Changer notre façon d'habiter la Terre
Changer notre façon d'habiter la Terre ©Getty - Ascent/PKS Media Inc.
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Les institutions politiques modernes sont en crise et semblent incapables de répondre à la catastrophe écologique. Un peu partout dans le monde, de nouvelles manières d’habiter la Terre sont pourtant en train d’émerger, qui inventent des façons de composer avec les habitants autres qu’humains.

Comment repenser notre façon d’être au monde alors que la modernité nous a conduits à exploiter la Terre plutôt qu’à l’habiter ?
Comment nous penser sous le signe d’une condition terrestre et non plus d’une condition humaine ? Comment repenser les institutions et la politique à partir de là ?

En partant de différentes luttes menées à travers le monde, Sophie Gosselin et David Gé Bartoli enquêtent sur des manières différentes d’habiter la Terre, prenant en compte toutes les espèces.
À partir de là, ils s’interrogent sur la manière de changer notre manière de penser et d’habiter la Terre. Pour eux, il faut inventer de nouvelles institutions, d’autres manières de faire politique depuis les milieux de vie.

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Avec 
Sophie Gosselin philosophe, membre du comité de rédaction de la revue Terrestre, co-autrice de  La condition terrestre, habiter la Terre en communs,  avec David Gé Bartoli, éditions du Seuil, collection Anthropocène, octobre 2022.

Mais que signifie au juste, habiter la Terre pour un être humain ? Cette question toute simple, est-ce que nous prenons le temps de nous la poser ? Alors que notre planète traverse une succession de crises dont nous sommes largement responsables, nos modes de vie occidentaux se sont construits en se séparant peu à peu de la nature et en plaçant notre espèce homosapiens au-dessus de la mêlée par rapport à toutes les autres espèces. Mais beaucoup d'entre nous ne se reconnaissent plus dans cette condition humaine construite sur l'exploitation systématique des ressources naturelles. Dans le livre « La condition terrestre » qui paraît au Seuil dans la collection Anthropocène, ces deux auteurs, Sophie Gosselin et David Bartoli, nous aident à mieux comprendre notre façon d'être au monde et à nous penser sous le signe de la condition terrestre. Comment changer de perspective et instaurer d'autres manières d'habiter la Terre ?

Construire un monde commun

« L’Homme a décidé que les 10 millions d'autres espèces qui sont nos parents appartiendraient à un autre règne qu'on allait appeler la nature, qu'elle constituerait essentiellement un décor pour nos tribulations humaines, un stock de ressources, un endroit pour se ressourcer, mais que, fondamentalement, on ferait passer une ligne de partage entre une espèce d'un côté et les 10 millions d'autres avec lesquelles nous avons beaucoup évolué, qui nous ont façonnés, qui rendent quotidiennement notre vie possible, puisque c'est elles qui génèrent l'oxygène qu'on respire et qui nous font vivre et que nous avons réussi à projeter dans une sorte de trou noir philosophique, politique et économique en refusant de leur donner une place dans la question fondamentale de la construction de notre monde commun », expliquait le philosophe Baptiste Morizot dans la Grande Librairie en mai 2020. La tradition occidentale a construit cette séparation entre les espèces. Lors de leur enquête, Sophie Gosselin et David Bartoli ont rencontré des populations qui ont gardé un lien très fort avec la nature. Face à un constat de désillusion et de désespoir qui émergent, les deux philosophes ont voulu enquêter sur les nouvelles manières d'habiter la Terre.

Un manuscrit voyage, témoin des changements en marche

Pour leur enquête, ils ont voyagé de la Bolivie à la Nouvelle-Zélande, de la Nouvelle-Calédonie aux États-Unis, en passant par le Mexique et Notre-Dame-des-Landes. Ils en ont tiré un « manuscrit voyage », un témoignage sur les bouleversements qui nous entourent. L’ambition de cette enquête, c’est aussi de démontrer qu’il n’y a pas qu’en Europe que des solutions existent. Pour Camille Gosselin : « Il faut aller voir ce qui a été détruit, ces populations qui ont essayé de survivre, malgré la destruction et la dévastation, comment elles ont des choses à nous apprendre. Donc aussi renverser la perspective et imaginer d’autres formes de solidarité internationale. »

L’émergence de nouveaux mondes naissants

Pour Camille Gosselin, les initiatives pour trouver de nouveaux moyens d’habiter la Terre sont de plus en plus légion : « Ce qui me frappe, c'est la prolifération des expériences, des tentatives. Par exemple sur la montagne limousine en Corrèze, il y a le Syndicat de la Montagne qui est vraiment une initiative politique extrêmement forte, il y a aussi l’exemple de Notre-Dame-des-Landes qui agit comme un espace d’expérimentation ou encore la permaculture avec une volonté de transformer l’agriculture, malheureusement, on se heurte souvent à des questions économiques. »

L’exemple de la Pachamama en Amérique du Sud

La Pachamama est une entité très importante dans les cultures sud-américaines. Elle symbolise la Terre-Mère et existe depuis l’ancien empire Inca. Sophie Gosselin prend pour exemple la Bolivie, qui a permis une reconnaissance de la nature Pachamama comme sujet de droit : « Il y a eu véritablement une rencontre entre cette tendance au mouvement des droits de la nature et les luttes autochtones. C'est une volonté de décoloniser l'État bolivien, cela avait déjà eu lieu en Équateur. La reconnaissance des droits de la Terre-Mère. Ça agit sur un plan juridique, avec aussi une efficacité qui est vraiment intéressante. » Nous avons donc encore beaucoup à apprendre en dehors de l’Occident pour créer une relation plus respectueuse avec notre planète.

🎧 Pour en savoir plus, écoutez l'émission...

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#ConférenceInter

54 min

L'équipe

Mathieu Vidard
Mathieu Vidard
Mathieu Vidard
Production
Valérie Ayestaray
Réalisation
Chantal Le Montagner
Collaboration
Anna Massardier
Collaboration
Lucie Sarfaty
Collaboration
Thierry Dupin
Collaboration
Camille Crosnier
Journaliste