France Inter
France Inter
Publicité
Résumé

Dans la saga des humains en partenariat avec le MNHN, Eveline Heyer nous raconte les spécificités génétiques du peuple basque

En savoir plus

Aujourd’hui  Evelyne Heyer dans la Saga des humains,  nous parle des basques. 

Les Basques ont toujours intéressé les généticiens. Ils sont connus pour être différents génétiquement depuis les années 1945 où des études ont noté qu’ils ont une fréquence de rhésus négatif élevée. Plus récemment des marqueurs dits uniparentaux, comme le chromosome Y et l’ADN mitochondrial proposaient une origine européenne très ancienne datant du dernier maximum glaciaire. En effet, l’archéologie a montré que c’est une zone refuge, très densément peuplée alors que les glaces recouvrent l’Europe il y a environ 18000-20000 ans. De plus, ils parlent l’Euskara, une langue différente qui ne fait pas partie du grand groupe des langues indo-européennes parlées dans toute l’Europe. Donc assez naturellement, ils étaient présentés comme des descendants directs des populations paléolithiques qui vivaient en Europe avant l’arrivée de l’agriculture il y a environ 8000 ans au Néolithique. Mais une nouvelle étude par des équipes Espagnoles et françaises reprennent ces analyses.

Publicité

Que trouvent-ils ?

Le profil génétique global en terme de grande migrations est le même que le reste de l’Europe : une composante paléolithique 20 %, puis avec l’arrivée de l’agriculture une composante de l’Anatolie au sud de la Turquie 60%, et enfin une composante venue de l’âge du Bronze avec les nomades des steppes, les Yamnaya d’environ 20%. Donc, non ce ne sont pas des reliquats des chasseurs paléolithiques. D’ailleurs en terme génétique ils tombent bien dans le panorama européen, mais avec des spécificités, au même titre que les sardes de Sardaigne. 

D’où viennent alors leurs différences ?

Leur spécificité est en quelque sorte d’avoir gardé une langue non-indoeuropéenne alors que le reste de l’Europe s’est mis à parler ces langues amenées soit par les agriculteurs, soit par les nomades des steppes. Une forme de résistance linguistique ! Leur isolement génétique débute après ces migrations, à l’âge du fer, il y a environ 2500 ans. Ils ne se sont pas mélangés avec les populations qui ont romanisé l’Espagne et la France et ne se sont pas non plus mélangé avec les populations venues d’Afrique du Nord lors de l’expansion des populations musulmanes en Espagne. Cet isolement suit un gradient, moins de mélange au centre de la région basques et plus de mélanges aux bords. C’est un bel exemple où la langue, ici la langue basque, a joué en quelque sorte comme une barrière à des échanges avec les populations environnantes. Le fait de parler une langue différente a limité les échanges avec les populations voisines, créant cette spécificité basque.

Tous les basques se ressemblent-ils ?

C’est un des forces de l’étude, elle a travaillé avec un grand nombre d’échantillons dans toutes les régions basques. Et ils trouvent que non seulement les Basques se sont peu mélangés avec les non-Basques, mais aussi qu’il y a peu de mélanges entre les régions basques. Un choix du mariage entre soi, que l’on nomme endogamie à l’échelle locale a favorisé les différences entre les régions basques. C’est un très bel exemple qui montre comment la culture, ici une forme d’endogamie locale couplée à une absence de mélange liée à la langue impacte la diversité génétique des populations humaines. Ainsi la culture façonne les différences génétiques entre les populations.

Références :

Flores-Bello et al, 2021 « Genetic origins, singularity, and heterogeneity of Basques” Current Biology.

L’Odyssée des gènes – 7 milliards d’années d’histoire de l’humanité révélées par l’ADN écrit par Evelyne Heyer (Flammarion - 2020)

Références