en Sibérie du nord vont poursuivre leur chemin, et à partir de 15000 ans leurs descendants vont coloniser toute l’Amérique. Ainsi la mutation pour le gras et la mutation EDAR se retrouvent à des fréquences élevées chez tous les amérindiens d’Amérique. Le plus surprenant de cette mutation EDAR est qu’elle ne joue pas seulement dans les glandes mammaires. Elle a un rôle dans la forme des dents : les incisives sont aplaties en forme de pelle et de manière bien surprenante dans l’épaisseur des cheveux ! Ainsi les populations d’Asie du Nord et d’Amérique ont en général les cheveux raides et épais. Une spécificité pour laquelle on n’avait pas d’explication adaptative. L’explication est trouvée : c’est le même gène qui a permis l’adaptation à des environnements rudes aux latitudes élevées et qui a entraîné par effet dérivé des cheveux particuliers !

Références :

L’Odyssée des gènes – 7 milliards d’années d’histoire de l’humanité révélées par l’ADN écrit par Evelyne Heyer (Flammarion - 2020)

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