Ukraine : la bataille du rail
Ukraine : la bataille du rail
Ukraine : la bataille du rail - VLADIMIR SHTANKO / ANADOLU AGENCY
Ukraine : la bataille du rail - VLADIMIR SHTANKO / ANADOLU AGENCY
Ukraine : la bataille du rail - VLADIMIR SHTANKO / ANADOLU AGENCY
Publicité
Résumé

Focus sur cette dimension un peu cachée du conflit en Ukraine .

En savoir plus

Depuis le début du conflit, les chemins de fer ukrainiens sont un enjeu majeur, d’abord pour l’évacuation des civils. On pense aux trains bondés roulant vers l’Ouest du pays pour fuir le front. Sur les 10 millions de personnes qui ont dû quitter leur foyer pour trouver refuge dans une autre région du pays ou dans un pays voisin, 3 millions ont fui par le train. Un véritable défi pour la compagnie nationale, Ukrzaliznytsia, qui gère le 3e plus grand réseau ferroviaire d’Europe, avec près de 23 000 kilomètres de lignes.

Bien sûr, les bombardements russes ont parfois coupé les connexions ferroviaires, c’est notamment le cas avec Marioupol, ce qui explique en partie sa situation humanitaire catastrophique. Mais la compagnie ukrainienne a réussi jusqu’ici à maintenir des trains avec le Donbass. Notamment en réparant les dommages causés par l’armée russe. Cela a un prix : depuis le début de la guerre, 95 employés des chemins de fer ukrainiens sont morts, 103 ont été blessés.

Publicité

Au-delà de l’aspect humanitaire, le rail joue-t-il un rôle sur le plan militaire dans le conflit ?

Il est probable en effet que les troupes de l’armée ukrainienne et le matériel militaire envoyé par les Occidentaux voyagent par le rail, mais vous ne trouverez aucun officiel ukrainien pour le confirmer, sécurité oblige. Tout ce qu’on sait en revanche, c’est qu’en Biélorussie, certains cheminots ont mené des opérations de sabotage pour empêcher le passage de convois russes vers l’Ukraine.

Sur le plan économique, depuis le début de la guerre, les ports ukrainiens de la Mer noire sont bloqués par la Russie. La seule solution pour faire sortir le blé, le maïs, l’huile de tournesol, les métaux d’Ukraine, c’est donc le rail. Immense défi là aussi puisqu’il s’agit d’acheminer une douzaine de millions de tonnes de fret par an. Avec des répercussions bien au-delà des frontières ukrainiennes. Car l’Ukraine est au cœur de l’un des axes majeurs des nouvelles Routes de la soie, le projet stratégique de Pékin pour relier économiquement la Chine à l’Europe. La connexion ferroviaire étant coupée entre la Russie et l’Ukraine, ça ne fait pas du tout l’affaire des Chinois.

Par ailleurs, les produits ukrainiens ne peuvent plus avoir qu’un seul débouché : l’Europe occidentale. Mais l’écartement des rails n’est pas le même entre les pays européens et l’Ukraine : un héritage de la Russie tsariste. Ça oblige donc à des opérations lourdes à la frontière.

Le rail est donc un véritable enjeu géopolitique

Après avoir envahi la Crimée en 2014, la Russie de Vladimir Poutine a dépensé des milliards pour relier la péninsule par le rail aux grandes villes russes.

De son côté, avant même la guerre actuelle, l’Union européenne finançait le projet Rail Baltica, qui vise à connecter la Pologne à la Finlande, en passant par les pays baltes afin que ceux-ci ne soient plus dépendants de la Russie pour le transport ferroviaire. Un projet qui bien sûr agace Poutine, qui craint qu’il ne serve à transporter le matériel et les troupes de l’Otan.

Et quand la guerre prendra fin, la reconstruction du réseau ferroviaire ukrainien, sa connexion avec le reste de l’Europe sera un enjeu crucial, comme la reconstruction du réseau européen après la seconde guerre mondiale.

Références

L'équipe

Marc Chevallier
Production
Marc Chevallier
Journaliste