Le stade "Al Janoub", situé dans la ville d'Al-Wakrah au Qatar. C'est le premier stade construit spécialement pour accueillir la Coupe du monde de football.
Le stade "Al Janoub", situé dans la ville d'Al-Wakrah au Qatar. C'est le premier stade construit spécialement pour accueillir la Coupe du monde de football. ©Maxppp - Valérie Crova
Le stade "Al Janoub", situé dans la ville d'Al-Wakrah au Qatar. C'est le premier stade construit spécialement pour accueillir la Coupe du monde de football. ©Maxppp - Valérie Crova
Le stade "Al Janoub", situé dans la ville d'Al-Wakrah au Qatar. C'est le premier stade construit spécialement pour accueillir la Coupe du monde de football. ©Maxppp - Valérie Crova
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La Coupe du monde au Qatar est symptomatique du désastre écologique des grandes compétitions sportives. De quoi provoquer un grand sursaut ? Pas vraiment : de nouvelles bombes se préparent. En partenariat avec Reporterre, le média de l'écologie.

Dans un monde bouleversé par le changement climatique, est-il toujours souhaitable d’organiser de grandes compétitions sportives ?
Du 20 novembre au 18 décembre, le Qatar accueillera le plus grand événement sportif de la planète : la Coupe du monde de football masculin. Lors de sa dernière édition, en 2018, plus d’un milliard de téléspectateurs avaient suivi la finale France-Croatie.

Reporterre vous propose une sélection de onze absurdités — comme le nombre de footballeurs dans une équipe — de ce « Mondial de la honte », qui concentre une myriade de dérives climaticides, d’atteintes aux droits humains, le tout sur fond de corruption.
Le Mondial au Qatar 2022 est l’arbre qui cache une forêt de coupes d’immonde. La prochaine édition sera disputée en 2026 par 46 équipes, et non plus 32, avec des matches éclatés entre le Canada, les États-Unis et le Mexique.

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Concernant la Coupe du monde de rugby 2023, dont la France est le pays hôte, est une vitrine pour la compagnie aérienne Emirates, ou encore la compagnie pétrolière TotalÉnergies , l’un des plus gros émetteurs de CO₂ au monde . Le Tour de France cycliste est toujours précédé par sa « caravane » de sponsors - à peu près 160 véhicules -.

Extraits de l'entretien

Un rendez-vous sportif problématique dès l’origine

Alexandre-Reza Kokabi explique : « On termine à peine la Cop 27 pour le climat, et on débute une compétition dans des stades climatisés quasiment à usage unique. Pour Reporterre, nous avons listé 11 problèmes majeurs autour de cette coupe du monde. Les Droits de l’homme et le droit du travail sont bafoués, l’homosexualité est criminalisée, les émissions carbones seront énormes, plus de 6500 ouvriers sont morts pour construire ces stades… »

Pierre Rondeau poursuit : « Dès le début, il y a un problème avec des soupçons de corruption sur l’attribution de cette compétition au Qatar. Dans cette Coupe du monde, se pose aussi la question des transports en avions : 1,2 million  spectateurs vont se rendre sur place. Et comme le Qatar manque d’infrastructures hôtelières, il y aura des décollages et des atterrissages d’avions toutes les 10 minutes qui emmèneront les personnes dormir dans des pays limitrophes. J’ai publié une tribune qui disait : « Si nous aimons le football, nous n’aimons plus celui-là », car j’ai l’impression qu’on assiste à une prise de conscience écologique. Canicule, sècheresse, il y aura un avant et un après 2022. On sait maintenant qu’on est en grande difficulté. Chaque tonne de CO2 compte. »

Carole Gomez constate que cette compétition internationale n’est pas la première à être critiquée. En 1978, il y a eu des manifestations lors de la Coupe du monde en Argentine. Et des gens se sont opposés à l’attribution aux JO à Pekin en 2008, et à Sotchi en 2014. « Mais c’est la première fois que c’est à ce point. »

Le Qatar organise ces jeux pour une question d’image

Or le pays organise cette compétition pour rayonner dans le monde. Carole Gomez explique : « Grâce à cet événement, le Qatar veut acquérir une renommée internationale, et donner une image très positive au monde. Mais l’état veut aussi diversifier ses ressources économiques. Il pense à l’après-pétrole et investit dans le sport. Cette stratégie date du début des années 1990. Et cette coupe du monde est l’aboutissement de ce projet. L’un des objectifs de Doha est ensuite d’accueillir les JO, 2032… Il y a vraiment volonté de s’inscrire comme pays phare du sport. »

Pierre Rondeau confirme : « Le Qatar n’a pas d’objectif pécuniaire. Ils ont investi 240 milliards de dollars. Mais c’est pour l’image. »

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Faut-il boycotter la Coupe du monde ?

