Delphinariums : game over ?

Delphinariums : game over ?
Delphinariums : game over ? ©Getty - RUBEN BONILLA GONZALO
Delphinariums : game over ? ©Getty - RUBEN BONILLA GONZALO
Delphinariums : game over ? ©Getty - RUBEN BONILLA GONZALO
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En novembre 2021, une loi a été votée en France interdisant les spectacles en delphinariums à partir de 2026. Quels sont les dégâts causés par les delphinariums sur les cétacés ?

Les orques et les dauphins sont des espèces dites intelligentes, elles détiennent d'importantes capacités cognitives. Les orques, en particulier, développent de forts liens sociaux et forment des pod, des groupes au sein desquels ils déploient des stratégies pour attaquer leur proie. En captivité dans les delphinariums, les orques doivent cohabiter avec des congénères qu'elles n'ont pas choisi. Les capacités hors-normes de ces cétacés facilitent le dressage. Les dauphins sont capables de parcourir plus de 100km dans une seule journée, contraints dans des bassins, ils ne peuvent pas répondre à l'expression naturelle de leurs comportements. Il y a un an, dans un contexte où la captivité des cétacés est de plus en plus souvent sous le feu des critiques, une loi a été votée en France interdisant, à partir de 2026, les spectacles dans les delphinariums ainsi que la reproduction des cétacés en captivité.

En France, il existe deux parcs aquatiques, dans lesquels 21 dauphins et 4 orques sont maintenus en captivité. Il reste le Planète sauvage à Port-Saint-Père, près de Nantes, avec 9 dauphins dans un petit bassin, et un à Antibes, où il y a encore 12 dauphins, 4 orques. Mais si les delphinarium vont bientôt disparaitre en France, c'est un phénomène qui explose en Chine, en Inde, en Espagne, dans les Emirats arabes Unis à Abou Dhabi ou encore à Dubaï. Récemment 24 dauphins du parc SeaWorld en Amérique viennent de partir pour Abou Dhabi dans des conditions terribles pour ce qui représente le plus grand delphinarium jamais construit avec trois étages.

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  • Alors que notre rapport au monde animal est en train de changer, peut-on encore accepter la captivité de ces animaux ?
  • Serait-il envisageable de placer ces cétacés dans des "sanctuaires", des lieux où ils pourraient retrouver la mer ?
  • Mais pourraient-ils s'adapter à un nouvel environnement, après tant d'années de captivité ?

Delphinarium Game Over, c'est le titre d'un documentaire qui sera diffusé samedi soir sur Ushuaïa TV et dont Guillaume Meurice est le co-auteur. Film réalisé par Stéphane Jacques et pour lequel il a enquêté dans deux parcs aquatiques en France et en Espagne pour observer les conditions de vie de ces animaux. Il s'est intéressé aux alternatives possibles pour ces cétacés après des vies entières passées derrière les bassins en plexiglas en partant à la rencontre de scientifiques, associations, politiques, pour comprendre ce tournant décisif dans notre rapport aux animaux et les freins encore à l’œuvre.

Pourquoi rien n'est gagné ?

À départ, Guillaume Meurice avait eu l'idée de suivre un dauphin d'un delphinarium jusqu'à sa relâche dans un sanctuaire, faire un point sur la situation des parcs aquatiques, des parcs à cétacés en France et qu'est-ce qu'il adviendrait des animaux encore en captivité après l'application de cette loi de 2026 qui vise à la fin des spectacles. Une volonté aussi de mesurer cette faille juridique qui consiste, sous prétexte de fins scientifiques, à ce que les parcs conservent ou non le droit de garder les cétacés et de les faire se reproduire.

Mais, selon Christine Grandjean "rien n'est gagné". Notamment pour ce qui concerne les deux parcs français, puisque elle explique que "beaucoup continuent à faire valoir les recherche fondamentales autour de ces animaux sauvages et entendent continuer d'avoir le droit de les faire reproduire si les recherches sont validées en amont par le ministère". Elle affirme que même "l'éthique ne justifie pas qu'on enferme un animal sauvage pour le protéger. Ça ne leur apporte rien. Quelle que soit l'expérience, c'est un prétexte pour garder les animaux captifs. On ne peut pas enfermer la liberté et l'animal juste pour le protéger, ce n'est pas la vie. Aimez-les libres".

Pourquoi les cétacés sont-ils davantage menacés ?

C'est la quadruple peine pour eux, estime Christine Grandjean, présidente et fondatrice de “c’est assez !” car contrairement à un animal terrestre, ils n'ont pas de frontière "sociale" et sont souvent des migrateurs : "Quand on les enferme, ils ne peuvent plus rien partager et vivent en permanence dans du chlore, ce qui est très agressif pour leur organisme. De plus, nés en captivité, dans un enclos marin, ils ne pourraient jamais retrouver vraiment la nature de façon autonome. L'aspect apprentissage en matière d'adaptation du corps est fondamental et si un cétacé n'a jamais connu le milieu naturel directement, il va mourir très rapidement. Pour la bonne et simple raison qu'il n'a pas sa structure de groupe et on sait que la seule façon qu'il puisse survivre, c'est d'être en groupe".

De plus, les bassins sont trop étroits et trop petits : "L'idée, serait plutôt de les mettre dans les sanctuaires. Même si ça reste un espace clos, au moins, ils auraient un peu plus d'espace sans barrières de béton ni de verre, qui entravent actuellement leur niveau d'écholocalisation".

Physiologiquement, un cétacé, quand il est stressé, va plus sensiblement développer des maladies liées au stress qui "induit la baisse des défenses immunitaires, donc toute une panoplie de maladies liées à ce stress. Par exemple, Femke au Parc Astérix, après la séparation de son enfant, a développé un comportement de stress, de tristesse. Et quand elle a accouché de son enfant mort-né suite à des sauts dans des bassins d'activistes qui ont dû la stresser, elle a développé la maladie de Kuching, qui est une maladie du cortisol, l'hormone du stress. Elle s'est mise à gonfler. Elle n'a pas pu faire le deuil de son bébé et a longtemps gardé un bâton sous le bras dans le bassin comme un doudou dans le but de faire le deuil de son enfant".

► La suite à écouter…

On en parle avec

Guillaume Meurice, humoriste, chroniqueur à France Inter

► Delphinariums : game over ? Avec Guillaume Meurice – Ushuaïa TV samedi 10 décembre à 20.45 à l'occasion de la journée internationale pour les droits des animaux

Christine Grandjean, présidente et fondatrice de “c’est assez !” créée en 2014 après avoir été bouleversée par l'état de souffrance de ces espèces animales marines, notamment les maladies qu'ils développaient du fait des suites de leur captivité. Elle a contribué à faire fermer le delphinarium du parc Astérix.

Olivier Adam, professeur en bioacoustique à la Sorbonne, spécialiste des cétacés

À réécouter : L’orque qui parle !
L'édito carré
2 min

Programmation musicale

  • 14h22
    Stuck in the middle
    Stuck in the middle
    Greentea Peng
    Stuck in the middle
    Album Stuck in the middle (2022)
    Label AMF RECORDS

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