Publicité
Résumé

Quand les polémiques encerclent le bicentenaire de la mort de Napoléon, on apprend par le Journal de Saône-et-Loire qu'il aimait le Gevrey-Chambertin, et par l'Union et Est-éclair, qu'il était champenois. Libération raconte le calvaire d'un jeune homme qui a perdu son œil quand un policier lui a tiré dessus au LBD,

En savoir plus

On parle d'un anniversaire!

Qui est une fierté de France, puisqu'il y a cent ans, le 5 mai 1921, Coco Chanel lançait son parfum numéro 5, baptisé ainsi car il était le cinquième  des échantillons que le nez Ernest Beau avait concocté pour elle à Grasse, en jouant les alchimistes sans rose ni muguet, mais avec du Méthylundecanal,  dont Nice-Matin nous donne même la formule chimique... Chanel avait testé sa fragrance en la vaporisant dans un restaurant de Cannes, le flacon du parfum répliquait la flaque de whisky de son amant Boy Capel mort dans l'accident de sa Rolls Royce, le numéro 5 fut mis en vente sans publicité dans la boutique de Coco rue Cambon à Paris, qui ce 5 mai 21 embaumait plutôt l'histoire, car on fêtait le centenaire de la mort de Napoléon à Notre-Dame, à l'Arc de triomphe et aux Invalides avec discours du maréchal Foch mais revenant de la cérémonie, les élégantes qui passaient par là se firent offrir des échantillons, quelle journée ce fut!  

Mais plus encore, car lisant l'Equipe dans ses pages intérieures, pour échapper à cette Une qui sanctionne le PSG, "The end"... Vous apprenez que ce même 5 mai 1921, au stade Pershing nommé en l'honneur du général américain venu nous secourir, l'équipe de France de football vainquit l'Angleterre pour la première fois de son histoire, 2 buts à 1, deux passes décisives pour Devaquez et Hugues, signes Raymond Dubly, qui savait d'une talonnade faire passer le ballon par-dessus l'adversaire. L'Equipe précise que les anglais étaient des amateurs, pas les meilleurs joueurs du royaume, mais cela ne diminua pas l'ivresse populaire, on convoquait le souvenir de Napoléon... C'était le jour.   

Publicité

Et nous voici alors, un siècle plus tard, émus du centenaire d'un parfum ou d'un match, mais perplexe et disputant devant le bicentenaire la mort de l'Empereur. Je lis dans le Figaro cet extrait dune chanson que les écoliers connaissaient, écrite dans les regrets sous la restauration; "Parlez nous de lui grand mère, parlez-nous de lui", je lis dans la Croix cette cruauté de Chateaubriand, "après avoir subi le despotisme de sa personne, il nous faut subir le despotisme de sa mémoire" et je me dis que tout a changé, nous en parlons mais sans nous bercer de sa gloire. Jadis se souviennent l'Opinion et le Figaro, des historiens marxistes associaient Napoléon a la Révolution... Ce matin l'Humanité dénonce "le poison du bonapartisme" et à sa Une fait voisiner le Président Macron et le buste de l'empereur. Politique que cela. La Dépêche Ouest-France le Républicain lorrain le Figaro l'Opinion soupèsent l'héritage napoléonien, et la dialectique du Chef de l'Etat, dans cette commémoration qui n'est pas une célébration... Le Monde a rencontré l'écrivain Claude Ribbe, qui en 2005 avait publié un livre d'une telle violence contre Napoléon, l'homme de l'esclavage, que le bicentenaire d'Austerlitz en avait été éclipsé, il sort une biographie du général Dumas, père d'Alexandre et héros révolutionnaire, qui fut chassé de l'armée en 1802 parce qu'il n'était pas blanc..   

