Bonaparte franchissant le Grand-Saint-Bernard par Jacques-Louis David (musée du château de Malmaison)
Bonaparte franchissant le Grand-Saint-Bernard par Jacques-Louis David (musée du château de Malmaison)
Bonaparte franchissant le Grand-Saint-Bernard par Jacques-Louis David (musée du château de Malmaison) - Domaine Public
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Résumé

J-7 / La tribune des insurgés : le piège de Marine Le Pen J+7 / Après Jeanne d'Arc, Napoléon au Panthéon de Macron

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La semaine politique. On regarde dans le rétro, on se projette vers les jours qui viennent. On retient cette semaine le piège de Marine Le Pen.

Elle a soutenu une vingtaine de généraux à la retraite qui appelait presque à l’insurrection dans Valeurs Actuelles. Cela a bien sûr déchaîné le gouvernement.

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"Je trouve que Madame Le Pen, elle a gardé de son père le goût des bruits de bottes, et c'est très inquiétant" (Gérald Darmanin, le 28 avril sur France Inter).

"Chassez le naturel, il revient au galop" (Jean Castex, le 28 avril à l'Elysée)

Le ministre de l’Intérieur ici-même, le Premier ministre à l’Elysée. Tout le gouvernement a fini par réagir, asséner sa formule contre leur première ennemie.

Elle présentait, en face, comme son père « le calme des vieilles troupes », convaincue qu’elle avait l’opinion avec elle, qu’elle n’y perdrait même pas un demi-point. Et, disons-le : elle a eu raison. Certains ont voulu y voir une faute majeure, la fin de la dédiabolisation. 

Ce n’est qu’un coup stratégique. Un piège même pour le gouvernement, obligé de sanctionner ces militaires, d’en faire des victimes. Alors qu’une majorité de Français partagent leur constat. (Sondage Harris Interactive d’hier pour LCI).

« Les lois de la République ne s’appliquent pas sur la totalité du territoire » ? Les Français disent "oui" à 86%.

« La société française est en train de se déliter » ? "Oui" à 73%.

« La campagne présidentielle se jouera sur « l’autorité » et « la protection » ». Intuition d’un ministre proche du Président. Or, vu de loin, Marine Le Pen protège, là, ceux qui incarnent l’autorité. Elle pose une frontière, pousse ses adversaires à rejeter d’un bloc les inquiétudes d’une partie de l’armée. Et, au passage, rassure la droite hors les murs et contente sa nièce, Marion Maréchal.

Son père dérapait pour exister. Elle fracture pour l’emporter.

On se projette maintenant sur la semaine à venir avec l’incontournable Napoléon.

Mercredi, le bicentenaire de sa mort : discours d’Emmanuel Macron à l’Institut de France. « Le passé toujours brûle notre époque » disait-il, il y a 5 ans, dans un hommage à la pucelle d’Orléans.

"Jeanne était une bergère, Jeanne n'était personne, mais elle porte sur ses épaules la volonté de progrès et de justice de tout un peuple. Elle était un rêve fou, elle s'impose comme une évidence" (Emmanuel Macron, le 8 mai 2016 à Orléans).

Mai 2016. Il n’était pas en campagne mais ça en avait tout l’air. S’inscrivant dans les pas de Jeanne d’Arc qui d’ « une flèche » « a fendu le système ». Il admettait lui-même que « les grandes figures de l’Histoire n’ont jamais cherché à nous envoyer un message. C’est nous seuls qui les faisons parler et construisons leurs légendes ».

Mai 2021. Le moment, donc, de « faire parler » Napoléon. Convoquer son incroyable parcours pour esquisser le sien au-delà de 2022. Célébrer son audace, sa puissance réformatrice, sa quête de souveraineté nationale pour inscrire son propre projet dans l’Histoire.

Emmanuel Macron prend de la hauteur alors qu’on attendait sa parole pour un hommage national à la policière de Rambouillet, ou une allocution de sortie de crise. Il s’extrait de l’actualité pour mieux se distinguer de ses adversaires.

Et comme il y a 5 ans, il créé l’évènement en allant à contre-courant. Célébrer : Sainte Jeanne d’Arc devenue « quasi » propriété, icône de la famille Le Pen, symbole de la résistance contre l’étranger. 

Aujourd’hui, Napoléon Bonaparte. Empereur colonisateur, fossoyeur de la République, et surtout, coupable d’avoir rétabli l’esclavage. 

C’est une nouvelle prise de risque vers un discours d’équilibriste. Attention à ne pas enflammer les Antilles !

Tenter de réconcilier les mémoires, là où la droite chiraquienne ne s’était pas aventurée, là où la gauche l’appelle à reculer. C’est plus qu’une marque de fabrique. Cela forge son identité politique.