Gilles Marchand et ses sources

Gilles Marchand, écrivain français
Gilles Marchand, écrivain français ©AFP - Joel Saget
Gilles Marchand, écrivain français ©AFP - Joel Saget
Gilles Marchand, écrivain français ©AFP - Joel Saget
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Remonter aux sources de l’écriture avec Gilles Marchand, c’est parler de musique, de lectures et de l’émotion des premières publications. C’est aussi évoquer l’enfance, le goût des histoires au coin du feu et célébrer le pouvoir vivifiant de l'imagination.

"Acceptez-vous l’existence de la magie dans votre quotidien ? Etes-vous capable d’admettre qu’il y a des choses qu’on n’explique pas ou préférez-vous les réponses nettes et précises de la science ? Quelle part de merveilleux et d’inexpliqué se cache dans vos gestes, dans vos paroles, et dans votre passé ? En littérature, il y a les lectrices et lecteurs qui ne supportent pas l’intervention du magique, des autres mondes, de l’imaginaire, dans des œuvres romanesques, à l’inverse, d’autres adorent être transportés autrement que par le témoignage ou l’histoire classique et sans surprise. En France, un jeune romancier réussit à se glisser dans les interstices des étiquettes éditoriales : Gilles Marchand navigue, depuis son premier roman Une bouche sans personne publié aux Forges de Vulcain sur des courants poétiques, romanesques et virevoltants, qui font de son style et de ses histoires des univers fouillés, sensibles, où l’humanité des uns traque la beauté des autres. Ses héros naissent avec des violons dans le crâne, avancent masqués, se retrouvent dans des hôtels de bras cassés, mènent des enquêtes qui livrent le lecteur à sa part la plus intime et la plus joyeuse.

Gilles Marchand m’a donné rendez-vous chez lui, au fond d’une rue pavée qui donne sur une entreprise de carrelage et de grands entrepôts. Pendant une heure, nous avons parlé du rythme de l’écriture, de son poids et bien évidemment de sa portée."

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Cécile COULON

Gilles Marchand
Gilles Marchand
© AFP - Joel Saget

"A un moment, il s’agit de se retourner vers les auteurs qu’on aime en leur disant : Merci pour le chemin fait ensemble, maintenant je continue seul." Gilles MARCHAND

Une bouche sans personne, Gilles Marchand, Aux Forges de Vulcain, 2016 (extrait)

« Mon grand-père parlait rarement de ma grand-mère. Peut-être parce qu’elle me manquait, peut-être parce qu’elle lui manquait. Un jour pourtant, je lui avais demandé comment ils s’étaient rencontrés.

« J’étais à Paris pour le week-end. C’était la première fois que je venais. Juste après la Grande Guerre. J’étais sur un boulevard. Un grand boulevard, tout était grand à cette époque : les guerres et les boulevards. Je ne me souviens plus lequel exactement. Parce que ce qui était important, c’est que j’étais sur le dos d’un éléphant. Soyons honnêtes : il s’agissait d’un tout petit éléphant que j’avais trouvé en bord de Seine, sans doute abandonné par un bateau qui avait remonté le courant directement depuis l’Afrique.
Comme j’étais épuisé par une longue journée de touriste solitaire et que mes pas m’avaient guidé aux quatre coins de la capitale, je décidai derechef de monter sur la bête. J’arrivai sur les grands boulevards lorsque l’animal marcha sur une punaise. Pas l’insecte qui empeste quand on l’écrase, mais le petit objet pointu qui sert à accrocher les photos aux murs. Le pauvre avait une patte crevée. Impossible de continuer. Les passants me regardaient étonnés, certains protestaient parce que j’encombrais le trottoir. Je descendis de la selle afin de voir si je pouvais souffler dans la trompe pour regonfler Alphonse (c’était son nom). Mais en mettant le pied au sol, je marchai à mon tour sur la punaise et me mis à me dégonfler aussitôt. Je perdis deux centimètres, puis trois. Mon corps rapetissait en prenant des formes non répertoriées dans les manuels d’anatomie. »

Le mot de la fin

Cécile COULON : Nous arrivons à la fin de cette émission, on sait un peu plus d’où viennent vos romans, j’aimerais savoir où va votre écriture ?

Gilles MARCHAND : L’écriture, peut-être qu’elle s’évapore, on ne sait ce qui reste en nous, ni si elle va aller jusqu’aux lecteurs… On ne sait jamais où la pluie va tomber, c’est la beauté de toute forme d’expression artistique, si on savait, cela perdrait du charme.

Les sources de Gilles Marchand

Choix musical

Nervous Cabaret : "Kid " (sic)

Textes sources

Mon bel oranger de José Mauro Vasconcelos

La grande gaieté, recueil du poète Louis Aragon

La prose du Transsibérien de Blaise Cendrars

L'amour au temps du choléra de Gabriel Garcia Marquez

LECTURES

Le soldat désaccordé, Gilles Marchand, Aux forges de Vulcain, 2022

Un funambule sur le sable, Gilles Marchand, Aux forges de Vulcain, 2017

Une bouche sans personne, Gilles Marchand, Aux forges de Vulcain, 2016

Mon bel oranger du brésilien José Mauro Vasconcelos, 1984

La grande Gaité, Louis Aragon, 1929

Programmation musicale

NERVOUS CABARET : Kid (sic)

Beth ORTON : Fractals

Stephan EICHER : A nos cœurs solitaires

Programmation musicale

  • 03h57
    Jericho
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    Nathan Johnston & The Angels Of Libra
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    Album Nathan Johnston & the Angels of Libra (2022)
    Label WATERFALL RECORDS
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