Pandémies : une histoire sans fin ?

Les pandémies, une histoire sans fin ?
Les pandémies, une histoire sans fin ? ©Getty - Dalibor Despotovic
Les pandémies, une histoire sans fin ? ©Getty - Dalibor Despotovic
Les pandémies, une histoire sans fin ? ©Getty - Dalibor Despotovic
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Comment émerge et se termine une pandémie ? Que nous apprend l’histoire des grandes pandémies et de l’épidémiologie sur les causes et les voies de sortie de ces maladies ?

Avec
  • Philippe Sansonetti Médecin, chercheur, titulaire de chaire "Microbiologie et maladies infectieuses", professeur au Collège de France
  • Arnaud Fontanet Directeur de l'unité d'épidémiologie des maladies émergentes à l'Institut Pasteur de Paris

Alors que l’on pensait au 20e siècle en avoir fini avec les maladies infectieuses grâce aux progrès de l’hygiène, et à l’arrivée des antibiotiques et des vaccins, l’émergence de deux nouveaux virus tel que le Covid 19 bien sûr, mais aussi le Sida, Ebola, le Sars, l’hépatite C ou Zika nous rappellent que les risques de nouvelles pandémies sont toujours bien présents.

À l’occasion du bicentenaire de la naissance de Louis Pasteur, l’Institut Pasteur organise une grande journée de conférence accessible à tous. Objectif : Analyser les grandes épidémies qui ont frappé l’humanité depuis son origine et dégager des enseignements pour mieux se préparer à celles de demain.

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La Covid-19, une pandémie derrière nous ?

On a parfois l'impression que la Covid-19 est derrière nous, et pourtant, ce n'est pas encore le cas. Selon Philippe Sansonetti, microbiologiste : « Nous avons l'impression qu'avec la vaccination massive, et le nombre de cas d'infections naturelles qui se conjuguent, on atteint tout doucement l'immunité de groupe. Néanmoins, avec un recul de deux ans, on aperçoit ce qui se profile dans les mois ou dans les années à venir. On sait qu'une succession régulière de vagues écrase la précédente. Sur le plan médical, sociologique et économique, les choses s’améliorent. Nous sommes dans une transition entre la pandémie et ce qu’on appelle l’endémie : c’est-à-dire la présence habituelle d'une maladie dans une région déterminée. »

Dix pandémies importantes le début des années 80

Mais comment expliquer alors que l’on assiste à l’émergence de nouvelles pandémies, et qu'au début du XX siècle, nous avions un espoir avec l'hygiène, les antibiotiques, les vaccins que l’on voit apparaître de nouveaux virus ? Pour Philippe Sansonetti : « Nous sommes dans une situation où on voit le nombre de nouvelles épidémies ou pandémies émergentes s'accélérer. On peut comptabiliser dans les 20 dernières années du XX siècle, cinq pandémies importantes. Depuis le début des années 2000, on en compte dix : le SRAS, la pandémie de H1N1 de 2009. Ebola en Afrique de l'Ouest, le Zika en Amérique latine ou encore la Covid-19. Il s'agit pour ces nouveaux virus, le plus souvent de virus du passage d'un virus qui vivait chez l'animal vers l'homme. Il y a ensuite une transmission interhumaine qui permet la dissémination sur la planète avec tous les facteurs aggravants qu'on connaît de densité de population, de mouvements de population rapides. »

20 millions de décès depuis le début de la Covid-19

Pour les scientifiques, est ce que le taux de mortalité est le facteur le plus important pour classer la dangerosité de ces pandémies ? Pour Arnaud Fontanet, Professeur émérite à l’Institut Pasteur et au Collège de France : « Il y a différentes échelles sur lesquelles on peut mesurer l'impact que va avoir une nouvelle pandémie. Celle de la mortalité où aujourd'hui, le sida, la tuberculose et le paludisme seraient en haut de cette échelle, avec effectivement des" intrus" comme la Covid qui depuis le début de la pandémie a tué à peu près 20 millions de personnes. Pour rappel, le SRAS de 2003 n’a fait que 700 morts. Mais effectivement, il y a d'autres échelles qui permettent de mesurer l’impact de ces pandémies, comme l'impact économique. Le SRAS avait quand même paralysé l'Asie du Sud-est, pendant plusieurs mois. Si on regarde l'impact économique de la Covid, on a des estimations du Fonds monétaire international de 25 000 milliards de dollars pour la période 2020-2025. »

À réécouter : L’écologie des virus
L'Édito carré
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Se familiariser avec les pandémies

Ces pandémies ont également des conséquences sociologiques : l'angoisse des populations, les confinements nécessaires, l'impact sur l'industrie. Une situation multifactorielle qui pèse très lourd sur les populations. Pour Arnaud Fontanet : « Nous sommes en période de transition et en voie de sortie même si rien ne permet d'empêcher le virus de circuler pour le moment, pas même la vaccination. Il va falloir apprendre à se familiariser. Vivre avec un virus sur un mode qu'on connaît aujourd'hui, c'est-à-dire la reproduction assez régulière de nouvelles vagues qu'il faut néanmoins considérer comme étant un facteur de gravité. »

