France Inter
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Sous un titre de polar, "Toutes affaires cessantes", Libération est le plus précis le plus net conteur des mensonges, aussi sincères de Bernard Tapie, qui est passé à côté d'une vie plus splendide, celle d'un grand industriel... Dans la Provence Emmanuel Macron accompagne un peuple en deuil.

On parle de boue ...  

Qui en croute sur la peau des hommes est leur plus bel atour, et un autre jour cette boue de Paris-Roubaix aurait été la plus belle des Unes de l'Equipe...    Auraient-ils choisi nos confrères cette photo dantesque où sur les "affreux pavés du carrefour" de l'arbre Sonny Colbrelli, futur vainqueur ruisselant de terre mouillée, entraine Mathieu Van der Poel et Florian Vermeersch? Ils  viennent de dépasser Gianni Moscon qui devait l'emporter jusqu'à une crevaison un vélo de rechange aux pneus se demande-t-on moins bien gonflés et une chute..  Ou bien l'Equipe aurait-elle mis en une cette autre photo de Sonny Colbrelli, après sa victoire, couché sur l'herbe du vélodrome de Roubaix à côté de son vélo écroulé comme lui, hurlant son émotion, et de son visage maculé de poudre grise émergent ses yeux  sous les lunettes protectrices, ont des contours rouge carmin...   Ou bien auraient-ils pu choisir nos amis de l'Equipe cette photographie signée Bernard Papon -elle est page 45 du journal, allez voir-  photo d'un homme qui n'a pas gagné, le letton Emils Liepins, mais dont le masque de boue craquelée fait ressortir le plus beau regard bleu, le plus noble épuisement du monde...   

Ainsi Paris-Roubaix est revenue à nous après deux ans d'éclipse et sous la pluie pour la première fois depuis 2002, qui a fait de la course un un moment de grâce atroce pour des héros qui pourtant épris de l'enfer veulent déjà recommencer - je lis dans le Monde les confidences de ceux qui pendant la course écrit l'Equipe étaient "un ballet de fantômes, de marionnettes fuligineuses"...  

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Mais pourtant au contraire des fiers régionaux la Voix du nord et Nord-Eclair,  l'Equipe n'a pas mis Paris-Roubaix à sa une, et se rend à une passion commune, pour un homme dont la disparition est l'ultime victoire, puisque de Bernard Tapie "les mille et une vies" -l'expression revient sans cesse- se confondent avec la nôtre, et son parcours sur terre dit la Dépêche fut un roman français, , puisqu'il aura laissé "une trace dans notre société, une empreinte flamboyante et sulfureuse, que chacun appréciera selon ses goûts", écrit le Monde sans trancher, dans un portrait enjoué...   

Tapie domine ou accapare les unes du Figaro de Corse matin de l'Indépendant Libération du Parisien de la Dépêche de la Marseillaise du Télégramme de Midi libre de la Provence de Nice-Matin de l'Alsace des DNA du Dauphiné de l'Est républicain, du Républicain lorrain, de Sud-Ouest  et de l'Equipe donc, dont le titre est une allégeance.: "A Jamais le Boss", qui synthétise cette phrase de la fierté de l'OM vainqueur de la seule Ligue des champions du foot français, "A jamais les premiers", et ce surnom venu du sport justement, le Boss, devenu la vérité d'un homme "qui touchait sa bille en ballon", hommage de So foot... Un homme qui depuis son passage en prison il y a 24 ans pleurait à ses heures, singulièrement en évoquant sa famille, dit le Monde,  un homme qui avait demandé, un de ses médecins le dit à la Dépêche, que l'on apaise sa douleur sans pour autant lui faire perdre sa lucidité... Tapie qui disait à son ami biographe griot et employé Franz-Olivier Giesbert, "quand même j'ai eu une belle vie", et sans aucun doute c'est vrai , et on le ressentira à lire la Provence notamment, journal de Tapie et organe central d'une ville, Marseille, où l'on pleure au Stade-vélodrome, qui titre simplement "Adieu Boss"...    

