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Résumé

Depuis des années, deux mondes s’opposent sur Internet. D’un côté il y a les opérateurs télécoms qui bâtissent des réseaux, de la fibre, des antennes pour transporter nos communications, et de l’autre des géants des technologies qui les utilisent massivement et empochent des milliards sans investir.

avec :

Jacques-Olivier Martin (Rédacteur en chef du Figaro Economie).

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Les premiers sont mécontents et ne manquent pas d’arguments. Une étude récente montre que Facebook, Amazon, Netflix et Google avec son service Youtube, que l’on surnomme les FANG, monopolisent 55% du trafic de données en Europe sans payer un kopeck.

De là à penser que ces géants profitent de la gratuité du passage pour capter toute la valeur de l’écosystème… C’est plus que probable : de 2015 à 2021, le revenu de ces FANG a explosé de 500 %, alors que celui des opérateurs européens a baissé de 7 %.

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Et ce n’est pas tout. Les opérateurs pointent aussi les contraintes auxquels ils font face : devoir investir massivement et rapidement dans des réseaux –la fibre notamment - sans pouvoir augmenter leurs revenus parce que la concurrence pays par pays à laquelle l’Europe tient tant tire les prix vers le bas.

Que disent ces fameux Fang ?

Ils ne partagent pas cette vision, et avancent leurs arguments pour défendre le fonctionnement actuel d’Internet : D’abord ils rappellent qu’ils ne font qu’offrir aux clients des opérateurs télécoms les services qu’ils plébiscitent. Ensuite, que les opérateurs sont financés par leurs clients qui leur paient des abonnements pour profiter d’Internet. Enfin, que faire payer le trafic, c’est remettre en cause le sacro-saint principe de la Net neutralité qui garantit la libre circulation, sans discrimination, des contenus sur le web.

La place de l'Europe

Elle veut que tous les acteurs de cette révolution numérique contribuent de manière équitable aux dépenses nécessaires au fonctionnement d’Internet. Et pour cela elle a décidé de lancer (probablement dès cet été) un vaste chantier sur le financement des infrastructures.

Reste à savoir comment faire contribuer les géants de l’Internet, tout en respectant la neutralité du net. Plusieurs pistes sont à l’étude. L’une d’entre elles serait de leur imposer de cofinancer une partie des investissements. On évoque une vingtaine de milliards d’euros par an soit environ 20% des investissements des opérateurs européens dans leurs réseaux.

Des géants de l’Internet ayant peu de chance d’échapper au financement des réseaux

Peut-être, mais la vraie question est de savoir pour combien de temps ? Car depuis plusieurs années déjà, les géants américains investissent massivement dans les infrastructures Internet qu’il s’agisse des câbles sous-marins et des satellites. Quelques chiffres là encore incroyables. Absents des câbles en 2015, ils devraient détenir 95% de parts de marché dans deux ans. Le seul Google a 40 projets de câbles sous les mers actuellement en construction. Et puis il y a l’espace. Amazon, après Elon Musk avec Starlink, construit sa constellation de milliers de satellites qui permettra de proposer du réseau à qui le souhaite.

Vous l’avez compris, les mastodontes de l’Internet sont tout simplement en train de devenir d’immenses bâtisseurs du réseau et finiront par se passer progressivement des opérateurs télécoms en Europe et ailleurs.

Quelles que soient les initiatives de Bruxelles en matière de financement des réseaux, l’avenir des Orange, Deutsche Telekom et autres opérateurs est loin d’être radieux !

Références