Robert Desnos à la terrasse d'un café vers 1920
Robert Desnos à la terrasse d'un café vers 1920
Robert Desnos à la terrasse d'un café vers 1920 ©Getty - Stefano Bianchetti/CORBIS
Robert Desnos à la terrasse d'un café vers 1920 ©Getty - Stefano Bianchetti/CORBIS
Robert Desnos à la terrasse d'un café vers 1920 ©Getty - Stefano Bianchetti/CORBIS
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Résumé

L'Obs raconte le complexe de Xi Jinping, qui maitrise mal, prononce mal, des figures figées "en quatre caractères". Le Point nous dit des mots d'embastillés de Hong-Kong. Le Monde ressuscite Grisélidis Real, libre prostituée poétesse, qui a nourri Laure Calamy libre et sublime dans Vanity Fair.

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On parle d'un poème...  

Que nous n'avions jusqu'ici jamais lu, jamais entendu et que le Figaro nous dévoile dans un article signé Thierry Clermont.

Gaieté si chèrement gagnée
Amitiés trahies
Paysages enfuis
Pavés brisés à coups de talons
Pluies d’orages
Mais je te tiens gaieté à la gorge
Et si tu meurs ce sera de rire"

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Ce poème est de Robert Desnos, que Louis Aragon avait surnommé Robert le diable dans une complainte écrite après sa mort : "Je pense à toi Desnos et je revois tes yeux".

Desnos avait été du surréalisme, il avait touché au journalisme et composé des réclames de radio, et sous l'Occupation, un résistant, un Juste qui fustigeait Pétain, le Maréchal Ducono, et aussi l'écrivain antisémite Céline dont les colères raillait-il, "sentaient le bistro", il fabriquait des faux papiers, il fut déporté et il mourut à l'Est, à peine libéré...  

L'admirable Desnos compte d'admirables fidèles qui publient une revue "L'EÉtoile de mer", dont la prochaine livraison compte vingt poèmes inédits, retrouvés dans des cahiers d'écoliers qui datent des années 1936-38, quand Desnos chaque jour vers minuit écrivait un poème d'une écriture claire, égayée de dessins. Le Figaro a lu "L'Étoile de mer" et les cahiers, lisez le Figaro et entendez Desnos.   

Moi, incapable de reculer
Capable de me faire tuer
Plutôt que de céder un pouce (…)
J’ai vu, compris, choisi.

ou bien

Le gosier sec et les tempes mouillées comment
Crier hurler dire le mot le simple mot de passe ?

ou même

L’arbre qui meurt à cet instant précis
Dans une forêt
Le grain de sable que la mer vient de déposer
Et que le vent emporte loin de l’attente des vagues
La goutte de pluie à l’instant même
Où elle commence à tomber
La seconde exacte où le souvenir d’un mort
Est totalement et définitivement aboli
Et un tas d’autres foutaises
Sont pourtant incontestablement émouvantes

Desnos, par le Figaro, n'est pas aboli...  

Nous vient aussi ce jour, René de Obaldia, qui nous a quittés, doyen centenaire de l'Académie française... Lui, pendant la guerre prisonnier dans un stalag, organisait des courses de poux, dit le Monde. Libre, il avait peuplé sa vie de mots et de joie, on s'enchante de lire dans le Point qu'il accueillait ainsi le journaliste François-Guillaume Lorrain : "Dépouillez -vous", "Infiltrez-vous". On se ravit du "je vous brise la dextre" qu'il laissait sur le répondeur de Thierry Clermont du Figaro, encore lui, et on relit ce vers qu'il tenait pour le plus beau de la langue française : "Le Geai gélatineux geignait dans le jardin".

On parle aussi d'un complexe... 

Et nous apprenons dans l'Obs que Monsieur Xi Jinping, maître de la Chine, serait à peu près inculte, et cela n'est pas rien dans son pays où le respect pour la langue confine au sacré... Xi Jinping ne saurait pas bien utiliser les expressions en quatre caractères, des classiques à la forme figée, il les prononce mal, on les lui écrit en phonétique sur le prompteur de ses discours et son épouse houspille ses collaborateurs pour qu'ils lui épargnent des tournures trop compliquées pour lui. Cette inculture viendrait de la jeunesse de Xi Jinping, fils d'un compagnon de Mao en disgrâce quand la révolution culturelle avait détruit l'éducation... Il en garderait un complexe et cela rend méchant...  

Le Point nous raconte Hong Kong que la Chine normalise, dont les démocrates sont désormais en exil, ou en prison, lisez ces mots que Jimmy Lai, ancien patron de presse a fait lancer à un tribunal... "Si commémorer ceux qui sont morts à cause de l’injustice est un crime, alors souillez-moi de ce crime et châtiez-moi, afin que je puisse partager le fardeau et la gloire de ces jeunes qui ont versé leur sang".  

Ils sont dignes de Voltaire qui avait humilié de son verbe un noble arrogant, "Monsieur, je commence mon nom et vous finissez le vôtre", vous lisez cela dans la revue Sciences humaines qui veut nous donner à penser pour vivre, et nous ramène donc Voltaire dont le pseudonyme, serait issus du surnom de son enfance "Petit volontaire"...     

Et on parle encore de mots...  

Qui sont tous des combats !  

Dans l'Equipe, les mots de fiction d'Al Pacino, entraineur de football américain galvanisant son équipe dans le film "L'Enfer du dimanche" de Oliver Stone, et cette séquence dans la vraie vie, le maitre volley Laurent Tillie la diffusait à son équipe de France...   

Dans l'Humanité, l'écrivain Eric Vuillard, qui sort un livre scalpel sur les guerres d'Indochine cingle de mots un politique d'antan semblable à un dindon, et le grand de Lattre de Tassigny, qui ne valait pas mieux qu'un verbeux conseiller aux comices agricoles chez Flaubert.

Dans les Inrockuptibles, trois écrivains, Maggie Nelson, Constance Debré et Paul Preciado disputent de la liberté, qui n'est pas rose mais noire car elle est un conflit et elle se conjugue en JE elle se dit à la première personne.   

Dans le Monde, ressuscite une femme mythique qui fut libre prostituée désespérée poétesse, Grisélidis Real, à laquelle l'écrivaine Nancy Huston consacre un livre et dont Seghers va rééditer l'œuvre : "Laissez couler, femmes mûres / Vos larmes après la haine", écrivait-elle à treize ans et des années après : "Enterrez-moi nue / Comme je suis venue / Au monde hors du ventre / De ma mère inconnue".

Parmi ses passionnées, Grisélidis Real compte une comédienne désormais familière et sublime hiératique en Une de Vanity Fair, Laure Calamy éblouissante de liberté un an après son César, qui a pensé à la poétesse en jouant récemment le rôle d'une prostituée... "Est-ce que vous conseilleriez à votre fille de coucher avec 600 mecs, demande Calamy ? Moi oui. Après tout, on le fait bien pour les hommes."

Références

L'équipe

Claude Askolovitch
Claude Askolovitch