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Résumé

Mordehaï Anielewicz, chef de la révolte du ghetto de Varsovie, peignait de rouge, avant la guerre, les ouïes des poissons que vendait sa maman, Lançon, Charlie Hebdo. Dans le Un, Louis Chevaillier redoute la fin des livres dans notre âge d'onomatopées. Dans Transfuge, Javier Cercas réhabilite Javert, héros de la Loi.

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On parle d'un teckel...

Que dessinait il y a  quatre-vingt-dix ans une petite hollandaise pour ses camarades de classe et le teckel était si bien croqué que les mouflettes en redemandaient chaque jour, et la gamine timide distraite qui perdait son vélo et que sa mère interdisait de lecture, réalisa que par ses dessins elle saurait parler, et que toute sa vie elle parlerait aux enfants. 

Et Neuf décennies plus tard, la voilà dans Télérama, Gerda Muller, vous voyez? Elle signait aussi Gerda, dans nos enfances, Marlaguette qui marche avec le loup, Perlette la goutte d'eau, Boucle d'or... Gerda fut une grande illustratrice des albums du Père Castor, collection mythique de la lecture enfantine dont le Parisien sur son site nous dit l'importance... Gerda s'ennuie dans son Ehpad où elle cueille des fleurs qu'elle ne peut plus dessiner, ses épaules et ses bras ne suivent plus, elle a écrit à Télérama, et la journaliste Marie Landrot est allée l'entendre. La petite hollandaise avait fuit son pays après-guerre pour venir à Paris, elle dessinait pour le Père castor sans gagner un sou, asservie par un contrat aberrant, ses dessins originaux disparurent dans l'incendie d'un hangar... Mais de sa vie, elle ne regrette qu'une chose: page huit de l'album "Les bons amis" (une histoire de carotte que se partagent des animaux dans un rude hiver), elle avait oublié de dessiner la cagoule du mouton frisé...

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Et avec Gerda nous voici dans une bulle ou une vérité supérieure, celle de l'enchantement, il en faut quand la laideur fait notre siège, quand la République est giflée dit la Montagne, et quand la réalité des adultes reprend ses habitudes. 

Chez les adultes qui retournent au travail, les DRH s'inquiètent nous dit le Figaro car des salariés ont déménagé pendant le télétravail, comment les retrouver, pour les ramener au bureau? Chez les adultes qui retrouvent la cantine, l'Opinion ironise, saviez-vous que le code du travail nous interdisait de prendre nos repas à notre bureau? Le 14 février dernier, Elisabeth Borne ministre du travail, a suspendu provisoirement l'interdiction, les cantines étant fermées mais de cette petite histoire, l'Opinion plaide pour qu'on nous débarrasse de la bureaucratie et des règles qui nous étouffent, que l'on préserve les libertés, c'est paradoxal, qui nous ont été octroyées pendant les confinement...  

Dans les salles de sport qui rouvrent, on s'inquiète, nous dit la Provence, à cause du beau temps... A-t -on envie quand il fait soleil, de s'enfermer devant la machine... Les soucis sont devant nous... Alors oui, cherchons l' évasion.

Libération, dont la Une est superbe, un homme dans une piscine dont le visage porte les marques blanches du masque et des lunettes de natation, nous raconte des anciens enfants qui font de la nostalgie un investissement, les cartes Pokemon ont la grosse cote chez les riches adultes et dimanche dernier çà Miami, le youtubeur Paul Logann a acheté 150000 dollars d'un Dracaufeu qu'il exhibe sur son torse pas très poilu, rêves-tu, Gerda Mulller, au prix d'un dessin...

On parle aussi de héros...

Les révoltés du ghetto juif de Varsovie qui en 1943 résistèrent vingt jours à l'armée allemande, Philippe lançon se souvient d'eux dans Charlie Hebdo, mais à sa manière, pour s'interroger sur nous. Lançon, grand lecteur, se souvient d'un vieux livre de 1977 où un héros survivant Marek Edelman, faisait le portrait du chef des révoltés qui lui n'en revint pas, un jeune homme légendaire nommé Mordehai Anielewicz... Mordehai, se souvenait Marek, était un ambitieux un peu puéril, et aussi un garçon qui avait toujours faim, il était né pauvre, avant la guerre sa mère vendait des poissons et quand ils n'étaient plus frais, Mordehai allait acheter de la peinture rouge pour leur peindre les ouïes, afin de faire illusion. 

Ce portrait avait fait scandale, et pourtant il restituait sa vie au héros... Et Lançon rêvasse alors sur notre époque qui moins que jamais tolère ce qui choque... 

Dans le Un, vous lirez un texte de la même veine signé Louis Chevaillier, qui est le poète émérite de l'hebdomadaire... Le Un célèbre Jack Lang et son oeuvre culturelle mais dans son coin Chevaillier parle des livres que menaceraient la pudibonderie ambiante, les minorités offensées, la culture des séries Netflix où tout est simple et ressassé pour que les cerveaux juvéniles ou distraits ne perdent pas l'intrigue... Les livres seraient dangereux, ils cèdent le pas aux images à la musique d'ambiance, aux onomatopées... Et Chevaillier nous dit le son de notre temps. "CLIC ? CROQUE ? Ouvre, L’œil, De suite, Défile, Ici, Qui, Quoi, Où Là, Vite, Rythme, Haut, Bas, Dans, Hors, Pourquoi, Comment, ? Eh ? Ah ! Bang ! Paf ! Vlan, Bing, Bong, Boum !" C'est un extrait de "Fahrenheit 451" de Bradbury, un classique où l'on brulait les livres... 

Dans le mensuel Transfuge, allez lire  l'interview du romancier Espagnol Javier Cercas, qui se met au polar, et dont le personnage, le policier Melchor, voue une passion aux Misérables de Victor Hugo, et singulièrement au commissaire Javert, le méchant croyions-nous de l'histoire, en fait un homme nous dit Cercas à la vertu cachée, le véritable héros, le héros caché de la loi qui nous protège tous. Splendeur des livres... 

On parle enfin de deux amis...

Deux loustics du quartier de la place Clichy à Paris, Lucas Maggiori alias Styck et Richard Bismuth alias Screetch, qui s'étaient rencontrés dans les années 2000 dans un kebab de l'Essonne après un concert de rap, ils faisaient croire à leurs parents qu'ils entameraient des carrières sérieuses, en vrai ils filmaient des rappeurs débutants dont ils sentaient l'étincelle: c'est sur le site StreetPress la success story de Daymolition - ce producteur qui a mis en ligne 6000 clips et lancé Sexion d'assaut et Maitre Gimms et qui serait dans le rap ce qu'est Clairefontaine au football, le lieu où pousse l'excellence... Héros de notre temps. 

Dans l'Equipe vous lirez  comme un conte pour enfants l'histoire d'un joueur de tennis qui adolescent cessa de grandir et qu'on surnommait "le nain" alors qu'il avait la main de velours, l'argentin Diego Schwartzman, dont le mètre 68 s'oppose tout à l'heure au géant Nadal, il a compensé par l'oeil et l'intelligence ce que les gènes lui ont refusé, il vient d'une famille bourgeoise ruinée par la faillite de son commerce de vêtements et bijoux et qui vendait dans la rue des bracelets en caoutchouc, mais cela n'est rien encore. Pendant la deuxième guerre mondiale, l'arrière-grand père de Diego, fut déporté en Pologne, mais son wagon se décrocha du reste du convoi de déportation et il put se sauver. Après cela, comment avoir peur de Nadal?

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L'équipe

Claude Askolovitch
Claude Askolovitch