Des pandémies qui restent imprévisibles

Pour Arnaud Fontanet, la particularité de ces nouvelles pandémies, c’est qu’elles sont imprévisibles : « Nous ne sommes pas encore à un stade où l’on peut anticiper, car nous avons toujours été pris par surprise. Quand on regarde les dernières émergences, il y a eu le SRAS de 2003, qui était pour la première fois dans l'histoire récente, un bêta coronavirus faisait irruption dans les populations humaines. Ensuite, la pandémie grippale de 2009 qui est partie du Mexique, alors qu’elle provient traditionnellement d'Asie. Ebola est arrivé en Afrique de l'Ouest, alors que c'est une maladie d’Afrique centrale, le virus zika, qui était en Afrique et en Asie a voulu traverser le Pacifique. Il faut rester très vigilent. Il y a aussi des virus qui quittent leur lieu d'habitat naturel, et se retrouvent dans des mégalopoles comme le virus de la fièvre du Nil occidental à New York en 1999 alors que c’est un virus du bassin méditerranéen, la chicucunia part de l'océan Indien à l'île de La Réunion et fait le tour du monde. On a aussi ces modes d'émergence. Ils sont peut-être un peu différents, qu'il s'agisse du passage d'un virus de l'animal à l'homme ou de mutations ou enfin de virus qui quittent leur lieu de prédilection. » Les deux scientifiques évoquent également la surveillance des marchés d’animaux en Asie qui reste une source d’émergence de virus importante.

Qu’est-ce qui favorise l’émergence de ces nouvelles pandémies ?

Outre le fait que nous soyons de plus en plus nombreux sur Terre, d’autres facteurs comme la déforestation favorisent les pandémies. Pour Arnaud Fontanet : « En limitant l'habitat pour la faune sauvage, on augmente la densité des animaux, et quand l'homme va aller dans ces forêts, la probabilité de contact avec un animal sauvage va être plus importante. Et puis, il y a aussi la population des moustiques qui évolue à la surface du globe. Il y a des moustiques qu'on appelle aedes, qui sont les vecteurs de maladies comme la fièvre jaune, la dengue, la chicucunia et le zika, qui sont très installés maintenant dans des grandes mégalopoles en milieu tropical. On peut spéculer sur une augmentation de la densité des moustiques avec le réchauffement, ça va aller de pair. Mais les grandes sécheresses, inondations, perturbations qu'on va vivre vont entraîner des migrations à la fois humaines et animales et des opportunités de contacts d'espèces qui ne se côtoyaient pas, c'est là ou des échanges sont possibles. »

Une science qui se fait en temps réel face aux pandémies

Dans cette émission, on évoque également la pression qui s’est faite sur les scientifiques lors de l’épidémie de Covid-19. Des recherches qui se font en temps réel face à l’inconnu de ces nouveaux virus. Pour Philippe Sansonetti : « Le seul parallèle que l’on avait à l’époque, c’était l’épidémie de SRAS en 2003. Il faut comprendre que l’on a besoin de temps et que nos connaissances et notre compréhension peuvent aussi changer avec le temps. Mais avec le recul, on voit qu'il y a quand même un certain nombre de points sur lesquels on pourra progresser. C’est encore très difficile d’anticiper ces émergences, mais nous y arriverons un jour.

La fonte du pergélisol, une source d’inquiétude ?

Une autre crainte est l’apparition de virus ancestraux causés par la fonte des glaces, et pergélisol. Pour Philipe Sansonetti : « Il n'y a pas d'obstacle conceptuel à ce que ça se produise. On commence à voir effectivement l’apparition de virus inconnus, y compris des virus géants, à partir de cadavres congelés dans le pergélisol. Il y a eu il y a quelques mois une épidémie de charbon chez les rennes en Sibérie, les spores qui étaient congelées dans le pergélisol se sont réactivées du fait de la fonte. Il y a donc un mécanisme qui est là et qui est l’un des éléments essentiels dans la surveillance des conséquences du réchauffement climatique. D'abord, parce que ça risque d'être du fait des microbes qui sont présents dans le pergélisol et de leur métabolisme. D’une part car l’on pense que la moitié de la production de CO2 serait due dans les décennies à venir à la décongélation du pergélisol. Et puis également la possibilité de résurgence des agents infectieux qui sont à l'heure actuelle sous contrôle. »

Avec

Philippe Sansonetti Microbiologiste, Professeur émérite à l’Institut Pasteur et au Collège de France, Membre de l’Académie des sciences.

Arnaud Fontanet Directeur de l’unité d’épidémiologie des maladies émergentes à l’Institut Pasteur. Professeur titulaire de la chaire Santé et développement au Conservatoire national des arts et métiers.

Pour en savoir plus, écoutez l'émission...

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