Le projet de Grande Sécu (image d'illustration)
Le projet de Grande Sécu (image d'illustration) ©AFP - RICCARDO MILANI / HANS LUCAS
Le projet de Grande Sécu (image d'illustration) ©AFP - RICCARDO MILANI / HANS LUCAS
Le projet de Grande Sécu (image d'illustration) ©AFP - RICCARDO MILANI / HANS LUCAS
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Le ministre de la Santé Olivier Véran a demandé au Haut conseil pour l’avenir de l’Assurance maladie de réfléchir à une nouvelle organisation du système de soin français, rapport dont les conclusions doivent être rendues en novembre.

Parmi les pistes à l’étude : la prise en charge de presque tous les remboursements par l’assurance maladie, au détriment des mutuelles. C’est ce qu’on appelle le projet de Grande Sécu.

Le ministre de la Santé Olivier Véran ne s’en cache pas : il veut donner un coup de pied dans la fourmilière du système de santé français. Dans son viseur, les mutuelles. 

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Pour bien comprendre les enjeux, rappelons comment fonctionne notre système de soin. D’un côté, vous avec l’Assurance maladie qui repose sur le principe de la solidarité. C’est-à-dire que quelle que soit votre situation ou vos revenus, vous pouvez en bénéficier. Elle est financée par les cotisations sociales et prend en charge environ 75% des dépenses de santé. 

De l’autre côté, vous avez les mutuelles, fondées sur l’entraide entre les membres qui cotisent en fonction de leur profil. Elles supportent 15% des dépenses. Les 10% restants sont payés par les patients. 10%, c’est l’un des restes à charge les plus bas des pays développés.

Mais alors, pourquoi changer le système si finalement le patient paie au final aussi peu à la fin ?

Parce que selon Olivier Véran, cela pourrait fonctionner encore mieux et surtout coûter moins cher. Il reproche aux mutuelles des frais de gestion disproportionnés et pointe les difficultés qu’on les plus modestes et les retraités à obtenir une complémentaire. Sans oublier les tarifs qui ne cessent d’augmenter, avec des différences flagrantes entre assurés. Cette semaine dans Le Parisien, on a publié une étude du comparateur Meilleurtaux. Pour un même profil, selon le lieu de résidence, vous pouvez avoir 500 euros d’écart par an. 

Pour corriger tout ça, l’une des pistes envisagées, c’est de faire prendre en charge la quasi-totalité des remboursements par l’Assurance maladie. Olivier Véran a un argument massue : pendant la crise du Covid, elle a prouvé son efficacité, c’est elle qui a tout géré sans que personne n’y trouve rien à redire.

Les mutuelles ne disparaîtraient pas, elles géreraient des dépenses spécifiques comme les chambres particulières en cas d’hospitalisation et elles se concentreraient sur d’autres activités comme la prévention.

Les mutuelles sont vent debout contre ce projet

C’est le moins qu’on puisse dire ! Elles démontent point par point les accusations. Les frais gestion ? Elles rappellent qu’elles versent 5 milliards d’euros à l’Etat chaque année. Car on ne le sait pas, mais les mutuelles sont taxées à 15%. 

Les prix qui grimpent ? C’est parce que les dépenses augmentent et qu’elles sont obligées d’équilibrer leur compte, à la différence de la Sécu. D’ailleurs, les mutuelles n’hésitent pas à rappeler ses 35 milliards d’euros de déficit encore cette année. Et surtout, elles agitent le spectre d’une santé à deux vitesses. Car en nationalisant, elles sont persuadées que l’Etat ne pourra pas prendre en charge toutes les dépenses. Seuls les plus aisés pourraient alors se payer des assurances privées pour être bien couvert. 

Ce projet a-t-il une chance de voir le jour ?

En tout cas, pas tout de suite. Ce qui est certain c’est qu’il va alimenter les débats pendant la campagne présidentielle. 

Mais il y a plusieurs problèmes à surmonter. Déjà, que faire de tous les salariés des mutuelles ? Il y aura forcément de la casse sociale. Le sujet des dépassements d’honoraire sera aussi un casse-tête à résoudre. Et puis reste une question épineuse : comment faire participer financièrement les retraités à cette Grande Sécu ? Il n’y a pas 36 solutions, il faudrait augmenter la CSG. Or, la dernière fois qu’on y a touché, cela s’est très mal passé. C’était en 2018, et cela avait contribué à alimenter la colère des Gilets jaunes. Au gouvernement, personne ne l’a oublié.