La France est-elle devenue une start-up nation ? ©AFP - Patrick T. FALLON
La France est-elle devenue une start-up nation ? ©AFP - Patrick T. FALLON
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Résumé

Le Consumer Electronics Show, grand salon de la Tech, a fermé ses portes à Las Vegas il y a quelques heures. Comme chaque année les start-ups françaises y sont allées en nombre. Est-ce le signe que la France est devenue la start-up nation qu’ambitionnait Emmanuel Macron lors de sa campagne de 2017 ?

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Il faut d’abord rappeler que le CES, c’est un peu la vitrine mondiale des produits et des services innovants dans le numérique, la robotique, les objets connectés, la cybersécurité… Les start-ups du monde entier s’y rendent dans l’espoir d’y trouver des clients. Cette année, environ 130 start-up françaises ont pris l’avion pour Las Vegas. C’est moins qu’en 2020, covid oblige, mais ça reste le contingent le plus important, derrière celui des start-up américaines bien sûr. Et plusieurs jeunes pousses tricolores se sont distinguées en recevant des trophées pour leurs innovations, notamment la PME Withings dans le domaine de la santé connectée.

Cette forte présence française au CES est-elle un reflet fidèle de la vitalité de ce qu’on appelle la French Tech, l’écosystème des start-up dans l’Hexagone ?

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Plutôt oui. En 2017, à peine élu président, Emmanuel Macron avait déclaré vouloir faire de la France « un pays de licornes, le pays des géants de demain ». Les licornes, ce sont ses start-ups valorisées plus d’un milliard de dollars. La France en comptait 5 en 2018, elles sont désormais 22, avec des acteurs comme Doctolib, OVHCloud, BlaBlaCar ou ManoMano. On constate donc un véritable essor de la filière numérique tricolore, qui se mesure aussi aux levées de fonds, le carburant indispensable au développement des start-up : les investisseurs ont injecté 10 milliards d’euros en 2021 dans des start-up françaises, 4 fois plus qu’en 2017. 

Cela dit, la France se situe seulement un peu au-dessus de la moyenne dans le concert européen des start-up nations. Mais loin derrière les start-ups britanniques qui ont levé 40 milliards l’année dernière, ou les allemandes 20 milliards. 

Est-ce que cet essor de la French Tech est dû à l’action de l’Etat ?

Au-delà des envolées lyriques du président, c’est vrai que le gouvernement a mis en place des mesures concrètes de soutien aux start-ups. Mais la ruée des investisseurs vers la Tech s’explique d’abord par le fait que l’argent est abondant et très peu cher en ce moment. Les experts le reconnaissent, les valorisations affichées par certaines start-up n’ont guère de sens économique. Et si les banques centrales décidaient cette année de relever leurs taux d’intérêt pour lutter contre l’inflation, on pourrait assister à un éclatement de la bulle des technologies en Europe et aux Etats-Unis, comme il y a 20 ans. 

Mais le développement des start-up, c’est quand même positif pour l’économie française ?

Oui, ça contribue à renouveler le tissu des entreprises. Certaines deviendront peut-être les géants du CAC40 de demain. Mais il ne faut pas oublier que la plupart ne survivent pas au-delà de 5 ans : ça représente beaucoup de perdants et un véritable gâchis humain. 

Soutenir les start-up, c’est bien, mais la priorité devrait être aussi de faire entrer les robots et les nouvelles technologies dans les entreprises traditionnelles pour combler le retard français en la matière. Sans quoi, comme l’observait l’économiste Patrick Artus, on pourra avoir toutes les start-up qu’on voudra, ça ne servira à rien pour l’économie française dans son ensemble. 

Références

L'équipe

Marc Chevallier
Production
Marc Chevallier
Journaliste