Canicules, sécheresse, incendies : le bilan de l’été 2022. Feu de forêt à Saint-Magne, août 2022
Canicules, sécheresse, incendies : le bilan de l’été 2022. Feu de forêt à Saint-Magne, août 2022 ©AFP - PHILIPPE LOPEZ
Canicules, sécheresse, incendies : le bilan de l’été 2022. Feu de forêt à Saint-Magne, août 2022 ©AFP - PHILIPPE LOPEZ
Canicules, sécheresse, incendies : le bilan de l’été 2022. Feu de forêt à Saint-Magne, août 2022 ©AFP - PHILIPPE LOPEZ
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Vagues de chaleur à répétition, sécheresse et feux de forêt qui ont ravagé des milliers d’hectares, le bilan de l’été 2022 est catastrophique. Face aux conséquences du dérèglement climatique, comment peut-on encore rester dans l’inaction ?

Avec
  • Françoise Vimeux Climatologue, directrice de recherche à l’Institut de Recherche pour le Développement (IRD)
  • Clément Sénéchal membre de Greenpeace France

Sécheresse, canicules, orages... Quels sont précisément les différents facteurs impliqués dans ces phénomènes ? Auraient-ils pu être mieux anticipés ? Cet été est-il exceptionnel, ou bien préfigure-t-il une nouvelle norme climatique ?

La combinaison entre fortes chaleurs, faibles réserves d'eau stockées dans les nappes phréatiques, et manque de précipitations, expliquent en partie ces épisodes exceptionnels.

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Revenons avec nos invités sur les événements de cet été et sur la prise de conscience attendue.

Les événements climatiques de cet été

C'était un été exceptionnel, au niveau climatique, à plus d'un titre. Françoise Vimeux, climatologue, revient sur la période estivale pour nous expliquer le caractère inédit de ces événements climatiques :

Vagues de chaleur et canicule

Nous avons eu trois vagues de chaleur cet été, dont une particulièrement précoce, début juin. Météo France les recense depuis l'année 1947 sur notre territoire. Il y a eu 46 vagues de chaleur depuis cette année-là.

Une vague de chaleur se définit ainsi : "Il faut qu'il y ait pendant au moins trois jours une température quotidienne moyenne supérieure à 25,3 °C sur une trentaine de stations Météo France bien réparties sur le territoire national."

L'été 2022 dénombre donc trois vagues de chaleur, ce qui est assez rare. Françoise Vimeux explique : "Lorsque l'on regarde le nombre de vagues de chaleur par an depuis 1947, on en a souvent aucune, et parfois une ou deux. En 2017, on en a eu quatre, mais elles ont été courtes et peu intenses."

Les vagues de chaleur marines ont augmenté également, à la fois en fréquence et en intensité. Et elles concernent une surface de l'océan qui est bien plus grande qu'auparavant. Cela a été fortement constaté en Corse cet été par exemple. Et selon Françoise Vimeux, l'on s'attend à ce qu'elles se multiplient dans l'avenir.

La sécheresse

La sécheresse de cet été en France avait été en partie annoncée mais la chaleur est venue l'aggraver, comme nous l'explique la climatologue, à cause d'une sorte de cercle vicieux : "La sécheresse, c'est le déficit de pluie qu'on a depuis l'hiver, le début d'année. Ce déficit de pluie a créé une sécheresse dans les sols qui a été aggravée par les vagues de chaleur. Et lorsqu'il n'y avait plus d'eau dans les sols, c'est venu aussi aggraver la chaleur. Donc finalement, on a eu une combinaison sécheresse et vague de chaleur. C'était une situation plus grave, plus sévère que celle de 1976."

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Des orages et des incendies ont également ravagé des territoires de France. Les pompiers sont d'ailleurs toujours en alerte pour parer les risques de feu.

Les quatre risques qui touchent l'Europe de l'Ouest dans le cadre du changement climatique sont la pénurie d'eau, les inondations, les vagues de chaleur et les problèmes au niveau des rendements agricoles. Ils ont tous été illustrés cet été.

Vers une prise de conscience individuelle et collective ?

Les Françaises et les Français ont été nombreux à être touchés individuellement cet été par ces événements climatiques. Pour Françoise Vimeux, cela engendre une prise de conscience et constitue le maigre côté positif de la situation. Elle explique que cela permet aussi une prise de parole médiatique de spécialistes : "une fois que les gens ont pris conscience de la situation, qu'ils ont compris les mécanismes dans le monde et l'état de nos connaissances scientifiques, je pense que c'est aussi plus facile pour eux de prendre en charge une réflexion. Et puis de se dire : 'Alors finalement, on fait quoi ?'"

Alors que l'on parle beaucoup dans les médias de l'interdiction des jets privés, de l'autorisation spéciale, au moment des restrictions d'eau, d'arroser les terrains de golf, Françoise Vimeux le dit : "Les changements structurels et la métamorphose de notre économie et de notre société ne se fera pas sans justice sociale."

Ce qui est vrai à l'échelle de la France l'est aussi à l'échelle mondiale, selon la climatologue : "On a 10% des plus riches à l'échelle mondiale qui sont responsables d'à peu près 40 % des émissions de gaz à effet de serre. Et on sait que les pays développés les plus riches sont responsables historiquement du cumul des gaz à effet de serre dans l'atmosphère. Donc là, on touche vraiment quelque chose qui, à mon avis, est primordial pour que tout le monde adhère aux changements qui vont être difficiles."

Pour Clément Sénéchal, porte-parole Climat de Greenpeace France, "il faut organiser la sobriété pour faire en sorte qu'elle ne rime pas avec précarité. La question, c'est de savoir par qui on commence. Et donc il faut commencer par ceux qui ont le plus de moyens. Et par chance, il se trouve que ce sont ceux qui polluent le plus."

Selon lui, il faudrait réduire les émissions de gaz à effet de serre dans les secteurs qui en créent le plus. Il détaille : "En France, c'est d'abord le secteur des transports, donc il faut décarboner les transports. Et c'est pour ça que le débat sur l'aérien et sur l'aviation est primordial aujourd'hui. Ensuite, il y a le secteur de l'agriculture qui non seulement est très émetteur, mais émet aussi toutes sortes de pollutions chimiques et consomme de surcroît beaucoup d'eau. Et après, il y a le secteur des bâtiments et donc là, on attend toujours des politiques massives de rénovation thermique du logement."

Pour en savoir plus, écoutez l'émission dans son intégralité...

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