Et on lit dans la Provence un hommage particulier  

Le texte d'un quadragénaire qu'en fonction de vos humeurs... vous qualifierez de pure démagogie ou bien  y verrez une sincérité qui doit tout à l'enfance, ou la sagesse d'un souverain qui se rend aux passions de son peuple.. . Emmanuel Macron écrit aux lecteurs de la Provence une ode bien tournée qui commence comme ceci, "le visage de la victoire s'en est allé",  et termine comme cela, "Nous serons sans doute quelques-uns à continuer de croire qu'il n'est pas parti, pas lui, nous le reconnaitrons nous ordonner mi-sérieux mi-goguenard de continuer de croire en nos rêves"... Le  chef de l''Etat dans la Provence ne reprend pas l'évocation pourtant pudique et discrète des démêlées judiciaires de Tapie, qui figurait dans le communiqué officiel de l'Elysée... Emmanuel Macron  complète le brelan de présidents tapistes, après François Mitterrand qui fit de Tapie un ministre et Nicolas Sarkozy dont Tapie, faisait le siège pour obtenir gain de cause dans le litige qui l'opposait au Crédit lyonnais, qui l'avait jurait-il spolié dans la revente d'Adidas...  

Ce lien avec Tapie des pouvoirs mitterrandiens puis sarkozyste, et l'affaire du lyonnais est raconté au scalpel dans Mediapart par Laurent Mauduit  -Mediapart appartient à la minorité des réfractaires... Comme Libération, dont la Une est esthétiquement superbe, la Une d'un film policier, avec ce titre, "Toutes affaires cessantes", et le long portrait signé Renaud Lecadre est ce que vous lirez de plus net , sur les arrangements d'un homme avec les vérités mais ses mensonges étaient sincères au moment où il les prononçait, un homme surtout écrit Libération, qui en dépit de l'amour des chansons, de la télé du foot du vélo des présidents du spectacle, passa à côté d'une vie...   

Tapie avait été un jeune aventurier de tours contestables  -il avait inventé une entreprise "cœur assistance" destinée à sécuriser les malades cardiaques qui se révéla un mensonge pour lequel il fut condamné, il était devenu un repreneur dont le souvenir reste mitigé à ceux qu'ile côtoyèrent, vous le lirez avec profit les sites de l'Express, de Ouest-France, et la Voix du Nord le Journal du Centre, le Progrès le Dauphiné... Mais avec Adidas repris en 1990 explique Libération, son destin aurait basculé vers la rédemption et la gloire des grands capitalistes, les Pinault Arnault Bolloré, mais pourtant, il n'en fit rien, sinon une revente un scandale, un combat, est-ce suffisant pour être une vie. 

Dans Sud-Ouest un homme nommé Benoit Bartherotte qui fut son partenaire d'affaires et d'amitié, dit qu'il aurait rêvé pour Tapie d'un destin plus grand, on aurait pu faire de grandes choses avec cette énergie ce talent cette absence de peur, dit-il, "j'espérais plus de lui et pour lui"...  

Le Télégramme nous raconte, on y pense forcement, Eric Duthion, de Hennebont,  qui est un homme utile, puisqu'il livre le journal dans sa commune, et cela fait partie de sa rédemption, après un cancer du larynx, il a rattrapé sa vie et parle à nouveau, une "fusée intérieure" l'a fait avancer.    Rue89 Lyon nous raconte ce surveillant de la prison de Moulins Yzeure qui l'an dernier, en vain pour l'instant, a eu le courage de dénoncer des collègues racistes, antisémites néo-nazis...    L'Humanité rend hommage à Michel Tubiana qui dirigea la Ligue des droits de l'homme. Nosu en avons des gens à admirer.

L'équipe

Claude Askolovitch
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