Réduction de l’empreinte carbone : les riches d’abord ©AFP - ALAIN JOCARD
Réduction de l’empreinte carbone : les riches d’abord ©AFP - ALAIN JOCARD
Réduction de l’empreinte carbone : les riches d’abord ©AFP - ALAIN JOCARD
Publicité
Résumé

Alors que les pays réunis à Glasgow pour la COP26 cherchent un accord pour rehausser leurs ambitions dans la lutte contre le changement climatique, qui, au final, devra fournir le plus d’efforts pour réduire ses émissions de CO2 ?

En savoir plus

La réponse ne fait guère de doute : les riches ! C’est ce qui ressort très clairement de l’étude publiée il y a quelques jours par l’économiste Lucas Chancel. On a l’habitude de pointer la responsabilité des pays développés dans le réchauffement climatique et on a raison : un habitant des Etats-Unis émet en moyenne deux fois plus de CO2 qu’un Européen ou un Russe, quatre fois plus qu’un latino-Américain, treize fois plus qu’un Africain. Les pays développés doivent faire plus d’efforts que les pays du Sud, c’est entendu. Mais ces moyennes cachent aussi des disparités plus grandes encore à l’intérieur de chaque pays, selon le revenu de ses habitants. Savez-vous que les Français faisant partie des 10% les plus riches de la population émettent chacun 25 tonnes de CO2 par an ? Pour les 50 % des Français les plus pauvres, c’est seulement 5 tonnes de CO2 par tête.

Et on observe de telles inégalités quel que soit le pays ?

Publicité

Oui, et aux Etats-Unis, c’est pire. Les 10 % les plus riches émettent chacun 75 tonnes de carbone par an, les 50% plus pauvres moins de dix tonnes. En Chine, ce sont 36 tonnes pour les plus riches, contre 3 tonnes pour les plus pauvres. Pour que la température ne se réchauffe pas de plus de 1,5° C, il faudrait que chaque habitant du globe n’émette pas plus de 1,1 tonne de CO2 par an d’ici 2050 : ça donne une idée du défi à relever. Mais ce qu’on remarque grâce aux chiffres calculés par Lucas Chancel, c’est que dans les pays développés, la moitié la plus pauvre respecte souvent déjà les objectifs de baisse des émissions fixés eux pour 2030.

On voit venir la conclusion…

Oui, c’est donc aujourd’hui à la moitié la plus riche de la population de fournir tous les efforts pour nous permettre d’atteindre les objectifs de 2030. En France et aux Etats-Unis, ça veut dire que les 10 % les plus riches doivent réduire leurs émissions de 80 à 90%. Pour les 40 % de la population juste en dessous des 10 % les plus riches, c’est une réduction de moitié qui est nécessaire. Tout ça si on veut que les efforts soient équitablement répartis au sein de la population.

Mais comment obtenir des plus riches qu’ils réduisent leur empreinte carbone ?

La mauvaise idée, on l’a vu avec le mouvement des Gilets jaunes, c’est d’avoir une taxe carbone qui s’applique indifféremment à tout le monde, qu’on soit riche ou pauvre. Il faut plutôt une taxe carbone progressive, dont le taux augmente avec le niveau de pollution ou la richesse. C’est ce que proposent Lucas Chancel et Thomas Piketty. Ils proposent aussi de taxer les produits de luxe fortement émetteurs comme les yachts ou les jets privés. Ou de mettre en place un ISF climatique qui pénaliserait les investissements de portefeuille dans des entreprises polluantes. Cette proposition est portée par Yannick Jadot et Anne Hidalgo dans la campagne présidentielle. Espérons que ce débat sur la juste contribution de chacun à la lutte contre le changement climatique trouvera sa place d’ici avril 2022. C’est un sujet autrement plus vital que les angoisses sur l’identité française.

Références

L'équipe

Marc Chevallier
Production
Marc Chevallier
Journaliste