Le manakin ©Getty
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Résumé

Stridulations d'oiseaux et chants d'insectes aujourd'hui dans la chronique de Jérôme Sueur...

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Ah ce sont des grillons, n’est-ce pas ?

Oui Mathieu, ce sont des grillons champêtres (Gryllus campestris), ici enregistrés par Marc Namblard dans les Pyrénées.

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Comme de nombreux insectes, les grillons stridulent : ils frottent deux parties de leur corps l’une contre l’autre, en l’occurrence leurs ailes antérieures.

Mais, écoutez cela.... 

De quoi s'agit-il, un autre grillon, exotique celui-ci, non ?

Et bien non, il ne s'agit pas d'un enregistrement fait par un entomologiste passionné, mais pas un ornithologue non moins passionné, Niels Krabbe.

Ce son vient du manakin à ailes blanches (Machaeropterus deliciosus), un petit oiseau coloré qui perche dans les forêts de l'Equateur et de la Colombie.

Les manakins sont des oiseaux extraordinaires par leurs comportements de séduction. Les mâles font les zouaves pour être acceptées par les femelles attentives.

Selon les espèces, ils enchaînent des comportements exubérants en solo ou en  groupes : chants, pas en avant, sauts en arrière, déhanchements, courbettes, vols stationnaires, battements alaires, et  même moonwalk, le célèbre pas de danse de Michael Jackson, un autre  drôle d'oiseau américain.

Le manakin à ailes blanches se singularise par ses productions sonores.  Quand il se pavane devant une femelle, il prend des postures peu recommandables à une heure de grande écoute. Le mâle  soulève le croupion et les ailes et en un bref mouvement produit ce son  harmonique.

Ce son est donc produit par les ailes ?

Absolument, presque comme un grillon des champs. Kimberly Bostwick de l'Université de Cornell aux Etats-Unis a décrypté le mécanisme de ce son absolument unique.

Les tiges ou rachis de certaines plumes des ailes du manakin sont modifiées. L'extrémité de la cinquième plume est fine et rigide comme un grattoir. L'extrémité de la sixième plume est hypertrophiée, évidée et striée.

Quand le mâle soulève et percute ses ailes plus de 100 fois par seconde, le grattoir de la cinquième plume frotte les stries de la sixième plume qui entre alors en résonance.

Et ainsi tinte le manakin.

Si on connaît des oiseaux qui stridulent comme des insectes, est-ce qu'il y a alors des insectes qui chantent comme des oiseaux ?

Presque.  Vous savez que les oiseaux chantent par un passage d'air à travers leur  système respiratoire. Les oiseaux possèdent un équivalent du larynx, on l'appelle la syrinx. Cette syrinx est  positionnée au départ des bronches gauche et droite. Le système est donc double si bien que les oiseaux sont capables de produire en toute  indépendance deux sons à la fois. On parle de système double-voix.

On pensait ce système unique mais c'était en oubliant les grandes blattes souffleuses de Madagascar, des insectes pourtant presque aussi beaux que les oiseaux. Enfin, presque. Voici ce qu’elles nous chantent... 

Ces blattes émettent des sons en expulsant de l'air à travers les trachées  de leur système respiratoire. Le son sort par deux orifices, les  spiracles, un de chaque côté de leur abdomen. Comme les trachées gauche et droite sont indépendantes, la blatte peut  siffler deux sons en même temps mais elle est si rapide que nous ne  pouvons pas les distinguer.

Et  voilà, comme quoi il ne faut jamais rien généraliser en science, certains oiseaux stridulent presque comme des insectes, et certains  insectes chantent presque comme des oiseaux !

Le son de la Terre, une chronique de Jérôme Sueur en partenariat avec le Muséum national d'Histoire naturelle et sa sonothèque avec pour cette chronique des enregistrements de Marc Namblard. 

Références

L'équipe

Jérôme Sueur
Production