Les entreprises françaises sont-elles prêtes à relocaliser ? ©Getty - Andriy Onufriyenko
Les entreprises françaises sont-elles prêtes à relocaliser ? ©Getty - Andriy Onufriyenko
Les entreprises françaises sont-elles prêtes à relocaliser ? ©Getty - Andriy Onufriyenko
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Résumé

Revivifier l’industrie française, c’est la priorité de tous les candidats à la présidentielle. A cette fin, le gouvernement avait lancé il y a un et demi un programme pour inciter les entreprises à relocaliser leurs activités en France. Est-ce qu’on peut en tirer un premier bilan ?

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Souvenez-vous, lors du premier confinement, la France a soudain découvert que son industrie était vulnérable. Nous manquions de masques, de respirateurs, de principes actifs pour les médicaments, tout simplement parce que nous ne les fabriquons plus sur le territoire. Depuis, les pénuries continuent, par exemple pour les semi-conducteurs, qu’on retrouve aussi bien dans votre smartphone que votre voiture.

C’est pourquoi en septembre 2020, le gouvernement a dégainé une batterie d’aides pour favoriser les relocalisations dans 5 secteurs clés, comme la santé ou l’électronique. Un an et demi après, c’est donc l’heure du bilan : 782 projets de relocalisation d’activités ont été lancés sur le territoire français, générant plus de 5 milliards d’euros d’investissements productifs, dont 1,6 milliard de subventions. Selon Bercy, ces projets auraient permis, je cite, « de créer ou conforter près de 100 000 emplois ».

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Un bilan très encourageant sur le papier

Mais il faudrait savoir combien d’emplois ont effectivement été créés, et pas simplement « confortés », et çà le gouvernement ne le précise pas… Surtout une hirondelle ne suffit pas à faire le printemps des usines. L’industrie manufacturière a perdu 800 000 emplois depuis 20 ans. Elle avait recommencé à en créer avant la crise sanitaire, mais le covid a causé une nouvelle saignée. Et puis les chiffres du commerce extérieur sont catastrophiques : la France importe toujours plus de produits industriels qu’elle n’en exporte, créant un déficit record de 66 milliards l’année dernière. La France continue de perdre des parts de marché à l’exportation depuis 2010 et ça n’est vraiment pas bon signe.

Est-ce qu’une baisse des impôts de production, comme le demande le patronat et le promettent certains candidats à la présidentielle, pourrait faire revenir les usines ?

On peut en douter. Le gouvernement actuel a déjà commencé à les baisser, il a aussi baissé l’impôt sur les sociétés. Et il y a eu le CICE sous François Hollande. Au total, depuis 2013, les entreprises ont bénéficié de près de 60 milliards d’allègements d’impôts et de cotisations sociales par an, sans guère de résultat sur la compétitivité de la France. Le problème de l’industrie française, c’est donc surtout un problème de compétitivité hors prix, comme disent les économistes. C’est-à-dire la qualité des produits, leur contenu en innovation, leur design… Rexecode, un institut proche du patronat, interroge régulièrement les clients étrangers des entreprises françaises. Résultat : ils jugent le rapport qualité-prix des produits français moyen voire médiocre et celui-ci se détériore.

Ce que vous nous dites, c’est que les entreprises françaises doivent investir dans la qualité…

Oui avant tout, c’est à ça qu’auraient dû servir les 60 milliards… Mais les grands groupes tricolores doivent aussi changer de culture. Ils ont souvent délocalisé à tout va, comme Renault et PSA, sous prétexte que produire en France coûte trop cher. Pourtant, Toyota fabrique sans problème 300 000 voitures par an près de Valenciennes. Aux Etats-Unis, le président Joe Biden veut poser des conditions à l’octroi d’un crédit d’impôt lors de l’achat d’un véhicule électrique : il devra être assemblé par des ouvriers syndiqués et sa batterie fabriquée sur le sol américain. En voilà une idée : et si on arrêtait de déverser les milliards sans conditions ?

Références

L'équipe

Marc Chevallier
Journaliste