Seb Bouin a mis trois ans pour inventer un passage d'escalade, cinquante mètres défiant la gravité, Midi Libre

France Inter
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Le Figaro enchante d'un dialogue entre Sylvain Tesson et Régis Debray, hommage jouissif à la langue. Libération s'interroge sur le mot "nègre", doit-il être banni de la littérature, le patron des éditions autrement, qui a renommé "le Nègre du Narcisse" de Joseph Conrad, plaide pour la lecture?

On parle d'une montagne...

Et d'un homme qui s'accroche à cette montagne, il pourrait n'être qu'un point orange, la couleur de son tee-shirt sur la masse rocheuse, mais longez sur la photo que publie Midi libre et regardez-le tenir la montagne à l'envers de la gravité, les traits le bras forts et crispés... Sébastien Bouin, 29 ans français du Var et de l'Hérault, a a réalisé un parcours d'escalade inédit avant lui, une voie de 50 mètres de long où l'on grimpe presque à l'envers, où l'on peut tomber tout le temps... Et ces cinquante mètres il lui aura fallu trois ans pour les accomplir; il avait repéré en 2019 ce chemin où il ne voyait pas de prise... Il l'a équipée de prises métalliques, il l'a travaillée, visitée, revisitée, il l'a essayé ce passage, 200, 300 fois, pour le comprendre par temps doux, par moins onze le matin, parce que l'hiver pensait-il apporterait de bonnes prises mais le corps s'engourdissait ... A force d'échecs,« c'était comme perdre la raison », et puis il a accompli ces 50 mètres, à la fin du mois d’avril, dans « le bon compromis entre relâchement et intensité »...

Et tout ceci, Bouin le raconte dans Midi Libre, et aussi sur les siste de l'equipe de Outside et Planet grimpe, et sur sa page Instagram, ce seront d'autres photos et des mots, et peut-être la découverte d'un monde d'exploits et de règles, l'escalade, où l'on est à la fois dit Bouin « athlète et juge »... Car quand on ouvre une voie, on la baptise -Bouin a nommé ses 50 mètres DNA parce que tenter des projets qui ont peu de chance d'aboutir, doit être inscrit dans notre ADN, au plus profond de nous... Mais on ne la nomme pas seulement, on la cote, on proclame sa difficulté, à l'attention de la communauté de l'escalade. Seb Bouin a labellisé son DNA 9C la plus haute de toutes les cotes, mais si d'autres grimpeurs viennent la réussir, ils pourront la décoter, il en sera heureux, cela voudra dire que ses trois ans de travail auront été partagés.

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Dans la Voix du Nord on nous dit les marathoniens de la route du Louvre qui nous est revenue après le Covid, entre Seclin et le Louvre Lens, la fanfare de l'avenir musical de Wavrin a porté de ses notes les héros de la route et parmi eux Christophe venu d'Amiens qui s'est lancé en ayant « peur, mais peur de tout » disait-il au départ, « il faut quand même être con pour se faire mal avec autant de plaisir »...

Dans Sud-Ouest et l'Equipe on nous raconte la saison en enfer des Girondins de Bordeaux promis à la ligue 2 et il y a quelque chose de fascinant dans cette déconstruction de footballeurs professionnels, qui entraient sur le terrain au bord de la nausée quand un préparateur physique leur faisait prendre des bains de bouches au vinaigre de cornichon pour éviter les crampes -mais qui en déplacement à Lyon faisaient à leur hôtel bombance de Mac Do, avant de se prendre un 6-1 lendemain - et pendant la saison un jeune joueur a été accusé par son ex-petite copine d'avoir volé des chaussures à ses coéquipiers pour les revendre en ligne... Qu'a fait Bordeaux pour mériter telle piquette ?

Dans le Dauphiné je lis que dans l'Himalaya, l'alpiniste français, Jonathan Lamy a été pris d'étouffement et de panique sur la route de l’Everest qu'il a vaincu vendredi. Sa bouteille d'oxygène était vide, on lui a volé le gaz de la vie à son camp de base, oui on vole et on revend l'oxygène dans l'Himalaya, ses coéquipiers l'ont dépanné. Le même Dauphiné nous dit que dans le même Himalaya, une quinquagénaire ordinaire, tu parles, Sophie Lavaud, a bouclé l'ascension du Lhotse, quatrième sommet le plus élevé du monde, c'est le chemin de l’Everest et puis tu tournes à droite, c'est son treizième sommet à plus de m, il y en a quatorze, elle recevait les informations météo pr satellite depuis la Savoie, encordée virtuellement à son routeur, on lui reproche parfois d'être trop bien accompagnée...

On lit aussi un dialogue...

Qui dans ses harmonies enchantera les lecteurs du Figaro, qui a organisé à Paris une conférence de Sylvain Tesson et Régis Debray, deux hommes qui ne nous sont pas étrangers, et qui retranscrit leur échange courtois qui parle de l'art de contempler le monde plutôt que le changer, c'est du Julien Gracq, et qui sous une apparence réac mais pas que, est un hommage à la langue et à l'auto-dérision mythique. "Je m’intéresse aux herbiers et aux pierres. Je m’appelle d’ailleurs Sylvain Tesson. Tesson évoque le débris, la miette quand on casse un verre. Sylvain ramène à la forêt." Debray: "Sylvain parle d’or. Mais tout de même, le débris, il est dans mon nom et de mon côté, j’ai de quoi revendiquer." Allez, jouissez, comme on disait en 68.

Dans Libération aussi on nous parle de langue mais avec gravité, dans un débat autour du mot nègre, faut-il le bannir, pour la violence qu'il porte, de la littérature... Alexandre Civico, le patron des éditions Autrement, explique pourquoi il a redonné au « Nègre du Narcisse » de Joseph Conrad son vieux titre "Les enfants de la mer" et pourquoi il a enlevé le mot « nègre » du fil du livre, sauf dans les dialogues, quand ce mot disait quelque chose des rapports entre les hommes... Il ne prétend pas Civico avoir raison, de manière absolue;, il suggère aux indignés qui 'ont pas lu Conrad de lire ce roman qui ne parle pas de négritude mais qui est une ode au peuple de la mer. Un romancier américain qui vit chez nous en France, Jake Lamar, il enseigne à Sciences po, nous invite à comprendre et à juger d'un mot au cas par cas, comment comprendre Faulkner et la guerre de sécession sans le mot nigger que penser d'une nouvelle de Hemingway, les tueurs, où in personnage de cuistot, d’abord désigné comme le nègre, au fil du récit acquiert son identité?

On parle enfin d'un regret...

Et après avoir lu des mots empreints de doute, on aimerait comprendre profondément ce qui pousse le footballeur du PSG Idrissa Gueye, modèle de générosité quand il se mobilise pour les enfants victimes de cancer ou du virus HIV, à refuser de jouer quand son club, avec des maillots floqués arc en ciel, se manifeste à l'unisson du foot français, contre l'homophobie... Dans le Parisien qui connait le joueur et l'affaire, on plaide pour la parole.

J'apprends dans la Provence que les South winners, rude et roots association de supporters de l’OM, compte parmi ses membres un étudiants de HEC, et va s’engager pour que des lycéens de Marseille s'en aillent aux grandes écoles. Belle ambition. Je lis dans le Monde que les 370 habitants de Pas)de-Jeu dans les Deux-Sèvres, nom prédestiné, n'en peuvent plus d'être traversés chaque jour par des centaines de camions, qui évitent les péages en détruisant leur paix. On les embrasse, aussi tendrement que possible.

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