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Résumé

Le Figaro raconte notre goût risqué pour la sorcellerie, l'Indépendant dit la famille endeuillée d'un homme doux et homosexuel assassiné chez lui, l'Equipe exhale son soulagement après la déconfiture de la Superligue.

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On parle d'un innocent...  

Un jeune homme innocent  qui pourtant a passé quatre années et trois mois en prison, condamné en première instance pour un crime scandaleux, un piège tendu à des policiers qui auraient pu bruler vifs en octobre 2016 à Viry-Châtillon - mais il a été acquitté en appel dimanche par la Cour d'Assises de Paris, le dossier d'accusation finalement ne tenait pas... Et ce matin, Mediapart affirme que ce dossier avait été initialement manipulé contre le jeune homme par des policiers enquêteurs, qui aurait transmis à la justice une version tronquée de son interrogatoire en garde à vue, que Mediapart a pu visionner... Ce serait là le vrai scandale du procès en appel de l'agression de Viry-Châtillon, dont le verdict , cinq condamnations et huit acquittement, jugé trop clément par des organisations de policiers et des politiques, provoque des débats et hier des manifestations  -mais cette clémence en fait serait une réparation.   

Nous sommes en janvier 2017, devant des policiers qui le traitent de con, qui lui disent qu'il n'assume pas, Foued -ainsi Mediapart rebaptise le jeune homme pour garantir son anonymat- Foued, donc jure son innocence, cent fois, dit le journal, mais il finit par craquer, un instant, sous la pression conjuguées des policiers et -étonnamment- de son avocat de l'époque, commis d'office, qui contribue à faire perdre sa lucidité au jeune homme, il lui suggère qu'il est victime d'un black out, qu'il a participé au guet-apens mais qu'il l'a occulté, ces choses là arrivent, tiens, c'est arrivé à un de ses clients... 

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Alors Foued se prend la tête, "Mon Dieu, comment vient ce phénomène..."... et quelques minutes pus tard, interrogé par les policiers, il répond : « Je ne m’en souviens pas une seconde si je l’ai faite ou pas. »  Et cette phrase se retrouvera dans le dossier transmis à la justice... mais pas celles-ci, qui montrent un jeune homme sur le point de perdre la raison..  « Je vais être fou. Il reste une boule en moi. Je ne sais pas c’est quoi. Dans ma tête, je ne l’ai pas fait. Si je dis que je l’ai fait, si je vous le dis, la boule va rester parce que dans ma tête je ne l’ai pas fait. »  

Foued avait été condamné à 18 ans de prison dans le premier procès aux assises, la cour disait que Foued avait « implicitement admis de façon très ambiguë avoir pu participer aux faits", le procès en appel a balayé ceci pour innocenter le jeune homme, il dit à Mediapart que les enquêteurs ne cherchaient pas les coupables mais des coupables..   

On parle aussi d'un gourou...  

Dont on ne sait de quoi il est coupable exactement, ce complotiste qui veut renverser la République, et dont le visage prend la Une de la Dépêche ce matin, Rémy Daillet Wiedemann, le gourou supposé des auteurs de l'enlèvement de la petite Mia. Je  vous fait grâce des arrogances de l'homme qu'interroge la Dépêche mais aussi le Parisien, il ne dit rien que ses obsessions qui fleurissent déjà sur le web, le Canard enchainé nous dit que la montée en délire complotiste inquiète les renseignements intérieurs qui y voient la réplique française du Q Anon américain...  

Plus intéressant dans la Dépêche sont les souvenirs de ceux qui ont connu Daillet Wiedemann quand il était responsable du Modem en Haute-Garonne, un manipulateur pas vraiment centriste, plutôt d'extrême droite, mais à l'époque beaucoup de personnages étranges, des demi-ratés en mal d'existence, convergeaient vers le mouvement lancé par François Bayrou... Le père de Rémy Daillet avait été un député démocrate chrétien, qui en 1975 s'était opposé avec violence à Simone Veil lors de la légalisation de l'avortement, l'Est républicain rappelle que ce Jean-Marie Daillet avait lancé à Mme Veil, rescapée d'Auschwitz, que les embryons humains seraient à cause d'elle "jetés au four crématoire".  

