Le boom de l’apprentissage ©Getty - John Fedele
Le boom de l’apprentissage ©Getty - John Fedele
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Résumé

L’apprentissage ne connaît pas la crise. 2021 devrait à nouveau être une année record pour les entrées en apprentissage.

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C'est une tendance lourde. Près de 675 000 contrats d’apprentissage ont été signés par des entreprises privées cette année, si l’on en croit le journal Les Echos. C’est un tiers de plus qu’en 2020, qui était déjà une année exceptionnelle. Et tout ça malgré la crise sanitaire. Alors que les entrées en apprentissage ont longtemps stagné sous la barre des 300 000, elles ont plus que doublé depuis 2018. Et certains prédisent qu’elles pourraient franchir la barre symbolique du million sous le prochain quinquennat. 

Comment expliquer un tel engouement ?

D’abord par la conjoncture : la reprise économique booste les entrées en apprentissage. C’est aussi l’effet de la réforme de l’ancienne ministre du travail Muriel Pénicaud, qui a libéralisé le secteur en 2018 : les entreprises sont désormais libres de créer leurs propres CFA, les centres de formation des apprentis. Avec le risque, il faut bien le dire, de voir se multiplier les formations au rabais.

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Surtout, le gouvernement a mis en place après le premier confinement des primes à l’embauche d’un apprenti : les entreprises touchent 5000 euros pour le recrutement d’un apprenti mineur, 8000 euros s’il a plus de 18 ans. Résultat : embaucher un apprenti, c’est devenu gratuit ou presque. L’addition est salée en revanche pour les finances publiques. Il reviendra d’ailleurs au nouvel exécutif qui sortira des urnes en 2022 de décider s’il prolonge ces primes au-delà de juin prochain. Et de trouver comment combler le trou d’un milliard d’euros de déficit lié au financement des CFA.

Mais malgré son coût, est-ce que cet essor de l’apprentissage est positif pour l’emploi des jeunes ?

Au-delà des chiffres, le bilan est plutôt mitigé. D’abord parce que le profil des apprentis a changé. Il y a 20 ans, 8 apprentis sur 10 avaient un niveau inférieur au bac. Ils ne sont plus que 4 sur 10 aujourd’hui. La majorité des apprentis désormais préparent une formation du supérieur. Or, le Comité d’évaluation du plan France Relance observe que les jeunes les plus diplômés n’ont pas vraiment besoin de passer par la case apprentissage pour être bien insérés sur le marché du travail. La Cour des comptes en a remis une couche cette semaine : elle critique le choix du gouvernement d’accorder des primes aux entreprises qui ont recours à ces apprentis très diplômés. 

D’autant que dans le même temps, le système laisse de côté les jeunes les plus éloignés de l'emploi, notamment les 15-17 ans qui décrochent de l’école précocement. Ils sont d’ailleurs de moins en moins nombreux à entrer en apprentissage.

Pourtant, on présente souvent l’apprentissage comme la voie royale vers l’emploi pour ces jeunes décrocheurs...

Pour ceux qui vont jusqu’au bout de leur apprentissage, c’est un bon moyen de trouver un emploi, oui. Mais ils ne sont pas si nombreux. On oublie souvent de préciser qu’un contrat d’apprentissage sur trois se solde par une rupture. 80 000 jeunes de niveau CAP ou Bac pro se retrouvent ainsi en difficulté chaque année. Ça se passe particulièrement mal dans certains secteurs : 57 % des contrats d’apprentissage sont rompus avant leur terme dans les CAP de l’hôtellerie-restauration, 71% pour les bac pro en esthétique-parfumerie. Les horaires, les conditions de travail sont souvent en cause.

Alors l’apprentissage, c’est peut-être avantageux pour les entreprises, mais ça n’est pas la solution miracle pour l’emploi des jeunes.

Références

L'équipe

Marc Chevallier
Production
Marc Chevallier
Journaliste