Pierre Rondeau : « Macron dit « qu’il ne faut pas politiser le sport ». Mais le football est le sport le plus populaire au monde. Il est forcément politique ! Mais là, c’est trop tard pour le boycott. Le Qatar n’a pas d’objectif financier. Et les droits télés ont déjà été versés à la Fifa, qu’il faudrait remettre en cause. »

Alexandre-Reza Kokabi pense, lui, que « le boycott citoyen a de l’effet. Si personne ne regarde la compétition, les institutions responsables auront des problèmes de financement à l’avenir. »

Carole Gomez pense qu’il est compliqué de répondre : « Si l’objectif est de faire changer la législation au Qatar, le boycott ne fonctionnera pas. Des ONG disent d’ailleurs qu’il faut aller sur place pour les pousser à évoluer. Le Qatar est d’ailleurs sensible aux reproches. On leur a dit que le pays n’était pas exemplaire sur le droit du travail, et il a accepté d’ouvrir d’un bureau du BIT (Bureau international du travail) pour donner une image positive. Les ONG, veulent en profiter. Mais que va-t-il se passer le lendemain de la fin de la compétition ? »

Faut-il que les sportifs boycottent ?

Perrine Lafon interrogée par Camille Crosnier : « Je ne cautionne pas ce qu’il se passe au Qatar. Mais j’encouragerai l’équipe de France. Ce n’est pas la faute des sportifs si la Coupe du monde a lieu dans ce pays, mais aux organisateurs. Le sport de haut niveau n’est pas écologique, mais des chefs d’entreprise prennent l’avion tous les jours. »

Rares sont les sportifs ou ex sportifs qui, comme Eric Cantonna annonce qu’il allait boycotter la Coupe du monde 2022 au Qatar en pointant une « aberration écologique » et une « horreur humaine. »

Pierre Rondeau explique : « Ce n’est pas aux sportifs de boycotter. Ils n’ont pas choisi que cette Coupe du monde ait lieu au Qatar. Ils ne sont pas représentés dans les instances. Il sera intéressant de regarder comment certains footballeurs vont porter un message politique à l’image de l’équipe de Norvège qui a porté un tee-shirt pour protester contre les conditions de travail des ouvriers sur les chantiers au Qatar. »

Alexandre-Reza Kokabi regrette que « les joueurs n’ont pas conscience que sans eux, la FIFA n’est rien. »

Carole Gomez constate une incohérence dans le discours des footballeurs français. Lundi, Hugo Lloris annonce qu’il refuse de porter le brassard en soutien aux LGBT. Et 24 heures après, les Bleus publient une lettre sur leur attachement aux droits humains et leur refus des discriminations. Mais cette coupe du monde va être un point de rupture. Si des footballeurs ne prennent pas position. D’autres fédérations le font. Les Allemands, les Américains, les Australiens s’engagent. Ces derniers ont publié une vidéo le 27 octobre qui appelait le Qatar à continuer à faire évoluer le droit du travail, celui des femmes… Ce sera d’ailleurs intéressant à regarder si les sportifs arrivent à porter des messages politiques et écologique. »

Quelles pistes pour améliorer les grandes compétitions sportives internationales ?

Carole Gomez suggère « de diminuer le nombre de compétitions internationales en commençant par arrêter d’en créer. On peut aussi revoir les cahiers des charges de ces événements. »

Alexandre-Reza Kokabi rappelle qu’il défend le sport amateur. Le problème n’est pas le sport en soi. Et il imagine « qu’on pourrait synchroniser les compétitions féminines et masculines ».

Et Pierre Rondeau explique qu’il a été prévu par certains de « rendre à Athènes les JO pour toujours. »

On en parle avec :

  • Alexandre-Reza Kokabi, journaliste à Reporterre
  • Carole Gomez, directrice de recherche à l’IRIS en géopolitique du sport et assistante diplômée en sociologie du sport à l'Université de Lausanne.
  • Pierre Rondeau, spécialiste de l'économie du sport, professeur d'économie à la Sports Management School« Le grand footoir » ouvrage collectif Edition Solar 15 matchs pour dénoncer les dérives du football

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Programmation musicale

  • 14h42
    Easier said than done
    Easier said than done
    Thee Sacred Souls
    Easier said than done
    Album Thee Sacred Souls (2022)
    Label DAPTONE RECORDS

L'équipe

Mathieu Vidard
Mathieu Vidard
Mathieu Vidard
Production
Valérie Ayestaray
Réalisation
Chantal Le Montagner
Collaboration
Anna Massardier
Collaboration
Lucie Sarfaty
Collaboration
Thierry Dupin
Collaboration
Camille Crosnier
Journaliste