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Résumé

Dans le Un qui nous confronte à notre passé colonial, le prix Goncourt Mohamed Mbougar Sarr donne une leçon de vie à partir d'une statue des années vingt, Demba et Dupont, érigée à Dakar. Une jeune fille d'une lucidité atroce raconte à Libération sa vie d'adolescente prostituée.

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On parle d'une ville...  

Roubaix  sur laquelle est passée une émission de télévision, et qui dans son journal, la Voix du Nord,  se regarde catastrophée d'avoir été montrée comme un ville gangrenée par l'islam radical... 

C'était dimanche sur M6, dans l'émission Zone interdite, on y voyait des poupées dont le visage n'était pas dessiné car l'Islam qui interdirait la représentation de la figure humaine, on y parlait d'une association de soutien scolaire qui donnait des cours de coran, et on entendait que dans une rue commerçante la rue Lannoy fleurissait un communautarisme qui appellerait les jeunes musulmans à s'exclure de la société française... Vous pouvez voir l'émission sur le site de M6, mais vous devez alors lire aussi, la Voix du Nord, pour entendre la voix de Roubaix, saisir le décalage entre la puissance de la télévision et la vie quotidienne de ceux qu'elle vient résumer...   

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Alors vous lirez des commerçants de la rue Lannoy furieux que l'on ait compté chez eux les boucheries halal, "on a aussi  cinq pharmacies, cela fait-il de nous des hypocondriaques", et on a aussi rue Lannoy des magasins de mariage de beauté de brocante d'antiquité de fripes de mercerie et la rue Lannoy sera un jour les Champs-Elysées de Roubaix, a promis sur Facebook la propriétaire d'un magasin que M6 a filmé à son insu, où l'on vend oui, des poupées sans visage, mais aussi de la lingerie, des romans des bijoux...    

On lit aussi Neila étudiante en pharmacie fâchée que les media ne montrent jamais à Roubaix les gens comme elle, et le docteur Lamarre, dont les patients musulmans sont dégoutés, qui parle de la question sociale, qui dit que Roubaix, c'est tellement plus complexe... Et ce mot, complexe, est ce que nous donne la Voix du Nord... 

Farid Achouche qui est enseignant  se souvient qu'il a grandi quand ses voisins s'appelaient Madame Gisèle et Monsieur Lucien. Gisèle et Lucien sont partis, et Farid Achouche doit parfois mettre dehors des personnes qui lui reprochent de ne pas faire que du halal dans l'épicerie solidaire qu'il a montée... Roubaix est donc une ville où l'Islam rigoriste est plus visible et en même temps une ville riche du vivre-ensemble dit la Voix du Nord qui illustre et revendique la nuance et se souvient aussi qu'en 2013, le New York Times vantait Roubaix comme un modèle multiculturel, qu'est-ce qui a changé, la ville, le media,  la ville ou l'air du temps?   

Et donc ce matin les identités et les blessures nous saisissent quand le Parisien titre sur l'antisémitisme persistant (on en a parlé dans votre interview Léa), quand le président Macron va rendre hommage à un drame pied-noir, la fusillade de rue d'Isly en mars 1962... des rappels sur le site de Géo. 

L'hebdomadaire le Un se demande ce que nous, Français pouvons faire de notre passé colonial. Le cinéaste haïtien Raoul Peck, nous invite à la vérité, la chaine Arte diffuse son documentaire au scalpel que le site des Echos, nous recommande, sur les origines du suprémacisme blanc, "Exterminez toutes ces brutes". Dans le Un vous lirez aussi notre récent prix Goncourt venu du Sénégal Mohamed Mbougar Sarr, qui tisse une leçon d'une vieille statue érigée à Dakar; une sculpture en bronze des années 20 intitulée "Demba et Dupont", elle montre un poilu français, donc Dupont à la belle moustache, qui porte un rameau d'olivier et qui pose une main sur l'épaule d'un tirailleur sénégalais, donc Demba...  Mbougar Sarr nous dit que nous sommes aujourd'hui en France des Dembas et des Duponts qui devons apprendre l'histoire, les dominations, mais aussi prendre conscience du relatif des mémoires... L'écrivain nous rappelle aussi que Demba et Dupont, depuis un siècle, sont ensemble cote à cote "malgré tout"... Malgré tout, ce mot est beau.  

On parle aussi de Nantes...  

Et dans Presse-Océan j'en apprends sur l'identité nantaise car dans cette ville les syndicats depuis les années 50, autonomie oblige, ne déclarent pas leurs manifestations en préfecture, mais Gérald Darmanin veut en finir avec l'exception nantaise  et veut aussi dissoudre un mouvement-media d'extrême-gauche local.  

Dans nos rubriques cinéma, on célèbre la politique locale dans deux films. D'abord "les Promesses" avec Isabelle Huppert en maire de banlieue qui avec son bras droit Reda Kateb qui se bat pour son territoire, et ce film, dit le Monde, rendrait à la politique sa belle lumière. Et aussi un documentaire, Municipale, où le réalisateur Thomas Paulot a envoyé un comédien se présenter à Revin dans les Ardennes blessées industriellement, le Monde encore dit que le film documente la France, mais je lis dans l'Ardennais qu'à sa projection en avant-première à Revin, le premier adjoint a critiqué le côté sombre du film, son misérabilisme: qu'il est compliqué d'être représenté...   

Dans le Télégramme je vois une grande tente blanche de celles qui servent aux garden-parties familiales, mais celle ci est posée dans une cité, Pontanezen, à Brest, à côté d'une caravane, c'est là que l'on prépare et l'on sert les repas des vendeurs de drogue qui tiennent le quartier. 

Et on parle enfin d'une jeune fille...  

Qui a 16 ans et qui est sur son existence d'une lucidité irréelle, atroce racontant à la journaliste Marie Piquemal, dans Libération, tout en savourant gamine une crêpe au nutella son parcours de fugueuse puis d'ado prostituée, quand on ne peut pas se passer de l'argent qui vient si vite... Avec elle Libération nous emmène dans un drame société. Elle voudrait la môme désormais amoureuse d'un taulard jaloux, elle se dit sous emprise, retrouver sa vie quand elle avait 6 ans.   

Allons. Dans le Dauphiné Jean-Claude Killy nous livre ses beaux souvenirs d'olympisme avec ce mot, "merci". Dans Corse-matin, Jacques et Thomas Dutronc préparent en Balagne la tournée qui les rassemblera père et fils au printemps... L'Equipe nous dit les doutes de Maxime Vachier-Lagrave, aux cheveux teints en rouge, champion du monde d'échecs en blitz, mais les parties éclair, mais qui se demande s'il a la rage pour le vrai traitre suprême, je ne suis pas Michael Jordan, dit-il.   

Dans l'Indépendant je lis que le Covid a conduit les établissements hospitaliers, les hôtels, à ne plus faire laver leur lingerie à l'extérieur, mais plutôt à faire l'emplette de machines à laver industrielles. Cela fait le bonheur d'une entreprise de Narbonne dont le patron pose a coté d'une grande machine à la Une du journal -je ne dis pas son nom, il est de ma famille; mais parfois on est content de lire le journal.

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Claude Askolovitch
Claude Askolovitch