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Résumé

Le Monde raconte des adolescents qui osent la prison pour ne pas céder à la peur de Vladimir Poutine. Les Echos racontent comment les drogues ont envahi les entreprises. Vanity Fair raconte intimement la chute d'Emmanuel Faber, ex-PDG de Danone... Le Monde raconte le courage d'un adolescent russe emprisonné.

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On parle d'un pilote...

Un pilote de chasse qui le 27 mars 2019 rejoint sa nouvelle affectation en Corse à Solenzara, et se fait acueillir fraichement, "qu'est ce qu'on nous a encore envoyé" lui lancent ses nouveaux compagnons, qui en début d'après midi à quelques uns le coincent, lui mettent un sac sur la tête, l'enroulent de papier adhésif, l'embarquent à l'arrière d'un pick up comme un sac à patate, et puis l'attachent à un poteau, avec des sangles, et là, après quelques minutes, BOUM !, écrit la Provence qui raconte l'histoire, BOUM! commencent les feux de l’enfer... Des avions volent devant lui, ils tirent tout près de lui et vers lui aussi; ils larguent des bombes...

Le pilote  comprend qu’on l'a  attaché à une cible au milieu du champ de tir d'entrainement de l'escadrille, dans un bizutage hallucinant, vingt minutes dans ce bombardement, avant d'être ramené à la base toujours entravé...

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Deux ans après, le pilote ne s'en est pas remis, il aurait pu mourir, les Mirages tiraient avec de vraies munition sur des cibles à moins d'un kilomètre de lui, il aurait suffit d'un ricochet, d'une erreur, et  c'en était fini disent ses avocats. Car le pilote a pris des avocats et a porté plainte après avoir en vain essayé de changer d'affectation, , la justice visionne des vidéos que les auteurs du bizutage, rigolards avaient tourné eux-mêmes... On voit dans la Provence une photo du pilote entravé à la cible, déjà trouée de vieux impacts, avant que ne commence la roulette russe.

C'est une étrangeté de lire cette inconscience ludique de la part de soldats, quand l'actualité est engluée de tragédies.

Sud-Ouest titre sur les mots de Marlène Schiappa et en appelle au "réveil collectif" de la société face aux féminicides, après l'assassinat de Chahinez Boutaa que le journal ne désigne que par son prénom, est-ce pour ne pas la nommer par le nom de son mari assassin? Quand le beau visage et le sourire déjà lointain du brigadier Eric Masson tué par un dealer s'offre à nous aux Unes du Parisien et de Vaucluse Matin, dans le Figaro le ministre de l'Intérieur Gérald Darmanin interpelle lui aussi la société, « il faut que ceux ceux qui achètent de la drogue sachent qu'ils financent et arment des meurtriers »... 

Mais la société n'est pas seule responsable des drames, Sud-Ouest et le Parisien rappellent les manques dans  la surveillance du tueur de Chahinez Boutaa, et  dans le Monde on lit des policiers dans une colère incandescente contre la violence et les voyous, mais aussi contre la justice et même les choix du ministère et de leur hiérarchie, qui les exposent lis-je dans la stratégie de harcèlement des dealers...

On parle aussi de chimie...

Et on mesure aussi l'écart entre la volonté du pouvoir de ne rien céder à la drogue et une réalité sale, en lisant l'enquête du site des Echos, l'excellente rubrique start, on nous apprend à quel point la drogue est banalisée dans les entreprises: on appelle cela le micro dosing, il ne s'agit plus seulement du rail de cocaïne aux toilettes avec un collègue, scène mythique dans la production télé, mais de codéine, de LSD de MDMA de champignons, de Modafinil, un psychostimulant que l'on trouve dans l'obscurité d'internet, ou de l'Isopropylphénidate  qui augmente le niveau d'attention mais qui fait serrer la mâchoire d'Alexandre, banquier de 25 ans, qui a tout essayé, et qui devenu un expert, il concocte ses doses et les conditionne dans des gélules vides achetées sur Amazon...

Ainsi s'évade une jeunesse. Dans Society, on nous raconte d'autres jeunes pris dans les plaisirs des cryptomonnaies qui ont généré une culture, des richesses des frissons, et l'incompréhension aussi du beau-père de Geoffroy, un boursicoteur à l'ancienne qui a maugréé, "c'est un truc de guignol", quand le compagnon de sa fille lui a dit qu'iil avait triplé son investissement.

Est-elle dérisoire après cela l'évasion que s'autorise Libération dans son propre passé, au temps de l'espérance, dans un numéro riche et troublant illustré de photos d'ortolans, de Marguerite Duras d'elie Wiesel et James Baldwin, oiseau et écrivains qu'aimait François Mitterrand qui fut élu Président  le 10 mai 1981. Troublant, car Libération se contemple soi-même, Libé fut tellement fut tellement le journal des années Mitterrand, il quittait le gauchisme pour devenir le journal ironique d'une société qui sortait de l’ankylose, raconte son ancien directeur mythique Serge July il dit aussi July que la France qui tentait l'échappée à gauche ne pouvait pas faire le poids face à la mondialisation en marche, quelle fut l'illusion de leurs vies..

L'Express trouve la gauche, je cite, "riquiqui", Marianne  liste les trahisons des gauches au pouvoir et y inclut l'Europe, l'abandon de la lutte des classes la transformation du socialisme en « sociétalisme ».

Et on parle encore d'un homme qui voulut changer le monde...

Et qui crut le faire en dirigeant une grande entreprise, il revient en entretien dans les Echos papier, Emmanuel Faber, ex PDG de Danone débarqué en mars dernier, il affirme qu'il fut victime de l’entre-soi des classes dirigeantes en son conseil d'administration. Lisez  avec cette interview le récit minutieux et intime de la chute de Faber que livre Vanity Fair, c'est le portrait d'un  financier qui prétendait détester l'argent le pouvoir et la gloire mais qui pour ses amis était comme un prophète, c'est une amitié brisée entre Faber et son prédécesseur Franck Riboud qui l'avait installé et le fit tomber, c'est la dissection d'une entreprise qui depuis un demi-siècle a prétendu jouer un rôle dans nos vies...

Mais peut-on faire le bien? Dans ses accomplissement, Danone s'était engagé auprès d'un financier philanthrope prix Nobel nommé Muhammad Yunus, inventeur du micro-crédit, la possibilité donnée aux plus pauvres de contracter des emprunts hors des banques. En Egypte, raconte Society, ce micro crédit est devenu un piège et le passeport pour la prison pour des dizaines de milliers de femmes qui ne peuvent rembourser les quelques sous quelles avaient emprunté, victimes collatérales d'une belle idée.

On se consolera en lisant dans le Monde  le courage d'un adolescent russe qui accepte la prison pour rester libre face au pouvoir de Vladimir Poutine. A 14 ans, Nikita avait collé  des affiches demandant la libération des prisonniers politiques sur les murs de sa ville en Sibérie, on le taxe désormais de terrorisme, sa mère n’a pas le droit de lui apporter « les Trois mousquetaires »; dans ses lettres de prison, il écrit des coeurs, et puis aussi,  sur un cahier, « Pouchkine est un génie ». Aimons ce môme.

Références

L'équipe

Claude Askolovitch
Claude Askolovitch