On est presque étonné de lire encore des fiertés .  Face à Corse-Matin  qui consacre à l'empereur un supplément de 100 pages, l'Est-éclair et l'Union revendiquent un Napoléon champenois, par Brienne-le-Chateau où il étudia de 10 à 15 an set où combattit au temps des retraites en 1814...  J'apprends dans le Journal de Saône-et-Loire que l'empereur aimait le Gevrey-chambertin. J'apprends dans l'Ardennais que Charleville Mézière aurait pu s'appeler Napoléonville en Ardenne, nous serions bien embarrassés. Télérama me dit que nous reverrons bientôt le film Napoléon d'Abel Gance, monument du muet, restauré dans une pieuse épopée, c'est la meilleure nouvelle de cette journée.  

On parle aussi de fous...   

Qui ne portent pas bicorne en se prenant pour Bonaparte mais qui sont simplement malheureux démunis dans un système psychiatrique que le Un explore dans un journalisme sans fard, il faut lire et soutenir le reportage d'ouverture du journal.

Dans Libération, contemplez un jeune homme dont la vie a basculé dans la folie du monde, le trouvera-t-on beau un jour à nouveau se demande une amie. Il s'appelle Adnane Nassih, il était ouvrier, il a des boucles épaisses du poil follet sur les joues et puis un œil fermé, perdu pour toujours, depuis qu'en février 2020 à Brunoy dans l'Essonne un policier lui a tiré dessus avec un lanceur de balle de défense quand il se sauvait apeuré, le policier a ensuite prétendu que  Adnane lui avait lancé un projectile, c'était faux démontrent des images vidéo." Encore une brebis galeuse" ironise l'éditorial de Libération, qui publie surtout, c'est le plus troublant, des extraits d'écoutes de conversations entre des gradés  du commissariat de Brunoy, qui s'inquiétaient que pour certains de leurs hommes, tirer au LBD était devenu un jeu.   

Et on parle enfin de prophètes...   

Qui remodèlent le monde de leurs idées, le premier est aussi un conquérant: Elon Musk, dont les Echos racontent le projet d'usine gigantesque pour ses Tesla électriques en Allemagne, qu'il a lancé sans attendre que soient confirmés ses permis de construire, il admire Napoléon et Frédéric de Prusse, ce géant pressé, mais des écologistes coalisés reprochent à ses voitures d'être gourmandes en eau, sera-t-il freiné...   

Dans Usbek et Rica, allez lire l'interview sourde et belle d'un immense dessinateur de Bande dessinée, Enki Bilal, qui redoute que nos censures contemporaines finissent par avoir la peau de l'imagination, de la mémoire et de l'histoire, et à force de déboulonner les statues, nous ne soyons plus rien... Parle-t-il aussi, Bilal, de Napoléon? 

Dans Les Inrockuptibles, revit Bob Marley, prophète du reggae qui mourut le 11 mai 1981... On relit une vieille interview, une rencontre intense, étrange, il parlait de l'avènement du royaume de Jah, le dieu rasta, de l'argent qui souillait le monde, que le diable contrôlait, est-il d'aujourd'hui Marley ou bien d'une nostalgie.  Télérama revisite les années Lang-Mitterrand qui sont au monde de la culture "un paradis perdu", dit le metteur en scène Stanislas Nordey qui l'assure au mensuel Transfuge, dans une interview où il soupèse ce que vaut son art quand les foules se ruent dans les grands magasins, le théâtre est poésie dit-il avant d'être politique...   

Le Monde enfin, se souvient d'agapes fastueuses et de volutes de cigare, celles qu'organisaient chaque semaine sous Mitterrand, dans son logement de l'Elysée, le conseiller, puis sénateur et ministre Charasse, pour les meilleurs guerriers de la mitterrandie, on y faisait des carrières, on médisait et la parole était leste, du Audiard, c'est une légende politique et paillarde que décrit finement la reportrice Solen de Royer, regrettons-nous notre jeunesse!

Références

L'équipe

Claude Askolovitch
Claude Askolovitch