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Résumé

Une fillette handicapée retrouvée morte de faim et de soif, sa mère malade prostrée au salon, l’Union. Les substances psychédéliques pourraient soulager nos dépressions dit une journaliste de l’Obs qui a voyagé à l'ecstasy.On se soulage et on améliore la société en jetant dans une grande dépossession, Libération.

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On parle d'un cri...

Et quel cri, le "nooon pas ça", qu'a poussé le Professeur Charles Cazanave, infectiologue au CHU de Bordeaux, que cruellement Sud-Ouest a promené hier dans Bordeaux libérée, lui imposant la vue d'une une foule sans masque aux terrasses, il n'en avait plus l'habitude cet homme, et dans cette foule "quatre filles rayonnantes aux épaules nues sirotant des pintes de bière autour d'une micro-table ronde", un homme arrive, un serveur, il dépose entre elles un plateau de toasts à partager... « Noooon pas ça... Des plats à manger avec les doigts, tout le monde les doigts dedans et elles font un selfie, elles touchent leurs téléphones, et il n'y a toujours pas de gel... » Mais le professeur n'est pas au bout de ses peines, car dans une rue piétonne, d'autres filles rient et boivent du vin et mangent ensemble des frites... Mais tout de même elles ont des masques, et du gel, et le montrent à Cazenave qui ne les enguirlande pas, le temps est venu de la pédagogie, et au total lirez-vous il n'a pas passé une si mauvaise journée...En plein air  le risque est moindre, mais quand même, pourquoi les gens restent il si longtemps en terrasse...

Et bien professeur, la réponse est dans ce titre de Une que Sud-Ouest partage avec la Dépêche, une vieille chanson, "parce que c'est si bon"... Nos journaux ce matin se ressemblent dans des photos de liesse et l'hédonisme innocent est alors maitre de l'heure, c'est si bon, c'est mignon aussi comme les retrouvailles dans la Voix du Nord du peuple de Lens avec son musée du Louvre,  la retraitée Jacqueline pouvait pas rater la réouverture, elle y a tant appris, "c'est notre musée, on voulait montrer qu'on est là"... Un homme photographie les pièces exposées en grande tenue, maillot bonnet écharpe masque du Racing club de Lens, on est chez nous au stade comme au musée. 

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Il faut alors imaginer le français heureux... Mais est-ce si simple de le rester en lisant nos journaux. 

A Reims, une petite fille de quatre ans est tombée malade, une angine croit-on, nous dit l'Union, c'était une gamine trisomique que sa maman sortait en poussette, ça devait être plus commode disait les voisins, la mère elle-même handicapée, sous curatelle. depuis des jours les voisins ne les voyait plus sortir, la mère et la fille, on a fini par forcer la porte, la fillette était morte dans sa chambre, de faim et de soif, la mère était prostrée sur le canapé du salon, malade, une forme de grave de Covid est suspectée, c'est arrivé mardi soir, quand nous apprêtions à la liberté revenue. 

Le Parisien nous dit qu'une rue va porter le nom de Sarah Halimi, cette femme juive suppliciée par un homme qui ne sera pas jugé, une partie de la rue des Blancs-manteaux sera rebaptisée, Sarah Halimi avait été tout près directrice d'une crèche, le maire du IVe arrondissement Ariel Weill voudrait qu'on parle d'elle vivante et dévouée aux autres, et qu'on n'oublie pas l'infinie solitude de sa mort... 

On parle aussi de drogues...

Dans l'Obs qui cette semaine se préoccupe des dépressions, 300 millions de terriens en souffrent, mais une espérance existerait: les paradis artificiels, les substances psychédéliques qui arracheraient l'âme à son enfermement. Le journal fait un voyage de champignons hallucinogènes, de MDMA, l'ecstasy des fêtes, et aussi le bon vieux LSD... On apprend que dans le monde anglo-saxon, la recherche et la science se sont emparées de ces substances pour les ramener vers le soin, car elles feraient dériver l'âme loin des morbidités, mais la France reste rétive, le code de la santé interdit même que l'on puisse dire du bien de substances interdites... Alors,  la journaliste Dominique Nora se protège de formules de précautions, "Cet article n’a en aucun cas pour but d’inciter à enfreindre la loi", mais pourtant elle nous dit qu'elle-même a essayé. "Déprimée après deux deuils familiaux et une séparation", elle a tenté le voyage à l'ecstasy, dans un stage forcément clandestin mais fiable et recommand,  questionnaire et entretien préalable, « restez ouverte. Votre cerveau vous emmènera où il veut ». Elle a plané d'une gélule une après-midi sur un lit recouvert d'une peau de mouton, elle a eu froid au début, elle était avec ses morts et puis s'est sentie bien, a visité ses peines et des nœuds datant de l'enfance... Françoise Bourzat, une psychologue et thérapeute psychédélique française installée depuis quarante ans aux Etats-Unis, affirme que les expériences psychédéliques valent en accéléré trois ans de psychanalyse...
 

Libération nous parle de ces gens qui pour aller mieux font le vide chez eux, chez leurs parents disparus, le grand nettoyage les fait respirer, mais ces adeptes que la prêtresse du nettoyage Marie Kondo ne soulagent pas seulement des dérèglements intimes, ils combattent aussi une maladie sociale : celle de l'accumulation que nous impose la société d'abondance et de pacotilles... En se libérant dans une grande dépossession, on améliore le monde, il fallait y penser.  

On parle enfin de musique...

Et de poésie car on entend dans le Figaro Marianne Faithfull nous dire l'amour des grands poètes anglais Keats, Shelley, Byron et Wordsworth, qu'elle avait découverte adolescente au couvent, qu'elle n'avait confié qu'à son ami Mick Jagger, mais elle mes chante enfin, dans un album réalisé avec le grand Warren Ellis, un dandy australien que le Monde raconte, qui entra en musique -je résume- pour suivre des cours avec des filles, tant mieux pour nous et pour Marianne Faithfull qui nous parle ayant réchappé au Covid, au coma...

Le site de Marianne nous offre les trésors intérieurs de deux pianistes virtuoses qui revigorent de passion. Sofiane Pamart que l'on surnomme le pianiste des rappeurs, il aime leur énergie, Aline Afanoukoé nous parlait de lui ce matin : il raconte les transes de la création quand il crée la musique en la visualisant, écrire est trop lent, jouer de même, je ne peux pas être rattrapé ni aidé par mes doigts, seules mes oreilles travaillent »... Simon Ghraichy, prodige libano-français s'interroge sur les fidélités des interprètes de ces musiques qu'il dit savantes plutôt que classiques, quand il joue il épice les notes tel un cuisinier, il part en vacances sans piano, avec ses partitions qu'il relit comme un comédien apprend son texte, la musique parle à son âme et lui a servi de psychanalyse dans un mode hostile...

Dans l'Equipe vous lirez et verrez un homme superbe qui jouait de l'alto en virtuose , c'est un instrument physique, Laurent Verney disait que Wagner était sa drogue dure, mais il était aussi, voilà pourquoi l'Equipe un immense amoureux du vélo,  le Ventoux était son col préféré, il est mort d'un accident de bicyclette, il avait récemment rencontré Bernard Hinault et s'était senti comme un petit garçon. On est heureux qu'il ait eu cela aussi.  

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L'équipe

Claude Askolovitch
Claude Askolovitch