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Résumé

Alors que les Français suivent de près la mission de Thomas Pesquet dans la station ISS, Jacques-Olivier Martin s'intéresse aux défis du renouveau de cette conquête spatiale et notamment les vols habités, véritable talon d’Achille de l’Europe.

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Thomas Pesquet est au-dessus de nos têtes et nous régale de ses aventures depuis quelques semaines. Nul ne le conteste. Pour ce deuxième vol dans l’espace, notre spationaute a été propulsé depuis les Etats-Unis dans une capsule Crew Dragon de SpaceX, la société d’Elon Musk. Il y a 4 ans, c’est le lanceur russe Soyouz qui l’avait envoyé dans l’espace. 

Et s’il devait faire une troisième mission, Thomas Pesquet ne partirait pas de Kourou dans une fusée européenne. L’Europe n’a, à ce jour, aucun projet de modules de vols habités.

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Pour autant, les 27 ne renoncent pas à l’espace, ni même d’envoyer des spationautes vers la Lune ou ailleurs. Mi mai, l’agence spatial européenne a dévoilé sa stratégie au travers de deux projets ambitieux : d’une part déployer d’ici 2029 une constellation de satellites autour de la lune pour connecter les astronautes avec la terre.

D’autre part construire une sorte de camion lunaire, qui transporterait depuis son orbite du matériel pour approvisionner les vaisseaux installés sur la lune en eau, en énergie, en nourriture et autres matériels.

En contrepartie de la mise à disposition de cet atterrisseur et de la constellation, l’Europe veut obtenir des sièges dans les missions lunaires américaines, autrement dit, pouvoir emprunter les taxis spatiaux de l’oncle Sam, voire ceux des autres puissances spatiales. 

Les projets de vols habités ne manquent pas. La Russie va remplacer son vieux Soyouz par la capsule Oriol. La Chine prépare un module pouvant transporter 6 taïkonautes dans sa future station spatiale. L’Inde, on le dit peu, est sur le point de lancer sa capsule Gaganyaan prévue pour accueillir trois spationautes.

Est-ce vraiment un problème de ne pas avoir de modules pour des vols habités ?

Miser ou non sur les vols habités, c’est toute proportion gardée se demander s’il fallait financer et construire les bateaux des conquistadors au 15 eme siècle. C’est au départ un pari, une aventure sans certitude rapporter des richesses et de trouver des terres inconnues. Et puis un jour, on découvre l’Amérique. Les vols habités c’est envoyer l’Homme à la conquête de l’espace avec potentiellement de grandes découvertes. Ce n’est pas neutre d’un point de vue scientifique et économique.

L’enjeu géopolitique est également de taille. Un nouvel équilibre entre les puissances se jouera dans l’espace. Lorsqu’il s’agira de fixer de nouvelles règles, les pays capables d’envoyer des hommes ou des femmes planter un drapeau sur la lune ou ailleurs pèseront-ils plus que les autres nations ? C’est probable !

L’Europe peut-elle changer de stratégie ?

Elle est tout à fait en mesure de construire un module habité et de le propulser dans l’espace. 

Il n’y a pas d’obstacle technique. Ses compétences spatiales sont parmi les plus avancées au monde. Elle dispose avec Ariane du lanceur le plus fiable. Il n’y a pas d’obstacle financier non plus. Les 27 sont capables de mobiliser les moyens nécessaires à ce type de projet, à condition de le vouloir. Et c’est là, la seule question : en ont-ils la volonté ? Pour l’Amérique, la Russie et demain l’Inde ou la Chine, le vol habité, c’est aussi une histoire de fierté nationale. Or, cette dimension n’existe probablement pas pour les 27 nations européennes, unies certes, mais dans la diversité. 

Ce désir de vols habités, l’Europe ne l’a pas, en tout cas pas aujourd’hui. Et c’est dommage car les Européens sont nombreux à rêver en regardant les étoiles !