Le champ d'éoliennes de Sieversdorf en Allemagne lors de la pleine Lune du 12 juillet ©AFP - PATRICK PLEUL / DPA / dpa Picture-Alliance via AFP
Le champ d'éoliennes de Sieversdorf en Allemagne lors de la pleine Lune du 12 juillet ©AFP - PATRICK PLEUL / DPA / dpa Picture-Alliance via AFP
Le champ d'éoliennes de Sieversdorf en Allemagne lors de la pleine Lune du 12 juillet ©AFP - PATRICK PLEUL / DPA / dpa Picture-Alliance via AFP
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Résumé

Comment en quelques mois, depuis le 24 février, le conflit a bouleversé les grands équilibres géopolitiques. Sixième épisode: la lutte contre le réchauffement climatique est ralentie, voire mise à mal.

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Avant le 24 février dernier, l’enjeu climatique était en haut de la pile : l’Union Européenne venait de dévoiler son Green Deal, et de confirmer son objectif ambitieux de réduction de 55% des émissions de gaz à effet de serre d’ici 2030.

Mais la guerre a fait dérailler le sujet climat.

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D’abord elle l’a tout simplement relégué au milieu de la pile : derrière les questions de sécurité, d’approvisionnement énergétique, de coût de la vie.

Il n’est qu’à voir la place mineure occupée par l’environnement dans les débats de la campagne électorale en France au printemps.

Le nouveau volet du rapport des experts du GIEC est passé inaperçu. Il confirme pourtant que la moitié de la population mondiale est désormais touchée par le réchauffement.

Même les phénomènes météo extrêmes du mois de juin, notamment la canicule en Europe de l’Ouest, n’ont pas suffi à remettre le sujet climat au centre.

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La guerre occupe le devant de la scène. Parce qu’elle est à nos portes, parce qu’elle est terriblement visible et visuelle, avec son cortège de bombes et de destructions.

Parce que c’est aussi un sujet, en un sens, plus simple que le climat. Ça parait cynique mais c’est ainsi : avec la guerre il y a… un ennemi facile à désigner et un sentiment d’être « du bon côté ».

C’est plus confortable que d’avoir à assumer son inaction climatique.

En plus la guerre et ses divisions freinent les négociations sur le climat qui nécessitent une forme de consensus.

L'addiction aux énergies fossiles

Il y a un lien encore plus direct entre la guerre et le climat, c’est la question de l’énergie !

Tout le monde l’a compris : l’une des conséquences du conflit et des sanctions économiques qui en découlent, c’est la rupture progressive de l’Europe avec le charbon, le gaz et le pétrole russes.

Or ces deux derniers comptent pour 40% de notre approvisionnement, c’est énorme.

Pour compenser, l’Europe fait pour l’instant le choix des énergies fossiles. En contradiction complète avec ses engagements climatiques.

Sur le gaz, c’est la recherche de fournisseurs alternatifs. Beaucoup de gaz de schiste des Etats-Unis, très polluant : l’Europe n’en a jamais commandé autant.

Et puis des contrats longs, sur 5, 7, voire 10 ans. Et des engagements à aider les infrastructures d’extraction, par exemple en Algérie. C’est une incitation mécanique à développer durablement cette énergie fossile.

Sur le charbon, encore plus polluant, c’est pire.

De nombreux pays européens ont annoncé, avec la bénédiction de Bruxelles, la relance de leurs vieilles centrales à charbon, pour éviter des ruptures d’approvisionnement l’hiver prochain : c’est le cas des Pays-Bas, de l’Autriche, de l’Italie, de la Grèce, du Royaume-Uni.

Encore plus symbolique de l’Allemagne, où l’annonce en a été faite par le ministre écologiste de l’environnement, un comble.

Et même de la France, pourtant relativement autonome sur l’énergie grâce à la priorité donnée au nucléaire.

La priorité de la sobriété énergétique

C’est donc une vraie catastrophe pour le climat, et c'est le secrétaire général de l’Onu qui l’affirme : pour Antonio Guterres, « cette attitude, c’est une folie ».

En relançant les énergies fossiles pour des objectifs de court terme (éviter des pénuries, limiter l’inflation, entretenir la croissance), le monde se tire une balle dans le pied.

La sagesse serait de voir combien la guerre en Ukraine nous dit en fait la même chose que le réchauffement climatique.

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Se passer de l’énergie russe tout en respectant l’environnement, c’est compatible. Il y a deux instruments efficaces.

Le premier c’est de changer de mode de vie : baisser le chauffage, restreindre la vitesse sur les routes, éviter les transports polluants, consommer moins de viande pour limiter la production de céréales destinée à nourrir les animaux. Faire preuve de sobriété énergétique. Diminuer sa consommation.

Le gouvernement allemand vient de lancer un plan de communication dans ce sens.

Le second instrument, c’est de favoriser les moyens qui permettent l’autonomie énergétique. Donc certainement pas le gaz ou le pétrole.

Mais plutôt le nucléaire (même s’il soulève des questions de sécurité) et bien sûr les renouvelables, l’éolien, le solaire. La Commission européenne a d’ailleurs relevé son objectif : 45% de renouvelables dans le mix énergétique d’ici 2030.

On en est loin à ce jour : 15%.

Pour l’instant, la guerre en Ukraine a donc conduit les dirigeants politiques à considérer que le climat attendra.

Or il n’attend plus.

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Jean-Marc Four
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