France Inter
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Dans le Journal de Saône-et-Loire on lit les derniers rêves, les derniers rires de Charlène, 5 ans. Dans le Monde on rencontre Jacques Inrep, 82 ans, qui fut soldat en Algérie et ensuite ouvrier, infirmier psychiatrique et psychanalyste, qui aura passé une vie à surmonter et dire ce qu'il avait vécu

On parle d'un exil...

Et le New-York Times nous parle de "la France et de son âme meurtrie", la France que quittent certains de ses enfants qui l'aiment mais pensent ne plus pouvoir y vivre parce qu'ils sont musulmans. L'article est en anglais et en français sur le site, vous y lirez Sabri Louatah, qui est écrivain, de saint-etienne, et qui aime la langue française d'un amour sensuel, charnel, viscéral, mais qui s'est éloigné du chaudron pour Philadelphie après les attentats de 2015, persuadé dit-il "qu'on n'allait pas nous les pardonner"... Et vous lirez Amar Mekrous, qui pour échapper à la suspicion est lui parti en Angleterre avec sa femme et ses trois enfants.  “Je suis français, je suis marié à une Française, je parle français et je vis français. J’aime la bouffe, la culture françaises. Mais dans mon pays, je ne suis pas français, il n'y a qu'à l'étranger que je suis français..." Et vous lirez Elyes Safi, fils d'un ouvrier des Vosges qui désormais est dans le marketing à Londres, où il a rencontré son épouse Mathilde, elle est française, et qui explique aisi son gout de l'Angleterre: dans les diners de son entreprise, il y a un buffet végétarien, un buffet halal, un patron qui a un turban sur la tête, et tout le monde se mélange...

Mais vous lirez surtout un universitaire, de Lille, Olivier Esteve, dont le département mène des entretiens avec des dizaines des centaines de français musulmans qui sont partis. “Ils vont participer à l’économie de pays comme le Canada et la Grande-Bretagne, la France se tire une grosse balle dans le pied”, dit-il,  car cela fait des années que des diplômés, des modèles potentiels, quittent le pays, tant ils sont fatigués par les débats identitaires qui les mettent en cause... Et l'ambiance de la campagne présidentielle ne peut qu'accentuer une fuite des cerveaux que la France ignore.

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Qui lit le New York Times le sait, ce journal américain juge souvent la France dont la laïcité jacobine ne lui correspond pas... Mais il sait aussi nous sourire: au printemps dernier le New York Times célébrait la laïcité ouverte des armées françaises. On peut alors considérer le Times et considérer cet exode de musulmans qui a déjà été -un peu-  raconté ici. En 2015 le Figaro s'intéressait à la Hijra, l'exil à motivation religieuses, et le JDD rencontrait des jeunes musulmans attirés par Dubaï, en 2020 Slate et l'année dernière le Bondy Blog racontaient l'attrait de la Grande bretagne où la religion n'hystérise pas les débats, où des musulmanes diplômées et voilée, échappaient à notre pression...

Est-ce rattrapable?

Il y a  dix ans, l'écrivain Sabri Louatah faisait irruption dans les lettres françaises par les sauvages, un roman brulant racontant l'ascension d'une homme politique d'origine nord-africaine... Le livre est devenu il y a trois ans un feuilleton sur canal plus, Roshdy Zem y entrait à l'Élysée. Mais il n'y aura pas de nouvelle saison...

On parle aussi d'apprentis...

Qui dans l'Indépendant viennent apporter leur envie au BTP de l'Aude qui manquait de bras et qui alors forme des migrants, et ainsi Viorel Rafael Rameh et Lamin, Roumains Vénézuélien Gambien Afghan, entament leur histoire de France à Narbonne... Nous avons donc aussi nos sourires.

Dans Libération  la Croix on lit de jolies pages sur Saint-Etienne de Rouvray où chrétiens et musulmans ont résisté dans la fraternité après l'assassinat du père Hamel. Dans Libération encore nous réjouit un comédien, fort beau né à Dakar, qui à Paris joue dans la Cerisaie de Tchekhov un fils d'esclaves russes devenu riche... Et l'on apprend qu'Adama Diop, quand il ne joue pas anime les bals populaires avec un ami accordéoniste, pour bien comprendre la culture française... Nous sommes aussi une scène...

Dans la Montagne et le Populaire du Centre, je lis la beauté farouche des cinémas  de la campagne, des petites salles à Egletons, Uzerches Aubusson, jolis noms du centre de la France où souvent ce sont des maîtres d'école cinéphile qui maintiennent le cinoche. Dans le Berry Républicain on nous dit qu'il reste peu de temps, d'ici mars, pour espérer la pluie qui renouvellera les nappes phréatiques, nous sommes cette attente.

On parle enfin de rêves d'enfants...

Qu'il faut exaucer forcément, et de ces enfants-là un peu plus que les autres, car ils sont en combat, en sursis... Alors on aime bien fort dans le Progrès et sur le site du Dauphiné le 1er régiment de spahis de la Drôme qui a accueilli une journée Quentin, 15 ans, qui est atteint d'une maladie génétique, qui a eu deux chars ennemis au simulateur de tirs, et le calot rouge du régiment sur sa jeune tête

Et l'on aime plus fort encore dans le Journée de Saône-et-Loire, une association nommé Orchidée, qui  a emmené à Disneyland, Charlène qui a cinq ans, une tumeur cérébrale au pronostic ignoble,  qui pense être simplement malade, et compense avec son bras gauche le droit paralysé, mais ses parents savent qu'ils contemplent ses derniers rêves, ses derniers rires précieux...

Sur le site du Monde, on lit les cauchemars d'un grand français... Jacques Inrep a 82 ans, il avait été à 20 ans soldat en Algérie au plus près de la mort et de la torture... Quand il était rentré, dans une fête de famille, on l'avait interrogé en riant, « Est-ce vrai qu’ils ne mangent pas de boudin là-bas ? » « Et que les femmes n’ont pas de poil à la zigounette ? ».. Son père ancien de 14-18 l'avait pris à part, « Il ne faut pas leur en vouloir ils ne peuvent pas comprendre, maintenant, tu fais partie de la tribu »...  La tribu de ceux qui ont connu la guerre. L'ancien soldat Inrep a été ouvrier, infirmier psychiatrique,  psychanalyste enfin, il vous dit une vie à surmonter et à parler  et aussi son remords, d'avoir laissé partir, infirmier, un autre ancien appelé qui exhibait des photos de femmes algériennes prisonnières dénudées: l'hôpital psychiatrique écoeuré l’avait chassé et il s'était pendu... Jacques Inrep nous évoque un trou noir de la France et ne même temps il en est une force. Quand nous avons été frappés par le terrorisme, tout lui est revenu, il a pleuré. Nous sommes ces larmes, elles nous grandissent aussi.

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