Libération, qui nous dit que Rémy Daillet Wiedemann, dans une de ses vidéos, se réclame des Einsatzgruppen, les escadrons de la mort nazis  qui tuaient les juifs sur le front de l'Est, publie par ailleurs ce matin une enquête troublante sur une hypothèse psychologique disputée, selon laquelle les traumas se transmettraient d'une génération à l'autre... Forcément on y pense...  On appelle psychogénéalogie la thérapie par les racines familiales, on y trouve des soulagements, mais aussi des déviances.   

Le Figaro, sur son site, nous informe de la sorcellerie, à laquelle beaucoup d'entre nous semblent croire, allez lire des histoires de liquide rougeâtre qui sort d'un œuf que casse une sorcière devant une femme qui se croit envoutée... Allez lire des économies envolées, des escroqueries, mais aussi cette curieuse histoire racontée au journal par Sonia Lazareff, "une des voyantes les plus en vogue de Paris". Elle raconte donc  de sa voix rauque qu'un jour deux jeunes gens sont venus la voir, pour communiquer avec leur grand-père décédé... Elle allume ses bougies, son encens et se concentre sur la photo du défunt. «Je l'entends me faire un drôle de récit, que je répète à l'envi: “N'écoute pas ces charognes, ils m'ont aidé à mourir pour avoir l'héritage et la maison!”» Alors, les deux jeunes gens, deux consultants, se lèvent et s'enfuient, la sorcière était une justicière!  

Et on parle enfin de soulagement... 

Le nôtre peut-être et celui de l'Equipe qui titre en Une "Ca c'est le football", avec photo de la victoire des amateurs de Rumilly Vallières en coupe contre les professionnels de Toulouse, pauvres toulousains diminués par une flambée de Covid dans leurs rangs... Mais la victoire du petit est bonne à prendre, elle nous innocente et complète le tableau d'un football régénéré par la déconfiture du projet de SuperLigue, mis à mal par les vieilles traditions du football anglais que l'Equipe a rarement tant aimé...   Le Dauphiné, lui, au nom de la bravoure des footballeurs de Rumilly, demande aux autorités qu'on autorise les clubs amateurs a reprendre leurs championnats, ne serait-ce que pour être fêtés dignement en leurs stades...  Cela semble juste.   

Cela semblerait juste aussi d'autoriser en dépit du Covid  les proches de la famille du caporal noyer à venir soutenir ses parents en mai prochain au procès de son assassin présumé Nordahl Lelandais devant les assises de la Savoie...  les parents du caporal plaident dans le Dauphiné, encore, et dans le Berry républicain...  

A Canet en Roussillon, ville qui n'a pas battu Montpellier en coupe, une autre famille endeuillée espère la justice, et dans l'Indépendant nous parle d'un homme doux, leur frère, leur oncle, Paul Migeon, un ange, qui toute sa vie s'était caché, homosexuel, un peu travesti, sordidement assassiné à Reims où il vivait, et Laura sa sœur Brigitte et Ilona ses nièces ne doutent pas du crime homophobe.   

Dans le Monde, allez lire une différence heureuse, celle d'une splendide danseuse un peu braque parfois,  quand elle monte une danse mal élevée en faisant de la voltige sur une chaise, qui danse aussi avec sa mère Françoise et dessine aussi et milite pour les artistes empêchés, et se raconte dans un livre qui se lit à l'envers et à l'endroit, elle s'appelle Alice Davazoglou, elle est trisomique normale et ordinaire, sublime, on l'embrasse ici.

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Claude Askolovitch
Claude Askolovitch