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Résumé

J-7 : coolitude présidentielle. J+7 : adieu l'ENA et le "Moyen-Age" !

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La semaine politique, avec vous, Yael Goosz. On regarde dans le rétro, et on se projette. Et ce que vous retenez de la semaine, Yael, c’est un Président bouddha… Peace, love, et bonnes nouvelles.  

Mon souci, le souci du gouvernement, est, comme à chaque fois, d'apaiser le débat." (Jean Castex, mardi, à l'Assemblée)

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Le seul chemin (...), c'est précisément celui du bon fonctionnement des institutions, chacune pour elle-même et entre elles." (Emmanuel Macron, mardi, à Bruxelles)  

Car dimanche dernier, ce n’est plus un concours d’anecdotes, mais un schisme dans la communication. D’un côté, Youtube : McFly et Carlito face à McMacron « cool » et décalé. De l’autre, Twitter, théâtre des invectives entre Gérald Darmanin et Audrey Pulvar. Vingt-quatre heures après, le ministre est prié de ranger sa plainte. Et la candidate invitée à Beauvau. 

Keep cool, keep calm. Plus rien ne doit entraver le vent d’optimisme que l’Elysée veut insuffler. Et à tous les étages des ministères, on embraye. D’autant plus vite que lundi prochain, il faudra scrupuleusement veiller à ne plus mélanger ses dossiers avec la campagne régionale, période de réserve oblige.  

Alors, on décaisse et on démine ! Le gazole non routier taxé ? On verra ça en 2023. La loi Molac censurée ? « Les langues régionales sont notre trésor national », réplique Emmanuel Macron sur Facebook. La génération Covid sacrifiée ? Pass culture, pass sport, et Jean-Michel Blanquer qui débloque 700 millions d’euros pour revaloriser les profs. L’Académie de médecine prône la vaccination obligatoire ? Déminage express. Pas question. On ne casse pas un consensus précaire. 

Et puis il fallait lire l’interview dans le trimestriel Zadig : Mitterrand croyait aux forces de l’esprit, Emmanuel Macron a la « prescience (il le dit) que le peuple français a cette force et cette inspiration en lui », de faire quoi ? De rebondir après la crise, la Renaissance après le Moyen-Age. Renew, c’était déjà le slogan des européennes. Reset : Emmanuel Macron tente le redémarrage. Pari psychologique autant que politique. Décor dual, binaire : avec lui les Dix Glorieuses, avec elle (Marine Le Pen) le défaitisme. Retour aux fondamentaux et à l'énergie optimiste de Révolution, son livre de 2016, mais... Peut-on la faire deux fois ?  

Allez, Yael, on se projette sur les jours qui viennent ?  

Mercredi, en conseil des ministres : réforme par ordonnance. L’ENA est morte, vive l’institut national du service public !  

Moi je fais partie de ceux qui s'inquiètent, au nom du service de l'Etat, de voir disparaître la carrière des membres du corps préfectoral." (le sénateur LR Philippe Bas, jeudi, lors de l'audition d'Amélie de Montchalin) 

Cette réforme est une réforme positive (...), c'est une réforme pour vous, pour vous permettre de mieux servir les Français, ce qui reste notre objectif partagé et premier" (Amélie de Montchalin, ministre de la transformation et de la fonction publiques, jeudi, sur Twitter)

Où l’on revient aux comparaisons d’Emmanuel Macron dans Zadig. Le Moyen-Age et ses "corporatismes", ses "guildes". Exit l’ENA : le Président entend former « les honnêtes hommes (et femmes) du 21ème siècle ». 

Dès janvier, nouveau cursus, toujours dans les locaux de l'ENA à Strasbourg, avec tronc commun aux 13 écoles de fonctionnaires. A la sortie : diplôme d’administrateur d’Etat, et pilotage des carrières par une seule DRH. Pour en finir avec les lourdeurs du système. 

Des lourdeurs que l'énarque Jean Castex a lui-même touché du doigt, à 30 ans. Avec son classement, il intègre la cour des comptes. Mais très vite, ce sont les affaires sociales qui le branche ! Et pour pouvoir diriger une DDAS, celle du Var, c'est le comble, il doit déposer un recours. 

Mobilité, diversité, efficacité ! Voilà l’intérêt, selon l’Elysée, d’une telle réforme. Depuis François 1er, le pouvoir nomme les diplomates. Depuis Napoléon, il nomme les préfets. Ça, ça ne changera pas, il s’agit d'avoir le choix des profils, d’élargir le vivier. 

Dans la pratique, encore faut-il rassurer ces corps appelés à disparaître. Le métier demeure, c’est le statut qui meurt. Mais demandez à vos préfets, ils vous le diront, à quel point ils sont attachés à leur confrérie. Pourquoi ce serait forcément péjoratif ? Le cursus honorum, la permanence de l’Etat, quelle continuité si ceux qui en ont la charge vont, viennent et zappent. 

Et quelle indépendance ?, s’interrogent certains inspecteurs des finances, d'habitude si discrets, dans une lettre ouverte adressée au Président.

Ce n’est pas pour rien que le gouvernement va consulter. Appel à tous les hauts fonctionnaires, ministère par ministère. Jusqu’au 18 juin. Pour éviter tout malentendu et toute récupération (ça a déjà commencé) avant 2022.