France Inter
France Inter
Publicité
Résumé

Les confessionnaux de la télé-réalité nous ont permis d’apprécier « En thérapie » (dit le Monde pour les vingt ans de Loft story). On vole les ruches et les essaims, le Parisien, mais l’apiculture attire les vocations, Midi Libre. Libération Goya qui vécut à Bordeaux était aussi fort que Charlie Hebdo, dit Sud-Ouest.

En savoir plus

On parle d'un livre...

Dont la vie s'arrête aux Etats-Unis dans une atmosphère de scandale, qui était promis à être un des plus grands succès de l'année... La biographie du grand écrivain Philip Roth, mort il y a trois ans, était sortie au début de ce mois d'avril, le New York Times, par la voix d'une géante des lettres américaines, Cynthia Ozick, l'avait salué comme un chef d'oeuvre narratif... Mais l'auteur de ce chef d'oeuvre, Blake Bailey, un écrivain que Roth avait choisi de son vivant, a été accusé d'agressions sexuelles et même de viols par plusieurs femmes après la sortie du livre... Son agent a cessé de le représenter et son éditeur a décidé de ne ne plus commercialiser le livre, Blake Bailey nie les agressions qu'on lui reproche, mais l'annulation n'a pas attendu...

La biographie de Roth avait été évoquée chez nous -dans l'Express notamment- mais pas encore traduite dans notre langue, elle était attendue l'an prochain chez Gallimard. L’affaire n'a guère été traitée dans la presse française, sinon par un site internet, Marseille News, et par le Figaro qui a repris une dépêche de l'Agence france-presse;  sur les réseaux sociaux des journalistes ont ironisé sur une histoire qui aurait pu être un roman de Roth... 

Publicité

Mais il faut lire ce qu'on écrit en anglais, sur les sites du New York Times, du Guardian, du New Yorker notamment pour ressentir cette ironie que n'aurait pas désavoué Roth, et une forme de malédiction... Vivant, l'écrivain avait souffert de sa réputation de misogynie, et avait souhaité qu'un biographe puisse le réhabiliter, réduire à néant  « this whole mad fucking mysoginistic bullshit", cette foutue et folle connerie de ma misogynie avait-il dit à un ami professeur, Ross Miller, qu'il avait pressenti pour la tâche... Mais l'ami et professeur après un début d'enquête avait dit à des proches que oui, Roth et son frère Sandy étaient misogynes... Alors, l'écrivain avait choisi un autre homme, Blake Bailey, déjà connu pour d'autres biographies littéraires, qui lui avait plu en lui parlant d'Ali Mac Graw, qui avait joué dans l'adaptation d'un court roman de jeunesse, Goodby Columbus -bref, Bailey avait eu les clés et avait écrit... 

Mais sa propre vie l'a rattrapé, des accusations qui le ruinent peut-être, et dans ce désastre, c'est Roth lui-même qui est atteint... Car on relit du coup sa biographie à l'aune du scandale... Le New Yorker trouve désormais signifiante l'empathie de Bailey pour son sujet, et la complaisance avec laquelle il décrivait des aventures sexuelles de Roth, et dans le Guardian on va plus loin: Roth et Bailey se sont bien trouvés, lit-on. De quoi n'est on pas coupable même après sa vie.

On marque aussi un anniversaire...

Et comme nous Le Progrès, les DNA, la Provence se souviennent qu'il y a 20 ans avec Loft story commença la télé-réalité... Mediapart rappelle que le patron d'Arte de l’époque, Jérôme Clément, voyait dans Loft story un fascisme rampant, dans Mediapart encore le journaliste Paul Sanfourche, voit dans la télé-réalité le royaume du sexisme, la preuve par Loana, méprisée comme bimbo à 20 ans, moquée à 40 ans, devenue obèse, il en a fait un livre… Sur le site AOC je lis que Loft story réveilla la culture de la surveillance. Dans le Monde, une sociologue des media explique que la télé-réalité a fait émerger les influenceurs, ces gens qui ne sont que leur célébrité, et nous a aussi familiarisé avec les confessionnaux, ces lieux où les candidats se racontent devant la caméra... Cette culture du confessionnal nous aurait permis d'apprécier la série psychanalytique "En thérapie »... Elle fut diffusée sur Arte, comme quoi…

Voilà nos étranges paysages. 

Le Figaro nous apprend que les malfrats s'intéressent au vin, dans un grand trafic qui va de Bordeaux à l’Asie où les nouveaux riches prisent les grands crus… 

Mais on ne vole pas que des bouteilles en ce pays... On dérobe aussi les abeilles, nous dit le Parisien, on vole des ruches des essaims entiers et ce d'autant plus que ces insectes meurent des pesticides, du réchauffement, des frelons asiatiques, la rareté crée alors le trafic et apiculteurs volés pleurent parfois; ils regrettent les temps anciens où un voleur d'essaim se prenait des deux ans ferme, quand le miel était  la pharmacie des villages... Dans Midi libre, pourtant, on nous dit que le métier d'apiculteur suscite des vocations, cela prend  comme une piqure; on trime et on devient philosophe, le métier change, se modernise, des ruches désormais sont connectées. Cela nous dit forcément quelque chose sur la survie de l'espèce.

Trois jours après l'attentat contre le commissariat de Rambouillet, loin de l'horreur et des disputes, allez lire dans le Parisien un petit article qui parle de Stéphanie, la fonctionnaire de police assassinée.  Elle avait deux soeurs le journal leur a parlé, Séverine, qui n' a pas pu s'attarder au téléphone parce qu'elle devait retourner travailler, elle est aide à domicile dans la Manche, et Christelle qui ne viendra pas aujourd'hui à l'hommage rendu à sa soeur , parce qu'elle reprend son travail à l'Usine en Eure-et-Loir… et puis il y a la rentrée pour les enfants... Ces petits rien s'appellent le courage.

On parle enfin de beauté...

Qui parfois se conjugue au passé quand Var Matin et Nice Matin nous disent la gloire du chef varois décédé Philippe Da Silva et quand Libération salue le couturier Alber Elbaz, d'un si joli titre, « il était une joie » -lisez aussi dans Paris-Match Elbaz au présent dans sa nouvelle aventure, l'article sera sorti juste avant sa fin. 

Libération raconte aussi l'ivresse des couleurs du peintre Nicolas de Stael, dont on réédite le catalogue des oeuvres, il mit fin à ses jours à 41 ans mais en écrivant au poète René Char  il s'exaltait du cassé-bleu, du ciel jaune, de la mer rouge et des sables violets:  la griserie est contagieuse. 

Sud-Ouest lui nous parle du peintre espagnol Goya, un livre est consacré à ses dernières années qu'il passa à Bordeaux, où il explorait les bas fonds les vices de la ville, avec l'acuité lis-je des dessinateurs de Charlie hebdo. Quel hommage parfait.

Références

L'équipe

Claude Askolovitch
Claude Askolovitch